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Dans Ouagadougou tendue, Macron dénonce les crimes en Libye et ceux de la "colonisation européenne"


Mardi 28 Novembre 2017 modifié le Mercredi 29 Novembre 2017 - 14:34

Le président français Emmanuel Macron a annoncé mardi vouloir frapper les passeurs qui exploitent les migrants en Libye et dénoncé les "crimes incontestables" de la colonisation européenne, entamant sa première tournée africaine dans une atmosphère tendue par une attaque contre des soldats français et des manifestations dans la capitale burkinabè.




Lors d'un discours devant 800 étudiants de l'université de Ouagadougou, son premier "grand oral africain", le président français s'est présenté comme le représentant d'une génération pour laquelle "les crimes de la colonisation européenne sont incontestables", tout en relevant qu'il y avait eu aussi "des grandes choses et des histoires heureuses" dans ce passé.

M. Macron a en outre annoncé qu'il allait "proposer une initiative euro-africaine" pour "frapper les organisations criminelles et les réseaux de passeurs" qui exploitent les migrants subsahariens en Libye. Il a également annoncé "un soutien massif à l'évacuation des personnes en danger" en Libye, qualifiant de "crime contre l'humanité" la vente de migrants comme esclaves.

Ce discours, qui était suivi à la mi-journée de questions-réponses avec les étudiants, doit être le point fort de cette tournée. M. Macron doit se rendre ces prochains jours au sommet Europe-Afrique à Abidjan puis au Ghana.

Emmanuel Macron entend convaincre une jeunesse africaine de plus en plus hostile à la présence française sur le continent, sur fond de menace terroriste persistante au Sahel, que les troupes françaises installées dans la région ont du mal à combattre, et d'un flux migratoire croissant que l'Europe veut endiguer.

La question de l'immigration africaine vers l'Europe et la sécurité seront au coeur du cinquième sommet Union européenne (UE)- Union africaine (UA).

Grenade contre des soldats français

L'arrivée lundi soir au Burkina de M. Macron a pris un tour d'emblée tendu. Deux heures avant son arrivée, des individus à moto ont lancé une grenade contre un véhicule de soldats français dans le nord de Ouagadougou. Ils n'ont pas atteint leur cible mais ont blessé trois riverains. Cette attaque n'a pas été revendiquée.

Ancienne puissance coloniale, la France entretient une coopération militaire ininterrompue avec les autorités du Burkina depuis l'accession à l'indépendance du territoire de la Haute Volta en 1960. Depuis 2010, des éléments des forces spéciales françaises, basés à Ouagadougou, apportent leur soutien aux forces de défense. Celles-ci sont notamment intervenues lors de l'attentat de janvier 2016 (30 morts) lorsque des jihadistes avaient ouvert le feu sur des terrasses du centre-ville.

La capitale a également subi en août un attentat similaire qui a fait 19 morts.

M. Macron, qui a brièvement évoqué mardi la grenade sans vouloir y donner de l'importance, a qualifié à son arrivée le Burkina d'"emblème de l'aspiration démocratique de la jeunesse africaine", allusion au soulèvement de 2014 qui a balayé le président Blaise Compaoré après 27 ans au pouvoir, mené par une jeunesse qui compose plus de la moitié de la population.

Mais les tensions ont persisté mardi. Pour protester contre la venue de M. Macron, des dizaines de manifestants ont dressé des barricades sur l'avenue menant à l'université de Ouagadougou.

Scandant des slogans tel que "A bas l'exploitation de l'Afrique par l'Occident", ils ont bloqué des véhicules se rendant à l'intervention du président, qui a cependant pu accéder au campus. Positionnés à quelques centaines de mètres de l'université, ils faisaient toujours face à la mi-journée à des forces anti-émeutes.

M. Macron doit en effet convaincre une jeunesse très méfiante vis-à-vis de la France.

Les jeunes Burkinabè réclament la fin de tout ce qui illustre pour eux le passé colonial: le "pillage des ressources" par des entreprises françaises, le franc CFA arrimé à l'euro et la présence militaire française.

Alors même que la manifestation battait son plein, M. Macron proclamait dans son discours que "les crimes de la colonisation européennes sont incontestables", appelant à une "relation nouvelle".

Le président a en outre pris mardi des engagements sur un dossier très sensible au Burkina. A l'issue d'un entretien avec le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, il a promis que tous les documents français concernant l'assassinat de l'ancien président burkinabè Thomas Sankara en 1987 seraient "déclassifiés". La mort de Thomas Sankara, devenue une figure panafricaine, était un sujet tabou pendant les 27 ans de pouvoir de l'ex-président Blaise Compaoré, qui a succédé au "père de la révolution".

M. Compaoré, qui vit en exil en Côte d'Ivoire depuis 2014, est soupçonné d'avoir participé au complot par de nombreux Burkinabè qui y voient aussi la main de la France, ancienne puissance coloniale qui aurait été gênée par la politique anticolonialiste de Sankara.

M. Macron a évoqué un autre cas épineux, celui de François Compaoré, le frère de Blaise, arrêté en France fin octobre dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat en 1998 du journaliste Norbert Zongo, et dont le Burkina réclame l'extradition. "Il appartient à la justice française de prendre sa décision, je ferai tout pour faciliter celle-ci", a-t-il affirmé.

Mardi 28 Novembre 2017 - 15:04





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