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Maroc : Les féministes veulent mettre en place un dispositif juridique pour rendre effective la parité


Vendredi 9 Novembre 2018 modifié le Samedi 10 Novembre 2018 - 14:44

Narjis Rerhaye (A Rabat)




Deux ans avant les élections, les féministes marocaines ouvrent le débat sur la représentation politique des femmes. Derrière ce projet qui s’étale sur plusieurs mois-une étude relative à « l’évaluation des mécanismes de représentation politique des femmes au Maroc » a été publiée il y a tout juste un an en novembre 2017-, une association dynamique et profondément égalitaire : Jossour Forum des femmes marocaines.

A Rabat, ce vendredi 9 novembre, les activistes de Jossour ont donné le ton en organisant une journée d’étude pour contribuer à l’élaboration d’un mécanisme juridique rendant la parité possible et surtout effective. « Ensemble pour l’effectivité du droit constitutionnel à la parité » ont proclamé celles de Jossour qui ont invité société civile, partis politiques, représentants gouvernementaux et institutionnels.

« Nous devons travailler ensemble pour la parité. L’union est importante. Réfléchissons ensemble à une redistribution juste et équitable des pouvoirs et non des faveurs », déclare Oumayma Achour, la présidente de Jossour FFM.

Le chemin est long à l’ombre d’une constitution pavée de bonnes intentions. force est de constater que la constitution adopte une attitude restrictive dans la mesure où elle parait se dérober, ne voulant pas trop engager l’Etat, ni le lier pour qu’il ne soit pas redevable ; de ce fait, elle éloigne les droits de la justiciabilité et pour cela, préférera utiliser les termes « œuvre » ou « favorise » plutôt que « consacre » ou « garantit ». L’article 19 est une invitation au législateur, une habilitation qui lui est faite pour prendre des mesures afin de rendre effectif le principe d’égalité, c’est une permission et non une prescription ou une imposition », explique la juriste Nadia Bernoussi, consultante du projet portant sur la représentation politique des femmes au Maroc.

Inquiet, le mouvement féminin n’en finit pas d’égrener les reculs et la difficulté de préserver les acquis arrachés de haute lutte. Le délégué interministériel aux droits de l’homme confirme. « Malgré les progrès enregistrés grâce aux quotas et aux sièges réservés, la masse critique des 30% n’a jamais été atteinte »,rappelle Mahjoub Hiba, soupirant que « le chemin reste long et nécessite plus de souffle ».

Mohamed Oujar le ministre marocain de la justice se veut lui rassurant. Le gouvernement auquel il appartient et qui est dirigé par les islamistes s’engage à « honorer la constitution et à se mobiliser pour la parité ». « L’application de la constitution est au dessus de toutes les contingences », affirme-t-il avant d’annoncer la prochaine adoption d’une loi organique permettant à tous les justiciables de plaider la non constitutionnalité d’une loi. « C’est un outil important pour les militants des droits des femmes », avance ce responsable gouvernemental avant de s’éclipser de la salle abritant la journée d’études.

Des débats, des discussions et surtout des propositions pour que la représentation politique et institutionnelle des Marocaines soit en phase avec le rêve de parité. « Il faut investir dans les femmes. Tant il est vrai que la participation des femmes rend la société plus dynamique, plus résiliente et l’économie plus vigoureuse », souligne Seija Sturies, la Représentante résidente de la Fondation Ebert au Maroc qui soutient Jossour.

Toute la journée, les experts, juristes, militants et activistes ont débattu du dispositif juridique susceptible de rendre effective une parité toujours en l’état de promesse écrite. Ouafa Hajji, coordinatrice du projet et présidente de l’Internationale socialiste des femmes en est convaincue : une démocratie sans femmes et une démocratie sans âme. .« Les femmes forment plus de la moitié de la population, alors quoi de plus juste que de leur accorder le pouvoir de décider et assurer par là un système démocratique véritablement représentatif. Tel est, en fait, le message si simple que Jossour-ffm souhaite délivrer à travers le« Projet de promotion de la participation politique des femmes » La parité est une des avancées notoires de la constitution en matière de droit des femmes. C’est un quota égalitaire au service de l’égalité et un principe constitutionnel en attente d’un dispositif juridique », conclut celle qui a su mettre en vigueur la parité au sein de l’Internationale socialiste des femmes

Encadré : Plus de 54% des femmes marocaines travaillent sans contrat

Au Maroc et selon les chiffres du Haut Commissariat au Plan publiés en 2017, les taux de chômage les plus élevés sont enregistrés principalement parmi les femmes 14,7% contre 8,8% chez les hommes) et les jeunes âgés de 15 à 24 ans. Sur le marché de l’emploi, le taux d’activité des femmes n’est que de 22,4% contre 71,6% pour le sexe masculin, un écart de 49% qui peut atteindre les 77% en fonction de l’éducation ou de l’expérience. 73% des jeunes filles rurales travaillent avant l’âge de 15 ans et ne vont donc pas à l’école.
87,5 % de femmes travaillent sans contrat écrit dans le monde rural, 54,2 % dans le monde urbain. Ces femmes ne sont évidemment pas protégées par le code du travail.
Toujours au Maroc, la représentation politique est en déphasage par rapport à la Constitution. Seules 81 femmes siègent à la Chambre des représentants, soit 4% de plus qu’en 2011. 13 femmes seulement sur 120 membres siègent à la Chambre des conseillers, ce qui porte le taux de 2,22% sur la période 2009-2015 à 10,83%.

Vendredi 9 Novembre 2018 - 16:14





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