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Maroc-France-Afrique : une coopération trilatérale à bâtir


Mardi 8 Novembre 2016 modifié le Vendredi 11 Novembre 2016 - 16:47

« Le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe ». Cette citation de feu Sa Majesté Hassan II n’a jamais été si juste et si visionnaire. Cette célèbre métaphore végétale illustre un lien très fort à la fois d’ancrage au Sud vers l’Afrique et d’ouverture au Nord sur le monde occidental.




Le Roi Mohammed VI et le président sénégalais Macky Sall
Le Roi Mohammed VI et le président sénégalais Macky Sall
Aujourd’hui, le Maroc et la France sont face à un défi commun : Comment faire face aux désordres économiques et politiques de l’Afrique subsaharienne ? On connaît les implantations industrielles et les interventions militaires françaises en Afrique mais peut-être sont moins évoqués les effets de la politique africaine du Maroc. Ce pays, par ses vues ambitieuses, y est pourtant devenu un acteur majeur. Et, de cette influence grandissante, la France est à même de tirer de multiples profits.


Lors d’une rencontre organisée à Paris, le lundi 24 octobre dernier, par l’Association marocaine des anciens élèves de l’ENA. Il est apparu de manière explicite que le thème majeur portait sur « les ambitions africaines du Maroc, une opportunité pour l’Afrique, le Maroc et la France ». Ont été entendus de prestigieux intervenants, tels MM. Chakib Benmoussa, ambassadeur du Maroc en France, Saad Bendidi, directeur général du groupe Saham, Marc Bouteiller directeur adjoint à la direction Afrique et Océan indien au ministère français des Affaires étrangères et Ted Bikin Kita, consultant et professeur associé à l’American Graduate School of Business.

Tous ont souligné le fort potentiel de l’Afrique, un continent en plein développement. Une dynamique à laquelle le Maroc, par ses initiatives, n’est pas totalement étranger. Ils ont également mis en lumière son action diplomatique, comme en témoignent les différents déplacements effectués par S.M. le Roi Mohammed VI dans plusieurs pays du continent africain, bien au-delà de l’espace francophone. Durant le colloque, il a aussi été relevé que la politique africaine du Maroc découle de liens ancestraux unissant le Royaume aux pays du continent. Tel est le poids de l’histoire qui fait la part belle à la composante africaine de l'identité marocaine dans sa Constitution de 2011. D’où le souhait partagé de mettre en œuvre une coopération triangulaire, liant le Maroc avec la France et l’Afrique à partir d’une logique de co-développement et de co-localisation.

Le discours est volontariste. L’objectif est ambitieux. Mais n’est-ce pas qu’un vœu pieux, relevant de la simple incantation ? Se trouve-t-il des obstacles susceptibles d’en limiter les effets ? Et quels sont les éléments porteurs, les données positives justifiant cette légitime aspiration.

Notons tout d’abord que le marché africain en pleine croissance est extrêmement concurrentiel, notamment en raison de la présence chinoise et indienne. Si les Chinois disposent de gros moyens, les Indiens sont extrêmement efficaces, tout en faisant preuve d’une grande discrétion. En raison de leur familiarité avec l’ancien Empire britannique, ces derniers sont peut-être plus en mesure de saisir et de s’adapter aux spécificités africaines. En 2015, la croissance de l’économie indienne a dépassé celle de son rival chinois, s’élevant à 7,4% contre 6,9% pour la Chine.

D’autres partenaires comme la Turquie ont aussi initié des coopérations économiques. La France et le Maroc sont donc confrontés à de très vives concurrences. Le renforcement de la présence, tant française que marocaine, passe donc par la mise en place de partenariats intelligents. Les deux pays partagent plus ou moins la même approche, caressent les mêmes objectifs et sont soumis aux mêmes tensions, raisons pour lesquelles les participants ont réclamé le renforcement des coopérations, autrement dit la conjugaison des talents respectifs.

C’est pourquoi les différents orateurs ont tenu à mettre en avant les différents éléments de sa vision africaine. Si, au-delà des partenariats économiques, elle est marquée par la recherche de la durabilité et de la stabilité, ce qui l’emporte c’est l’expression d’une profonde solidarité. A travers les nombreux programmes de coopération, se dégage donc la détermination du Royaume à partager avec les pays du continent son expérience et son savoir-faire dans toute une série de domaines : développement rural, santé, éducation, formation...

Cette coopération repose aussi sur l’apport de biens spirituels virtuels. Il y une quinzaine d’année, le Maroc a de plus décidé d’annuler la dette des pays africains les moins avancés et d’exonérer totalement leurs produits des droits de douanes à l’entrée du marché marocain. Ce souci de solidarité du Maroc s’est également manifesté à travers l’aide humanitaire apportée aux pays touchés par les catastrophes naturelles et les conflits. Dans le domaine spirituel et religieux, en écho à la création de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, le Maroc s’est aussi lancé dans un vaste programme de formation des imams.

Aujourd’hui, le Maroc s’apprête à entreprendre des démarches pour retrouver sur le plan institutionnel sa « famille » africaine. Il s’agit de poursuivre, avec ses partenaires, son action au sein même de l’organisation de l’Union africaine, avec pour but l’établissement d’un surcroît de justice. Ce processus de réintégration dans l’Union africaine est sur le point d’être pleinement réalisé.

D’autre part, les investissements directs dirigés vers l’Afrique subsaharienne ont eu ces dernières années une croissance de 12% par an. En 2014, les IDE ont atteint 45 milliards de dollars. La France était alors le premier investisseur en Afrique subsaharienne. Elle y représentait 21% des investissements directs, soit quatre fois plus que le Maroc. Mais, depuis 2008, celui-ci les accroît constamment, au point de consacrer en 2013 54% de ses IDE en direction de l’Afrique de l’Ouest et, à un degré moindre, en Afrique centrale.

Les IDE s’installant au Maroc en 2014 ont atteint 3.5 milliards de dollars avec une croissance de l’ordre de 30% par an depuis 2010. Avec par exemple ses apports dans les télécoms, la France y reste le premier pays investisseur, suivie des Emirats arabes unis et des Etats-Unis. On prévoit aujourd’hui que les IDE dans le secteur industriel vont croître suite aux annonces de plusieurs futurs projets d’installation : PSA, Ford, Boeing... Si les investisseurs internationaux privilégient souvent les énergies renouvelables et l’immobilier, c’est le secteur financier qui a concentré la majorité des investissements les plus récents. Lui procurant un bel essor, des opportunités se sont affirmées au cours des dernières années. Parce que la connaissance de la clientèle locale favorise la mise en place de relais pour les PME marocaine, le développement du secteur bancaire constitue ainsi un excellent levier. Il est vrai que, par sa grande stabilité politique et l’amélioration ininterrompue de son système éducatif, le Maroc offre aussi de multiples garanties.

Les tensions, les crises que connaissent certaines régions d’Afrique ne peuvent laisser indifférents des pays comme la France et le Maroc, d’autant que s’offrent parallèlement de multiples opportunités économiques. De leur côté, les Africains sont conscients du potentiel de développement de leur continent. Une Afrique développée ne peut qu’être en mesure de relever les défis de la stabilité, de la pauvreté et de la durabilité. S’y révèle ainsi une classe moyenne, une classe de jeunes diplômés et bien informés. Tous sont déterminés à créer les conditions de l’émergence de leur pays, en un mot prendre en main leur destin. C’est dans ce cadre-là que la France a tout intérêt à jouer de son atout marocain. Appuyée sur celle-ci, le Maroc verra son influence grandir en Afrique. Et la jeunesse africaine accédera peu à peu à ses rêves d’émancipation et de développement.

*Ipemed (Institut de prospective économique du monde méditerranéen)
Mardi 8 Novembre 2016 - 15:26

Par Meriem Brahim, chargée d’études économiques au sein de l’Ipemed*




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