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L’impardonnable faute des laïcs tunisiens


Mercredi 26 Octobre 2011 modifié le Mercredi 26 Octobre 2011 - 11:35




C’est une étrange lecture des choses. Petite ou grosse, une moitié des Tunisiens a voté pour des partis laïcs, un Tunisien sur deux n’a pas voté islamiste et cette réalité majeure, cette si réjouissante confirmation du fait que ce pays et, derrière lui, l’ensemble du monde arabe sortent enfin de l’alternative fatale entre dictatures et barbus, donne quoi, dans l’écrasante majorité des réactions qu’elle suscite ?

Cela donne : «Victoire des islamistes à Tunis» et, entre les lignes, «Fin du printemps arabe», «Révolution confisquée», «La Tunisie substitue, par le vote, une dictature à une autre». L’Occident adore se faire peur. On pourrait même avancer qu’il n’est, inconsciemment, pas mécontent de pouvoir se dire que les Arabes ne sont décidément pas faits pour la démocratie, qu’il y aurait bel et bien incompatibilité entre l’islam et les libertés et qu’il ne faudrait surtout pas désarmer face au «fascisme vert». Même les plus imbéciles des certitudes ont la vie dure mais il n’en reste pas moins, dira-t-on, qu’Ennahda est maintenant devenu le premier parti de la Tunisie nouvelle et que c’est donc les islamistes qui la gouverneront demain.

Oui, c’est vrai, mais à qui la faute ?

La réponse n’est que trop claire. Ce ne sont pas les électeurs tunisiens qui l’ont voulu. Ce n’est pas, non plus, le résultat d’une manipulation islamiste. La faute en revient - les faits sont là - aux courants laïcs et à leurs chefs de file qui n’ont pas été fichus de se présenter unis aux élections ou d’annoncer, au moins, qu’ils gouverneraient ensemble, derrière celui de leurs partis qui serait arrivé en tête.

Cela aurait tout changé. C’est une tout autre dynamique qui se serait instaurée mais, tandis que les islamistes s’unissaient, les laïcs se sont divisés, se sont déchirés dans des querelles de chapelles et de ténors alors qu’il y a autant de différences entre eux qu’entre trois nuances des centres gauches européens. Si la révolution tunisienne a été trahie, elle l’a été par l’irresponsabilité de laïcs qui n’ont pas été à la hauteur de l’enjeu mais, le mal étant fait, si déplorable que cela soit, où est la tragédie ?

Non seulement ces élections ont été parfaitement régulières, non seulement la Tunisie a su les organiser, en neuf mois, alors que rien ne l’y avait jamais préparée, mais les islamistes ont dû admettre qu’ils ne pourraient pas s’y présenter en imprécateurs, prêchant le voile et le jihad. Les islamistes tunisiens ont répudié la violence, troqué les bombes contre le bulletin de vote, présenté des femmes en cheveux qu’ils auraient, hier, dénoncées comme des créatures du diable et vouées au bûcher, et il ne faudrait pas s’en féliciter ?

Il y a trois décennies que tous les démocrates du monde arabe et d’ailleurs espéraient cela et il faudrait y voir une défaite de la raison et une victoire de l’obscurantisme ?

Oui, précisément, il le faut, entend-on, car ce ne serait là que «double langage». Eh bien non ! Si les islamistes tunisiens ont pris ce tournant, c’est que la théocratie ne fait plus envie à personne dans le monde arabe depuis qu’on a vu ses effets en Iran, que le jihadisme avait atteint un tel degré de folie sanguinaire qu’il a détourné de lui jusqu’à ses plus proches sympathisants et totalement échoué, que les succès électoraux que se sont assurés les islamistes turcs en acceptant la démocratie ont été médités par l’islamisme arabe et que ce tournant s’est imposé car le temps, en un mot, a fait son œuvre. Les points qu’ont ainsi marqués, dimanche, les islamistes tunisiens pourraient bien accélérer l’évolution de tout l’islamisme arabe, mais est-ce à dire qu’Ennahda est devenu le plus aimable des partis ?

C’est tout le contraire. Drapé dans le Coran comme d’autres l’étaient dans l’onction ecclésiale, Ennahda incarne une droite réactionnaire, très semblable aux droites religieuses de l’Europe d’avant-guerre ou de l’Amérique d’aujourd’hui et propre à attirer, comme il l’a fait, les couches les plus traditionalistes de la société, petits commerçants et petits fonctionnaires en quête d’ordre, de repères et d’identité.

C’est tout sauf une droite éclairée, mais ce n’est ni la lapidation des femmes adultères ni la guerre sainte contre l’Occident. Ce n’est que la première droite d’une démocratie naissante, une droite d’autant plus inquiétante qu’elle croit avoir le monopole de la morale, mais une droite beaucoup plus composite qu’il n’y paraît et dont l’évolution n’est pas achevée. Cette droite n’est pas plus à ostraciser qu’à diaboliser. Elle est à prendre aux mots de sa conversion démocratique, à contester et combattre par la politique devant une société dont la moitié n’avait pas voulu la porter au pouvoir.

(Source Libération)

Mercredi 26 Octobre 2011 - 11:31

Par BERNARD GUETTA





1.Posté par Mehdi le 26/10/2011 11:58 | Alerter
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Encore un qui vit dans le déni ou l'ignorance de la réalité.
50% n'ont pas voté Ennahdha non pas parce qu'ils sont laïques. Comme si c'était le seul enjeu dans un vote démocratique.
Pareil, certains laïques ont voté Ennahdha,parce quand Ennahdha travaillaient, les laïques ne faisaient que de la propagande islamophobe sans aucun autre projet concret.

Enfin comparer Ennahdha et le système ecclésial en Europe est de la bêtise pure.
C'est la même bétise dont souffre les laïques tunisiens, et qui a causé leur défaite.

2.Posté par Yakin le 26/10/2011 13:40 (depuis mobile) | Alerter
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N'importe quoi !!!! Les gens qui ont plus peur de l'islam que de la dictature,sont ceux qui ont participés ou profités de ces dictature et celui qui a écrit ça en fait partie.

3.Posté par SamiTunisie le 26/10/2011 16:03 | Alerter
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Je n'ai pas voté pour Ennahda mais cela ne veut pas dire que je suis pour la laicité.

Vous vous trompez si vous pensez que les Tunisiens sont des laiques. Non ils sont musulmans et tous les partis sauf le PDP sont des partis qui mettent plus ou moins d'Islam dans leur interventions.

Le seul parti laique est le PDP et personne n'en veut.

4.Posté par riad le 26/10/2011 17:39 | Alerter
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@samiTunisie : cpr et FTDL sont laics aussi , la tunisie a voté pour les non corrompu qui ont un mandat clair qui est de nettoyer le pays de la corruption et l injustice . la religion n as rien a voir avec ca c est l interet de la tunisie qui prime

5.Posté par maya le 26/10/2011 18:27 | Alerter
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Vous n'avez toujours rien compris!! La vrai Tunisie est dans une grande misère, pauvreté, sans emploi, sans ressource et n'est plus capable de percevoir un avenir décent!!!
L'enjeu n'est pas du tout dans la religion! ni dans les désaccord Islam vs. Laicité! C'est un pb importé de la France qui ne concerne pas la grande majorité des tunisiens. C'est votre problème pas le nôtre !!!
Les laiques ne sont pas du tout l'autre moitié de la Tunisie. En accord avec Sami, pour ceux qui n'ont pas voté Ennahdha c'est surement pas pour prôner la laicité! Le peuple Tunisien et je parle bien du peuple Tunisien n'a pas le luxe de réfléchir à ces questions d'idéologie!

6.Posté par Abramo Bezza le 26/10/2011 20:47 | Alerter
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This is bullshit!
Islamiste, chmislamiste blablabla, cet article a clairement une empreinte islamophobe. En deux mots ça dit: la moitié des tunisiens a voté pour les barbus sanguinaires et barbares, l'autre pour la liberté, droits de la femme blablabla. À quoi pouvons nous nous attendre d'un maudit journaliste islamophobe qui fait de la propagande anti-islam depuis son bureau sûrement dans un région peuplée de blancs.
Quelle merde ces soit-disant maîtres du monde qui prétendent savoir tout de l'islam.
Meh!

7.Posté par cali rami le 26/10/2011 22:43 | Alerter
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C'est typiquement la vision des journalistes occidentaux, Nan Mr. Guetta, les gens qui votent "islamiste" ce ne sont pas des perdus ou des pauvres ou des barbus, nan. et puis C'est facile de faire le lien entre ce qui s'est passé en Europe il y a des siecle et ce qui se passe chez les arabes en ce moment. Le régime déchu etait soutenu par les occidentaux meme pendant la revolution et il etait laic. Donc, si il y a revolution c'est surtout pour changer de systeme. ALor laissons les tunisiens essayer le systeme qui leur semble le bon sans essayer de leur gacher tous les sacrifices qu'ils ont faits en semant le doute.

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