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La seule vraie menace contre la laïcité : le sectarisme laïc


Mardi 17 Septembre 2013 modifié le Mardi 17 Septembre 2013 - 10:12




Dans les écoles publiques dont je rêve, les jeunes filles avec voile et les garçons avec kippa ou avec turban auraient toute leur place. Une institution laïque se doit d’accepter des jeunes de toutes confessions en respectant leurs prescriptions. Tout jeune professeur en 1968, je me suis battu pour le droit à l’expression politique des élèves. La laïcité n’a rien à voir avec ce côté lisse qui exclut toutes les aspérités et les contradictions de notre société. Elle se doit de les accepter et de trouver les formes de leur coexistence. D’où mon indignation à l’exclusion de chaque élève pour port de voile de kippa ou de turban. Je suis même persuadé qu’à la fin d’une scolarité fondée sur la liberté la majorité des élèves entrés avec foulard et kippa ressortiront sans. C’est ça, pour moi, le vrai pari de l’école laïque.

Je dirai même plus. Pour moi, dans un établissement public et laïc, il pourrait y avoir des enseignants non seulement croyants, ce qui est évident, mais appartenant à un ordre religieux - curés, pasteurs, rabbins, imams, «bonnes sœurs» - avec tous leurs insignes, d’où mon indignation à l’idée d’une nouvelle loi permettant d’exclure définitivement une employée de crèche parce qu’elle portait un foulard. Après 1968, mon nom était à lui seul un insigne visible d’appartenance politique, car je n’ai jamais renié la proximité avec les idées proclamées par mon frère, Daniel, je me suis même vanté de les lui avoir soufflées. Combien de professeurs marxistes ont marqué leurs élèves, et alors ?

Encore une fois, l’école ne peut appartenir à un courant religieux ou idéologique y compris athée et se doit d’être ouverte à tous. Il faut combattre la laïcité sectaire, ce front uni qui va de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par la droite la gauche et le centre qui mènent allègrement et ensemble la chasse au foulard. La chasse à la kippa n’a jamais existé, personne n’aurait osé après 1945, mais aujourd’hui, hélas, tous les enfants juifs de familles croyantes vont dans des établissements confessionnels. Demain, il en ira de même pour les jeunes filles à foulard, ce sera la grande victoire des «laïcards».

Oui, l’école laïque se doit de respecter, autant que possible, les prescriptions de nourriture religieuses, comme l’interdiction de manger du porc pour les juifs ou les musulmans, ou idéologiques, comme le refus de manger de la viande pour les végétariens. Dans nos établissements publics et laïcs, jadis, on ne mangeait du poisson le vendredi, par respect pour les catholiques. Respecter n’est pas se soumettre.

Que les élèves aient le droit de remettre en cause la parole de l’enseignant est pour moi une évidence, qu’ils aient le droit de contester le contenu de telle partie du programme, et alors ? Où est le drame? Autre chose serait de supprimer des parties de programmes qui ne plaisent pas à X ou Y. Ne pas reculer sur le contenu des programmes des sciences et techniques de la vie, mais là encore se rappeler que dans les années 1950, on abordait, et seulement en terminale, la reproduction… des oursins. Et aujourd’hui, la littérature érotique n’est toujours pas au programme des classes de première et terminale, même s’il s’agit de romans d’Alfred Musset comme Gamiani, ou d’Apollinaire comme les Onze Mille Verges , alors qu’avec de tels livres, nos adolescents prendraient sans doute goût à la littérature.

Bien sûr qu’il ne faut pas reculer sur la mixité à l’école. Mais il ne faut pas oublier que l’école publique laïque n’est devenue mixte qu’après 1950, quant aux grands lycées parisiens, il fallut la secousse de 1968 pour qu’ils le deviennent dix ans plus tard.

Un mot sur la morale laïque : elle n’existe pas. Il y a des morales religieuses, des morales non religieuses, mais pas UNE morale laïque. Ceux qui sont croyants ont une morale toute faite, les autres souvent aussi, et un petit nombre tente difficilement de s’en construire une, mais qui, pas plus que les autres, n’a le privilège de se dire la seule. Alors la toute nouvelle «Charte de la laïcité» fruit du combat des laïques sectaires est au mieux inutile, au pire dangereuse.

Je vis en Bretagne. Les «pardons» [procession de pèlerins catholiques, ndlr] y sont nombreux, et c’est bien l’espace public qui est utilisé et cela ne gêne nullement l’athée que je suis, mais quand il s’agit de musulmans…

Si demain une femme était élue et portait un foulard, les députés quasi unanimes hurleraient au scandale et pourtant, l’un des personnages les plus populaires de notre époque, l’abbé Pierre, a siégé en soutane à l’Assemblée, sans que cela fasse scandale, et c’était normal. L’école est menacée par bien des choses contre lesquelles il faut se mobiliser et là on se mobilise contre quelque chose qui ne la menace pas.

Dernier livre paru : «Pour une autre école, repenser l’éducation, vite !» Autrement.

PAR GABRIEL COHN-BENDIT ANCIEN PROFESSEUR, MILITANT DE L’ÉDUCATION ALTERNATIVE ET FONDATEUR DU LYCÉE EXPÉRIMENTAL DE SAINT-NAZAIRE
Mardi 17 Septembre 2013 - 10:01

Source Libération





1.Posté par Michel THYS le 20/09/2013 20:26 | Alerter
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Bonjour Gabriel Cohn-Bendit,
Je suis surpris que vous vous disiez athée, tant vos idées ressemblent à celles des croyants !
Ainsi, ce qui importe selon vous, c'est par exemple que garçons et filles puissent porter le chapeau de leur choix, sans même vous demander s'ils ont librement choisi la religion qui le leur impose, et même de croire OU de ne pas croire. Apparemment, vous estimez qu'un musulman (exemple extrême) a librement choisi l'islam alors que, sans alternative religieuse et encore moins non confessionnelle, cette religion lui a imposé la soumission totale à Allah, à Mahomet, au coran, à la sunna, aux hadiths, à la charia et autres traditions inhumaines telles que l'excision, dès l'enfance et sans droit ultérieur à l'apostasie (au mépris de l'article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948).
La foi, quelle qu'elle soit, apparaît à l'athée que je suis comme d'origine exclusivement psychologique, éducative et culturelle, s'adressant au cerveau émotionnel puis rationnel, indépendamment de l'intelligence et de l'intellect, au point d'anesthésier l'esprit critique et de rendre certains croyants, notamment créationnistes, totalement imperméables aux arguments rationnels et scientifiques.

Vous n'avez manifestement pas compris que la laïcité « politique », à la française, séparant l'Etat et les religions, du fait de sa conception laxiste et électoraliste de la tolérance et de la neutralité, favorise paradoxalement le prosélytisme de toutes les religions, surtout l'islam, en accordant de plus en plus de revendications inspirées par des prescrits religieux, dont surtout la charia.

Il existe pourtant, du moins en Belgique, une laïcité « philosophique », certes antidogmatique et anticléricale, mais pas antireligieuse, puisqu'elle prône un système éducatif pluraliste faisant découvrir les principales religions (et la soumission qu'elles impliquent à des degrés divers) ET les options non confessionnelles de l'humanisme laïque, qui incitent à l'autonomie de la conscience et à la responsabilité individuelle, mais qui sont occultées ou dénigrées par toutes les religions.

En France et en Belgique, dans les années 50, donc avant l'immigration musulmane massive et l'islamisation croissante qui en a résulté, on faisait déjà découvrir les "Fleurs du Mal", par exemple, et on enseignait l'évolutionnisme au cours de biologie. Ce n'est qu'actuellement que des adolescents musulmans et leurs parents se permettent de le contester et d'exiger que le créationnisme, qui n'est qu'une croyance religieuse, soit enseigné. C'est inadmissible. La religion n'a d'ailleurs plus rien à faire à l'école, sauf lors d'un cours d'histoire ou de philosophie. L'école a même le devoir de compenser les influences religieuses familiales, certes légitimes mais unilatérales, communautaristes voire fondamentalistes.

« La morale non religieuse », c'est-à-dire non confessionnelle, c'est cela la « morale laïque », et non pas UNE morale laïque (ce serait dogmatique!).
« Ceux qui sont croyants ont une morale toute faite », conforme aux « Dix Commandements ». « Les autres », heureusement de plus en plus nombreux dans la plupart des pays intellectualisés, n'ont qu'un seul juge : leur conscience morale, bien plus exigeante que via le pardon par l'absolution.

« La nouvelle Charte de la laïcité » «était nécessaire, mais elle est insuffisante. J'estime que, tout comme d'ailleurs les Constitutions des Etats démocratiques, elle ne « garantit » que théoriquement et symboliquement, les libertés de conscience et de religion. En effet, compte tenu des nombreux déterminismes qui nous régissent (héréditaires, hormonaux, éducatifs, culturels, religieux, philosophiques, idéologiques, sociaux, politiques, etc., nous sommes moins libres que nous ne le pensons. Ces libertés ne sont donc pas innées, ni effectives, ni acquises, mais à conquérir, par l'apprentissage de l'esprit critique et du libre examen.

Merci pour votre commentaire.
Michel THYS, à Ittre, en Belgique.
http://michel.thys.over-blog.org/article-une-approche-inhabituelle-neuroscientifique-du-phenomene-religieux-62040993.html


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