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Prix Max Jacob Etranger 2014 au fondateur de la "Maison de la poésie", Mohammed Bennis, pour son « Lieu païen »


Vendredi 7 Mars 2014 modifié le Mercredi 19 Mars 2014 - 23:11

Le 6 mars au siège du Centre national du livre (CNL) à Paris a lieu la cérémonie de la remise du Prix Max Jacob étranger 2014. Le grand poète marocain Mohammed Bennis a été récompensé pour son recueil « Lieu païen » dans sa traduction française, réalisée par Bernard Noël en collaboration avec l'auteur et parue en juin dernier aux Editions «L'Amourier».
Le poète Mohammed Bennis, né en 1948 à Fès, est l’un des poètes les plus importants de la poésie arabe moderne. Il a reçu le prix Max Jacob Etranger, décerné par l'Association des amis de « Max Jacob » en reconnaissance de son travail poétique et de sa présence dans la langue française. La remise de cette récompense ouvre la programmation des événements liés au 70e anniversaire de la mort de Max Jacob, poète, romancier, essayiste, épistolier et peintre né en 1896.




La remise du prix a été marquée par la présence de plusieurs poètes, écrivains et intellectuels, ainsi que par l'ambassadeur du Maroc à Paris, Chakib Benmoussa.

Dans "Lieu païen", Mohammed Bennis explore les espaces où la parole retrouve la raison d’être, l’écrit de nos sens » . Ecrit en arabe et publié en 1996 par les éditions Toubkal au Maroc. « Canicule de la mer, Rocher de fièvre, Hiéroglyphes, Désert au bord de la lumière, Un nuage traversant le silence » sont les cinq longs poèmes du « lieu païen ».

Et comme l’exprime si bien Jean- Marie Barnaud, romancier et critique littéraire à propos de Mohammed Bennis : « N'est-ce pas, la fonction de la poésie est que, par la sauvegarde de la langue à laquelle elle se consacre, réinventer ce « lieu païen », c’est-à-dire libéré des tutelles morales, politiques ou esthétiques qui le dénaturent en l’asservissant à leurs diktats.

Un puissant mouvement lyrique, qui puise dans la tradition de la poésie arabe, si amoureuse des images, si inspirée par le désir de célébrer la profusion du réel, anime le chant impatient et impérieux de Mohammed Bennis ».

Et de poursuivre : « Cependant ce chant est libre : il subvertit les formes, bouleverse les normes, et c’est en cela aussi qu’il est païen, en cela qu’il parle à notre temps, qu’il est rebelle aux dévotions anciennes ; il invente au contraire une nouvelle adresse, en prise avec la démesure de ce temps, avec les risques que fait peser sur la parole la difficulté d’être d’une époque perdue, sans repère fiable, où, jour après jour il faut frayer au corps, par-dessus les abîmes et leurs vertiges, un chemin de liberté »

Depuis ses débuts, Mohammed Bennis s’est interrogé sur la la poésie en arabe dans le Maroc contemporain et sur le rapport entre la poésie et la langue. Cette interrogation, lui a permis d’ouvrir la voie vers la modernité et la liberté. La revue Attakafa el-Jadida (Culture nouvelle), est devenue la marque de son parcours poétique.

Mohamed Bennis participe avec force à la modernité poétique arabe et bénéficie, depuis les années quatre-vingt d’un statut particulier dans le monde arabe. Bernard Noël écrit à son propos : « à côté d’Adonis et de Mahmoud Darwich, Mohammed Bennis a construit une œuvre qui ne doit qu’à la recherche patiente de sa propre justesse d’être devenue exemplaire au milieu de la langue arabe. Elle y porte déjà un avenir qui la rend fondatrice ».

Mohamed Bennis est l’auteur d’une trentaine de titres (poésie, prose, essai et traduction). A partir de 1985 il participe aux différents festivals, colloques et rencontres, en Europe, au Canada, aux Etats-Unis et en Amérique Latine. Il écrit sur la peinture et il réalise des œuvres en commun avec des peintres, sous forme de tableaux, de livres et de port folio, dans des pays arabes, en Europe, aux Etats-Unis et au Japon.

Ses poèmes et textes sont traduits et publiés dans des livres collectifs, des revues et journaux en plusieurs langues, dont le français, l’espagnol, l’anglais, l’italien, l’allemand, le portugais, le japonais, le suédois, le russe, le macédonien et le turc. À partir de 1995, des recueils de lui sont traduits et publiés en français, espagnol, italien, turc, allemand et macédonien.

Mohamed Bennis traduit des textes de langue française, notamment des œuvres de Abdelkebir Khatibi, Bernard Noël, Abdelwahab Meddeb, Jacques Ancet et George Bataille.

Bibliographie : Livres de poésie traduits en français


- Anti-journal de la métaphore, sur 33 lavis de Colette Deblé, éd. Jean-Michel Place, 1995
Le don du vide, traduction Bernard Noël en collaboration avec l'auteur, éd. L'Escampette, 1999
- Vin, 2 séries de poèmes bilingues, arabe et français, arabe et espagnol, traduction collective, Royaumont, éd. Toubkal (Maroc), éd. Royaumont (France), 1999

- Désert au bord de la lumière, traduction Abdelawahab Meddeb, éd. Al Manar, 1999

- Un chant pour le jardin de l’eau, traduction Abdellatif Laâbi, éd. Les petits Classiques du grand pirate, 2002

- Fleuve entre deux funérailles, traduction Mostafa Nissabouri, éd. L'Escampette, 2003

- Le livre de l’amour, traduction Bernard Noël en collaboration avec l'auteur, éd. Al Manar, 2008
Feuille de la splendeur, traduction Mounir Serhani, éd. Cadastre8zéro, 2010

- L’obscur dans les mots, poèmes échangés avec Bernard Noël, accompagnés d'une intervention artistique du peintre Joël Leick, éd. Al Manar, 2010

- Vers le bleu, traduction Bernard Noël en collaboration avec l'auteur, Résidence de l’Arbre à paroles, maison de la poésie d’Amay, Belgique, 2012



Vendredi 7 Mars 2014 - 18:30

Par Fouzia Benyoub