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Les Saoudiennes au volant: un aspect économique, aussi


Jeudi 21 Juin 2018 modifié le Vendredi 22 Juin 2018 - 08:57

La fin de l'interdiction de conduire pour les femmes, dimanche en Arabie saoudite, est susceptible d'ouvrir le marché de l'emploi à des millions de Saoudiennes, de quoi renforcer leur rôle économique, selon des analystes.




Les Saoudiennes sont fortement sous-représentées sur le marché du travail, avec un taux de chômage de 31 %, et leur rôle économique est limité, principalement en raison de leur mobilité restreinte.

Elles comptent actuellement pour un peu moins de 23 % de la main-d'oeuvre nationale, qui compte six millions d'employés, selon l'Autorité générale saoudienne des statistiques.

Et elles représentent moins de 10 % de la main-d'oeuvre totale du royaume si l'on inclut les 10 millions de travailleurs expatriés, selon l'Autorité.

Une étude récente de la Chambre de commerce de Jeddah (ouest) a montré que le transport était considéré comme l'un des principaux obstacles empêchant les Saoudiennes d'entrer sur le marché du travail.

Selon l'étude, la levée de l'interdiction de conduire contribuera non seulement à augmenter le nombre de femmes actives mais aussi à créer de nouveaux emplois.

"Je crois que la décision ne se limite pas à proposer plus de possibilités d'emploi aux femmes", affirme à l'AFP Ihsan Bu-Hulaiga, chef de Joatha Business Development Consultants, basé à Ryad.
'Réduire le chômage'

"Elle permettra également d'augmenter le taux de participation des femmes à l'économie et réduira le taux de chômage, car la plupart des chômeurs sont des femmes", ajoute-t-il.

Le programme de réforme "Vision 2030" du prince héritier Mohammed ben Salmane visant à réduire la dépendance du royaume envers le pétrole entend porter à 30 % la part de la main-d'oeuvre féminine dans la force générale de travail d'ici 2030. Ce qui requiert de doubler le nombre de femmes actives, qui sont 1,37 million actuellement.

Selon Fadhl al-Buainain, consultant financier et bancaire saoudien, la décision réduira en outre le nombre de chauffeurs privés familiaux expatriés, "ce qui aura un impact positif sur les budgets familiaux des Saoudiens en ce qui concerne les salaires des chauffeurs, le logement et l'assurance-maladie".

Pour Taghreed Ghazala, propriétaire d'une chaîne de salons de beauté à Dammam et Khobar (est), cette mesure ne peut être que bonne pour les affaires.

"J'ai de nombreux chauffeurs que je paie pour transporter mes employées", affirme la femme d'affaires à l'AFP.

"Maintenant, je n'en ai plus besoin. On va économiser de l'argent, des efforts et du temps que je peux investir pour développer plus vite mes affaires", explique-t-elle.

"Cela va probablement me faire économiser quelque 3.000 riyals (800 dollars par mois) par mois", estime pour sa part Raghda Bakhorji, qui avait recours jusqu'à présent à un chauffeur pour se rendre au travail.

L'Arabie saoudite, qui compte 32 millions d'habitants dont 12 millions d'expatriés, dépense plus de 25 milliards de riyals (6,7 milliards USD) en salaires annuels pour quelque 1,38 million de chauffeurs privés étrangers, en plus des dépenses supplémentaires pour leurs permis d'entrée et de séjour, de logement et de soins de santé, selon les chiffres officiels.

Permettre aux Saoudiennes de conduire devrait également stimuler les ventes de voitures et renforcer le secteur de l'assurance, selon des analystes.

PWC Middle East Consultancy, basée à Dubaï, estime que, d'ici 2020, le nombre de conductrices saoudiennes atteindra trois millions contre 9,5 millions de conducteurs.

Les ventes de voitures devraient augmenter de 9 % par an jusqu'en 2025, stimulées par le segment des nouvelles clientes, contre une croissance moyenne de 3 % ces quatre dernières années, selon PWC.

Embouteillages


Le centre de recherches Capital Economics estime que l'augmentation de la main-d'oeuvre féminine stimulera aussi la croissance du PIB du royaume, qui s'est contractée en 2017.

Mais l'augmentation du nombre de véhicules entraînera aussi des embouteillages, ce qui ralentira le mouvement et aura un impact négatif sur la productivité, selon M. Buainain.

Le développement du travail des femmes a été encouragé avec d'autres mesures.

En février, le royaume a permis aux femmes d'ouvrir leur propre entreprise sans l'accord du mari ou d'un parent masculin, dans le but de développer le secteur privé.

Le bureau du procureur général a annoncé en mars qu'il commencerait à recruter des femmes pour les enquêtes judiciaires.

Le royaume a également ouvert 140 postes pour les femmes dans les aéroports et aux postes frontaliers, une première historique qui, selon le gouvernement, a attiré 107.000 candidates.
Jeudi 21 Juin 2018 - 15:52

afp




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