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Syrie : les Kurdes s'allient à Damas face à l'avancée des forces turques


Dimanche 13 Octobre 2019 modifié le Lundi 14 Octobre 2019 - 10:33




Les Kurdes de Syrie, lâchés par Washington, ont annoncé dimanche soir avoir conclu un accord avec Damas pour le déploiement de l'armée syrienne dans le nord du pays, afin de s'opposer à l'avancée rapide des troupes turques et de leurs alliés.

L'offensive turque, lancée il y a cinq jours à la faveur d'un retrait américain et malgré de vives critiques internationales, vise à instaurer une "zone de sécurité" de 32 km de profondeur pour séparer sa frontière des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple (YPG), une milice qualifiée de "terroriste" par Ankara.

Cette "zone" serait susceptible d'accueillir une partie des 3,6 millions de Syriens actuellement réfugiés en Turquie, un des nombreuses conséquences du conflit qui ravage la Syrie depuis 2011.

Dimanche, le régime de Bachar al-Assad, qui entretient des rapports tendus avec la minorité kurde mais a dénoncé l'opération d'Ankara, a annoncé l'envoi de troupes dans le Nord pour "affronter" l'"agression" turque.

Peu après, les Kurdes, qui ont instauré ces dernières années une autonomie de facto sur de vastes régions du nord et du nord-est syrien, ont dit avoir conclu un accord avec Damas pour un déploiement de l'armée syrienne près de la frontière "en soutien aux Forces démocratiques syriennes (FDS)", dominées par les YPG.

L'offensive turque a provoqué un tollé international. Partenaires de longue des Occidentaux dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI), les FDS ont accusé l'Amérique de Donald Trump de les avoir abandonnées en retirant lundi dernier des soldats de zones frontalières puis en annonçant ce dimanche le retrait de près de 1.000 soldats du nord syrien.

Les forces kurdes ont en outre annoncé dimanche la fuite de centaines de proches de jihadistes de l'EI à la faveur de l'assaut turc.

L'offensive d'Ankara devait d'abord se concentrer sur une bande de territoire frontalière, entre les villes de Tal Abyad et Ras al-Aïn, distantes d'environ 120 km.

Dimanche, les forces turques ont conquis Tal Abyad, selon l'agence turque Anadolu et l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Ras al-Aïn échappe encore aux forces turques, mais celles-ci se sont emparées de 40 villages depuis mercredi et "ont conquis toute la région frontalière, de Tal Abyad jusqu'à l'ouest de Ras al-Aïn", selon l'ONG.

"Retrait délibéré"


Les combats et les bombardements turcs ou de leurs supplétifs ont été violents dimanche, tuant au moins 26 civils selon l'OSDH.

Parmi ces victimes au moins dix ont péri dans un raid de l'aviation turque à Ras al-Aïn contre un convoi comprenant des journalistes, selon l'OSDH. L'ONG a rapporté la mort "d'un journaliste", sans être en mesure de donner son identité. L'agence locale kurde Anha a ensuite rapporté la mort de son correspondant.

Donald Trump a ordonné "un retrait délibéré des forces américaines" du nord syrien, a de son côté déclaré le chef du Pentagone Mark Esper, qui a évoqué "moins" de 1.000 soldats concernés. "Nous n'avons pas abandonné les Kurdes", s'est-il en outre défendu.

Depuis mercredi, 104 combattants kurdes et plus de 60 civils ont été tués dans les violences, selon un dernier bilan de l'OSDH. Plus de 130.000 personnes ont été déplacées d'après l'ONU.

Samedi, neuf civils avaient été "exécutés" par des rebelles proturcs, selon l'OSDH.

Ankara assure que toutes les mesures sont prises dans le cadre de son opération pour éviter les pertes civiles. La Turquie a annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes sur des villes frontalières turques.

Le président Recep Tayyip Erdogan a répété dimanche sa détermination à poursuivre l'offensive.

"Ceux qui pensent pouvoir nous contraindre à reculer avec ces menaces se trompent", a-t-il dit après que Berlin et Paris ont annoncé la suspension des ventes d'armes qui pourraient être utilisées contre les forces kurdes. Rome a ensuite demandé un "moratoire" européen sur ces ventes.
"Compromis douloureux"

Pour justifier l'accord entre les Kurdes et Damas, le haut-commandant des FDS Mazloum Abdi a déclaré sur Foreign Policy que le régime syrien et son allié russe avaient "fait des propositions qui pourraient sauver la vie de millions de personnes".

"Nous savons que nous devrons faire des compromis douloureux", mais entre les compromis et le génocide de notre peuple, nous choisirons la vie", a-t-il dit.

Juste avant l'offensive turque, les Kurdes avaient appelé la Russie à jouer un rôle de "garant" dans le "dialogue" avec le régime qui s'était alors dit disposé à "accueillir dans son giron ses enfants égarés".

Fin 2018, alors qu'Ankara avait menacé de lancer une opération, les YPG avaient appelé l'armée syrienne à se déployer près de Minbej (nord).

L'offensive turque a ouvert un nouveau front dans le conflit en Syrie, où plus de 370.000 ont été tuées et des millions déplacées depuis 2011.

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont appelé dimanche la Turquie à cesser son opération qui "risque de créer une situation humanitaire insoutenable et d'aider" le groupe EI "à réémerger".

Dimanche, "785 (proches) de membres étrangers de l'EI ont fui le camp d'Aïn Issa", ont affirmé les autorités kurdes. "Ils ont attaqué les gardes et ouvert les portes".

"Toutes les familles de membres de l'EI ont fui", selon un responsable kurde, Abdel Qader Mouahad.

Quelque 12.000 combattants de l'EI, des Syriens, des Irakiens mais aussi 2.500 à 3.000 étrangers originaires de 54 pays, sont détenus dans les prisons sous contrôle des Kurdes, selon des chiffres de sources kurdes. Les camps de déplacés accueillent quelque 12.000 étrangers, 8.000 enfants et 4.000 femmes.
Dimanche 13 Octobre 2019 - 22:45

Atlasinfo (Source afp)




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