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Myriam l’Aouffir: l’association "Juste pour Eux", fière d’aider des jeunes filles en milieu rural à réaliser leurs rêves


Samedi 14 Février 2015 modifié le Samedi 21 Février 2015 - 12:22

Présidente de l'association « Juste pour Eux » qui œuvre depuis 2004 pour l'éducation et l'alphabétisation en zones rurales au Maroc, Myriam L'Aouffir, fondatrice de l'agence du consulting Daenerys'Com et ancienne responsable de Marketing Numérique à France Télévisions, a lancé en 2006 le projet « Un vélo pour elle » puis « Une carrière pour elle » pour permettre à des jeunes filles d’atteindre leur collège, situé généralement à quelques kilomètres de leur domicile, et de pouvoir ainsi poursuivre leur scolarité.
Myriam L'Aouffir revient pour Atlasinfo sur le parcours de ces jeunes filles, leur réussite et leur insertion dans la vie professionnelle.

Propos recueillis par Hasna Daoudi




Des jeunes filles de la région de Tiznit ayant bénéficié  de l'opération "Un vélo pour elle"
Des jeunes filles de la région de Tiznit ayant bénéficié de l'opération "Un vélo pour elle"
Depuis 2006, vous pilotez le projet « Un vélo pour elle » , puis « Une carrière pour elle » , à travers votre association « Juste pour Eux ». Quel était au départ l’objectif de cette opération ?

Nous œuvrons pour l'éducation et l'alphabétisation dans les régions rurales au Maroc depuis 2004. Nous tentons de façon générale de répondre au mieux aux besoins des acteurs locaux et les accompagnons dans diverses démarches contribuant à améliorer l’éducation des enfants et des jeunes dans les régions excentrées. Nous étions face à une problématique, celle de la lutte contre la déperdition scolaire de la fille en région rurale, qui touche de nombreuses provinces et dont la province de Tiznit. Après deux missions sur le terrain, à la rencontre du corps enseignant et de la délégation du Ministère de l'Education Nationale, nous sommes partis sur un pari fou et innovant à la fois, celui de contribuer à combattre ce fléau, à travers la distribution de vélos, un moyen pour les filles de pouvoir poursuivre leur scolarité après le primaire et de rejoindre le collège, leur domicile étant éloigné de l’établissement scolaire.
Nous avons donc sélectionné, suite à des critères bien précis, 200 bénéficiaires que nous avons suivis rigoureusement au quotidien jusqu'à l'obtention de leur baccalauréat. Avec la volonté, la persévérance et la motivation de tous les acteurs, en commençant par les jeunes filles, dont le taux de réussite au baccalauréat a atteint 75%, un véritable record, comparativement à un taux ne dépassant pas 15% de réussite pour les jeunes filles en région rurale.
Afin que cette opération puisse être dupliquée dans d’autres régions et servir à d’autres initiatives, nous avons mis en ligne sur notre site un mode d'emploi qui tire toutes les leçons de nos expériences. Depuis ce projet, on peut noter par ailleurs qu’il y a eu plus de 500 000 vélos qui ont été distribués au Maroc, pour lutter contre la déperdition scolaire en région rurale. Que ce soit les académies régionales, l’INDH, les associations ou encore les ambassades, tous ont intégré désormais les vélos comme un moyen pour favoriser l’éducation dans les régions excentrées.

Pouvez-vous nous donner un aperçu du parcours de ces jeunes filles ?


Après « Un vélo pour elle », nous avons enchainé avec « Une carrière pour Elle », un projet ambitieux qui a pour but de promouvoir la mobilité sociale d’étudiantes issues de régions rurales excentrées. Pendant une période de trois à cinq ans, les partenaires se sont engagés à faciliter la socialisation professionnelle des étudiantes et à leur transmettre des compétences clefs pour agir de manière autonome en société.
Pour citer quelques exemples et quelques parcours à mettre en avant, il y a celui d’Amina Berghout qui a obtenu 17,52/20 au baccalauréat et qui a enchainé avec deux années de classes préparatoires scientifiques. Elle étudie actuellement à l’Ecole Hassaniades Travaux Publics. Elle a par ailleurs réalisé un stage chez IBM à Casablanca, dans le département sécurité informatique.
Il y a aussi Fatima Fakir, qui après son baccalauréat a obtenu un BTS, option gestion des PME. Elle est aujourd’hui étudiante en licence professionnelle à l’université d’El Jadida, avec une spécialisation Banque et Finances. Elle a également pu bénéficier de stages, notamment à Oxylane et à la Société Générale, partenaires de l’opération « Une carrière pour Elle ». Fatima a failli abandonner sa scolarité au collège, ayant eu du mal à supporter l’éloignement de sa famille ,a du rejoindre l’internat pour poursuivre sa scolarité. A deux doigts de tout quitter, Fatima a finalement pris conscience qu’il s’agissait pour elle d’une vraie opportunité de faire partie du programme « Un vélo pour Elle », et que si cette chance lui avait été donnée, elle n’avait d’autre choix que de la saisir. Fatima est méritante, combattante, touchante.
Yamna Ezzaim fait aussi partie de ces lauréates brillantes, ayant obtenu 16 de moyenne générale au baccalauréat. Je me pose toujours la question suivante, celle de savoir ce qu’auraient fait toutes ces jeunes filles avec de tels potentiels non exploitées ?
Yamna est diplômée de l’Ecole Supérieure de Technologie d’Agadir, option gestion d’entreprise. Elle est aujourd’hui en licence professionnelle à l’Université d’El Jadida, avec une spécialisation en Ressources Humaines. Elle a pu réaliser des stages auprès d’entreprises partenaires, dont Cap Gemini et IBM, à la direction RH.
Ce qui est important à retenir, à travers les parcours respectifs des unes et des autres, c’est qu’elles ont pu choisir leur parcours de manière tout à fait autonome s’épanouissant à travers le choix de leur filière. La plupart d’entre elles suivent parallèlement des cours de langues, à l’Institut Français d’Agadir, au Britisch Council ou encore à l’Institut des langues à Agadir, comme c’est le cas notamment pour Siham El Maifi qui y apprend la japonais, ayant une passion depuis toujours pour le Japon.
L’Association Juste pour Eux a passé des accords avec ces trois institutions et finance les cours de langues pour les bénéficiaires du projet

Myriam l’Aouffir
Myriam l’Aouffir
Avec de telles réussites, avez-vous le sentiment que votre association a aidé ces jeunes filles à réaliser leurs rêves ?

Je tiens à féliciter toutes ces jeunes filles qui ont parcouru des kilomètres sous le froid ou la chaleur pour obtenir leur baccalauréat. A les féliciter aussi car elles ont souhaité ensuite poursuivre leurs études, aller plus loin. Mais je tiens avant tout à remercier leurs parents qui ont cru en ce projet et qui ont permis à leurs jeunes filles de sillonner les sentiers pour rejoindre leur collège, ce qui n'était pas ancré dans les usages.
Je souhaiterai aussi préciser qu'il s'agit d'une grande opération de solidarité avec l'implication de nombreux acteurs très engagés, et ce à un niveau international, puisque nous avons réussi à mobiliser des acteurs marocains, français, allemands. C'est un travail d'équipe qui a permis d'obtenir ces résultats très encourageants.
Si je devais ajouter un mot personnel, je dirai que je suis fière de m’être investie auprès de ces filles extraordinaires et avoir pu contribuer à leur offrir un avenir meilleur.
Ces filles sont devenues des modèles de réussite pour les autres jeunes filles qui sont déterminées à aller aujourd’hui jusqu’au bout de leurs rêves.
Mais au bout de presque 9 ans, notre mission n'est pas encore terminée, puisque notre objectif est de les accompagner vers l'insertion professionnelle. De nombreuses institutions se sont déjà mobilisées à nos côtés, dont IBM, Décathlon, ou Cap Gemini, pour n'en citer que certaines. Bienvenue à toutes les autres entreprises qui souhaiteraient partager cette belle aventure avec nous et contribuer au rayonnement de la jeune fille rurale et à la mobilité sociale.

L'association « Juste pour eux » travaille-t-elle sur de nouveaux projets ?

Il y en a toujours beaucoup. Reste à savoir lesquels nous choisirons sachant que nous partons toujours du principe de rester à l’écoute des problématiques de terrain et répondons aux besoins des acteurs locaux, en tentant d'apporter les solutions adéquates et adaptées. Nous communiquerons sur les prochains projets dès qu’ils seront un peu plus mûrs.
Pour conclure, j’en profite pour féliciter et saluer les initiatives et le dynamisme des associations marocaines qui font un grand travail sur le terrain, avec peu de moyens. Ce sont toutes ces associations qui à travers leurs actions au quotidien contribue à changer le monde un peu plus chaque jour et à redonner espoir.


Samedi 14 Février 2015 - 15:20