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Robert Ménard, candidat sans frontières aux municipales de Béziers


Dimanche 9 Juin 2013 modifié le Dimanche 9 Juin 2013 - 23:13

Ancien militant classé à gauche, le fondateur de RSF se présente à la mairie héraultaise avec le soutien du Front national. Un rapprochement gagnant-gagnant dans une ville sinistrée.




Robert Ménard, candidat sans frontières aux municipales de Béziers
Délices du «vu à la télé». Lorsqu’il tend la main, puis ses tracts à la volaillère du marché de Béziers (Hérault), Robert Ménard, petit bonhomme proche de la soixantaine, se rengorge : «Oui, bien sûr, vous savez qui je suis…» Le Front national aussi le connaît bien. Le parti d’extrême droite n’en revient toujours pas d’avoir attiré dans ses rets l’ex-patron et fondateur de Reporters sans frontières (RSF), devenu polémiste radio-télé sur le créneau néoréac. Jeudi, le numéro 2 frontiste, Louis Aliot, était à Béziers pour sceller l’affaire lors d’une conférence de presse : pas de liste FN aux municipales, mais un soutien du parti à celle de Ménard, qui sera selon lui «apolitique, allant de l’extrême droite à la gauche». Cette ville est désormais un «laboratoire», a souligné Aliot.

La prise de guerre est si belle qu’aucune contrepartie n’est - officiellement - demandée à Ménard. Pas même l’étiquette du Rassemblement bleu marine que l’avocat Gilbert Collard s’était accolée pour devenir député, voilà un an, dans le Gard voisin. Proches du nirvana de la dédiabolisation, les stratèges du FN vont pouvoir aller partout en France proposer «le pacte de Béziers». A savoir le soutien du FN contre des militants du parti en position éligible dans les prochains conseils municipaux. Et ainsi institutionnaliser, à peu de frais, cette implantation locale si nécessaire à l’objectif prioritaire de maillage national du territoire.

Température. Tout ça, Ménard le sait parfaitement. L’œil goguenard, il s’en délecte… pour mieux le bazarder d’un geste de la main. Même coup de balai que celui promis aux électeurs pour «réparer la ville». Il commence souvent ses phrases par «y’en a marre», les ponctue de «faut arrêter, quoi», et les termine par des «non mais ça, c’est insupportable». Plus le moindre «surmoi» politique qui empêchait les républicains de s’allier avec le parti dont le fondateur a fait des chambres à gaz un «détail» de l’histoire.

«Robert, faut pas le chauffer, il s’énerve, et après, c’est pour la journée», nous glisse à l’oreille un de ses proches. «Bob» monte en effet vite en température sur «ce pitre de Copé», «les bien-pensants de gauche» et «tous ces connards qui ne comprennent rien et vivent de la politique». Mais même en y allant mollo, l’ex-militant de la LCR, passé par le PS et les combats pour les libertés, ne voit «vraiment pas le problème» avec le FN. Il dit : «C’est eux qui sont d’accord avec mon programme, pas l’inverse. Et ça, ça change tout.» Amusant, car son programme tient, pour l’heure, en trois mots : «Sécurité, propreté, pauvreté.» Ce que l’on sait en revanche, c’est que, élu maire, Ménard se mettra hors-la-loi en ne célébrant «aucun mariage homosexuel».

Béziers, ville de 72 000 habitants, a décroché depuis belle lurette : centre-ville paupérisé, commerces fermés partout, taux de chômage à plus de 15%, face-à-face entre les communautés, sentiment d’abandon et d’insécurité… C’est sur ces territoires déglingués, aux marges de la République, que le FN compte brouiller les cartes pour prospérer électoralement. Etendard frontiste aux législatives, Collard a ouvert la voie. Ménard, fils de pied-noir et enfant du pays venu jouer les sauveurs biterrois, sera l’emblème du scrutin de mars 2014. Il s’y est mis à fond depuis septembre, après avoir publié sur son blog un billet intitulé «Se sentir chez soi», puis «Pourquoi ils nous détestent», à propos de l’islamisme radical. Sur ses affiches bleu ciel siglées «Choisir Béziers», Ménard pose seul, dents blanches et ruban rouge de la Légion d’honneur bien visible (don de Bernard Kouchner). «Mon père faisait les marchés avenue de la République, ma mère et mon fils vivent ici», dit le candidat.

Réflexe. Chaque camp a sorti la calculette : 25% pour Le Pen à la présidentielle, plus 5 points d’électeurs UMP ne supportant plus le maire sortant, plus 5 points de notoriété, et voilà «Robert» en tête avec 35% des suffrages au premier tour. «Un FN qui fait les cages d’escalier, se donne la peine d’aller voir les gens et qui, de surcroît, bénéficie d’une bonne image : c’est fini. La ville est perdue», lâche sous couvert d’anonymat un leader régional de l’UMP. «L’enjeu pour la gauche, ce sera de stopper Ménard dans les quartiers», se résigne Jean-Michel Du Plaa (PS), figure tutélaire d’une gauche qui pourrait ne pas se qualifier au second tour si elle part trop divisée. Seul le maire tant décrié, Raymond Couderc (UMP), qui brigue un quatrième mandat, feint l’indifférence façon Chirac : «Ménard ? Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre.» Fort de ses réseaux, il joue sur la peur des bourgeois de voir la ville davantage pointée du doigt et privée de crédits si Ménard s’imposait. Et mise sur un ultime réflexe de la population : «La ville natale de Jean Moulin ne peut porter à sa tête les héritiers politiques de ses assassins.» Pas sûr que cela suffise.

Dimanche 9 Juin 2013 - 23:01

Source Libération




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