Atlasinfo.fr: l'essentiel de l'actualité de la France et du Maghreb
Rubriques




"Les Français c'est les autres", le nouveau documentaire de Mohamed Ulad le 3 février sur France2


Lundi 1 Février 2016 modifié le Mardi 2 Février 2016 - 19:53

Dans un documentaire, écrit et réalisé par Mohamed Ulad et Isabelle Wekstein-Steg, «Les Français, c’est les autres », diffusé le mercredi 3 février sur la chaîne France 2, les deux réalisateurs donnent la parole à de jeunes lycéens français issus pour la plupart de l’immigration, principalement d’origine maghrébine et africaine.




Face caméra, ces jeunes s’interrogent sur leur appartenance à la France et les liens avec leur culture d’origine. Le documentaire évoque la question de la crispation identitaire, à laquelle s’ajoute un sentiment de n’être nulle part à sa place. « L’éclairage d’historiens, de psychanalystes, de politologues mais aussi des enseignants permet aux spectateurs de comprendre la complexité des sentiments identitaires de ces jeunes », indique un communiqué la chaîne de télévision France 2.

« Ce film s’inspire des interventions que nous effectuons depuis un peu plus de 5 ans dans des collèges et des lycées de banlieues et qui portent sur les thématiques suivantes : l’identité, les origines, les discriminations, les préjugés », expliquent Mohamed Ulad et Isabelle Wekstein-Steg , précisant avoir laissé s'exprimer « les élèves sur leur sentiment d’être ou non français, sur les préjugés dont ils sont victimes, sur leurs propres préjugés vis-à-vis des autres élèves. »

Selon une vaste étude dévoilée fin décembre, la France peine à intégrer ses immigrés au point que la seconde génération fait souvent moins bien que la première. "Il y a une intégration à sens unique", avec la persistance de discriminations multiples, avait expliqué Cris Beauchemin, chercheur à l'Institut national d'études démographiques (Ined), l'un des auteurs de cette étude menée auprès de 22.000 personnes par l'Ined et l'Institut national de la statistique (Insee).

D'un côté, une immense majorité des immigrés ou de leurs descendants se disent "d'accord" avec la phrase "je me sens Français" ou "je me sens chez moi en France" (93% pour la deuxième génération), avait relevé cette étude au spectre très large (emploi, religion, famille, éducation...). Mais ils se heurtent régulièrement à ce que les auteurs appellent un "déni de francité", qui les renvoie à leurs origines.

En effet, "la francité n'est pas attribuée sur la base de la nationalité ou de codes culturels, comme la langue, mais sur la vision de ceux "qui ressemblent à des Français" ou non et les premiers à en souffrir sont les Africains, les Maghrébins et les Asiatiques, soit les "minorités visibles". Les descendants d'Européens ne sont presque pas concernés.

Ainsi plus de 50% des immigrés originaires d'Afrique, même naturalisés, "pensent qu'on ne les perçoit pas comme Français". Il en résulte des situations de "dissonance" identitaire qui "se maintiennent, voire progressent au fil des générations". Cela bat en brèche la théorie assimilationniste "disant que les immigrés sont victimes de stigmates mais qu'ensuite ça passe. Non, ça ne passe plus", selon M. Beauchemin.

Conséquence directe, les immigrés de la deuxième génération font moins bien que leurs parents. "Pour tout ce qui est socioculturel (famille, langue...) on assiste plutôt à un progrès d'une génération sur l'autre, mais sur les aspects socioéconomiques où il y a des barrières, comme l'école ou l'emploi, on est plutôt dans le sens d'une dégradation", avait noté le chercheur.

Co-auteur du documentaire, Mohamed Ulad, né à Tanger, a produit plusieurs longs-métrages. Il a réalisé et produit une 40aine de documentaires et de fictions primés dans de nombreux festivals. En 2009 il crée l’Association Les Préjugés avec Isabelle Wekstein avec laquelle il intervient dans des lycées sur les thèmes des discriminations et de l’identité.

Isabelle Wekstein-Steg, avocat, a participé à la création en 2003 du « Groupe Informel » composé notamment de membres de la société civile, visant à la création d’une alliance nouvelle, réunissant notamment (mais pas seulement) les français juifs et arabes, pour lutter contre l’antisémitisme, et le racisme.


Lundi 1 Février 2016 - 18:19

Par Lila Taleb




Nouveau commentaire :
Twitter