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Marches en Algérie contre un cinquième mandat de Bouteflika


Vendredi 22 Février 2019 modifié le Samedi 23 Février 2019 - 13:09

Des milliers de manifestants algériens sont descendus, vendredi, dans les rues pour dénoncer une situation qui commence à prendre des tournures alarmantes depuis l'annonce de la candidature du Président sortant, Abdelaziz Bouteflika à un 5ème mandat.




Dès les premières heures de la matinée, un dispositif sécuritaire sans précédent a été déployé au niveau des axes menant vers les grandes villes, notamment la capitale Alger, et devant toutes les mosquées, point de départ de ces manifestations de colère.

L'inquiétude a atteint, à priori, son apogée et rien n’est laissé au hasard. Ces axes routiers, habituellement fluides en ce premier jour du week-end, étaient chargés. Policiers et gendarmes contrôlaient la situation à la recherche de "personnes suspectes".

A Alger, c’est au niveau des axes de Birkhadem, Reghaïa et Zéralda que cela se faisait le plus remarqué. Les directives du nouveau patron de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN), Abdelkader Kara Bouhadba, étaient claires dans ce sens: Il faut simplement bloquer ces manifestants et assurer la sécurité des lieux.

Jeudi, le ministère algérien des Affaires religieuses s’est mis de la partie en adressant une note aux imams où il leur a été prescrit le thème de la Prêche du vendredi. La Journée du martyr, qui coïncide avec 18 février de chaque année, et la célébration du 13e anniversaire de l'adoption de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale (28 février) sont les deux thèmes à aborder.

"Une manière de la part du département de Mohamed Aïssa de rappeler aux Algériens les années du colonialisme et la décennie noire, et aussi, de les inciter à regagner leurs domiciles après la prière et ne pas rentrer dans ce "jeu malsain’", croit-on savoir.

L’origine de l'appel à ces manifestations est restée inconnue et ce mystère a soulevé plusieurs questions et inquiétudes. Même dans les médias pro-pouvoir (écrits et audiovisuels), plusieurs messages ont été lancés aux citoyens pour rester vigilants.

L’on rapporte que le fait qu’il a été appelé à ces marches après la prière, lui donne "un cachet islamiste" faisant rappeler les évènements initiés par le Front islamique du salut (FIS) au début des années 1990 et ce qui s’en est suivi.

Force était de constater que certains imams, bien qu’ils sont sous l’égide de la tutelle, ont refusé de suivre cette directive, choisissant d’aborder d’autres sujets. Chose qui ne risque pas de passer inaperçue, murmure-t-on du côté du ministère.

Dans la capitale, le chaud derby algérois programmé au stade du 1er-Novembre de Mohammedia à 15h, entre l’USM Harrach et le RC Kouba (Ligue 2 de football) a été finalement reporté pour le mardi 26 février.

"Ce genre de matchs nécessite un dispositif sécuritaire renforcé. Dans cette conjoncture, il nous est impossible de l’assurer. Nous avons demandé à la Ligue de football professionnel (LFP) de le reporter, donc, pour des raisons sécuritaires", rapporte encore notre source de la DGSN.

Après la prière de vendredi, c’est dans l’Est du pays que les premiers signes ont été donnés. Dans les grandes villes, telle Tarf, Annaba, Khanchela et Guelma, des marches ont bel et bien eu lieu, avec des démêlés avec les services de sécurité et plusieurs blessés des deux côtés.

A Oran, des tentatives de marches ont eu lieu, mais vite réprimandées par les services de la police. A Sidi Bel Abbès et Aïn Témouchent et Mostaganem, pour ne citer que ces villes, un nombre important de manifestants étaient là, mais encerclé par les services d’ordre.

Ils ont scandé des slogans en opposition au 5ème mandant, sans pour autant qu’il y ait des dérapages ou blessés.

C’est dans la capitale, Alger, où était attendue la grande foule, au vu de sa position stratégique sur différents plans. De vieux, jeunes et moins jeunes ont commencé à se rassembler dès 15h dans les grandes artères de la capitale.

De la Rue Hassiba Ben Bouali, en passant par le Boulevard Amirouche, la Grande-Poste et la Place des Martyrs, des milliers de manifestants ont répondu à l’appel avec des slogans hostiles au 5ème mandat du président sortant dont "le peuple veut changer le système", "Il n’y aura pas un cinquième mandat" et "FLN dégage !".

Rassemblés au niveau de la Grande-poste dans un premier temps, les manifestants ont décidé de marcher vers la Présidence de la République à El Mouradia. La police antiémeute intervient et bloque tous les accès, allant même jusqu’à utiliser le gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

C’est ainsi que les manifestants décident de prendre la destination du siège de l’Assemblée populaire nationale (APN), un des centres de décisions en Algérie, sis au Boulevard Zighoud-Youcef. Au passage, ils ont arraché un portait géant de Bouteflika devant le siège du parti du RND.

Devant l’APN, les manifestants ont observé un sit-in de presque 40 minutes en brandissant des banderoles et scandant les mêmes slogans. "Je suis venue pour l’Algérie. C’est l’avenir de nos enfants qui est en jeu. On nous leurre avec cet argument de continuité, mais cela ne peut se faire avec un président grabataire. La société et le pays sont transformés en un désert ", nous dit une jeune dame en colère.

Et à un jeune homme, se trouvant à côté d’elle, de lancer : "ce régime moribond à livré notre jeunesse à elle-même. Le génie politique consiste à canaliser à bon escient ce potentiel".

Ces deux jeunes, comme beaucoup d’autres manifestants, refusent par ailleurs de se voir collés l’étiquette de défendre l’agenda de l’opposition. "Je ne roule pas pour les partis de l’opposition, avec lesquels, déjà, je ne partage pas les mêmes avis. J’insiste à dire que c'est l’avenir de mon pays et mes enfants qui m’a poussé à venir manifester", lancent-ils.

Dans les discussions entre manifestants, tout le monde était unanime à dire que les images diffusées, la veille, sur la télévision publique du président Bouteflika lors de la prestation de serment du nouveau président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz, montrent un homme "affaibli" par la maladie.

Selon les observateurs, ce cri du peuple met les pouvoirs publics en position peu reluisante.

Des réunions se tiennent au fur et à mesure dans les hautes sphères de l’Etat pour des contre-attaques très prochaines avec l’objectif d’effacer de la tête des Algériens cette image d’un "président grabataire", que d'aucuns estiment qu'"il veut encore gérer le pays à titre post-mortem".
Vendredi 22 Février 2019 - 23:52

Avec MAP




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