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Hakima El Haite: "Nous souhaitons donner un visage humain à la COP22" qui se tiendra en 2016 à Marrakech


Vendredi 28 Août 2015 modifié le Dimanche 30 Août 2015 - 22:40

Hakima El Haite, ministre déléguée chargée de l'Environnement, a participé à Paris lors de la « Semaine des ambassadeurs » à un débat sur « Un nouveau cadre d’action pour le développement durable et le climat » dans le cadre des préparatifs de la COP21 qui se tiendra à Paris à partir du 30 novembre 2015. Dans son intervention, la ministre marocaine a estimé que ce ne sont pas seulement les contributions des Etats qui vont sauver la planète mais l’engagement ferme de s’inscrire dans une trajectoire de diminution de gaz à effet de serre à 2°C qui le déterminera. Elle a également appelé les Etats à faire preuve de bonne volonté dans leurs contributions financières pour consolider la crédibilité de l’accord. Mme El Haiti a en outre noté l’histoire du changement climatique n’oppose pas le Sud et le Nord. Et que face à aux enjeux climatique, il n’y a pas de frontière. "C’est un problème mondial qui touche tous les Etats. Nous devons mener un combat de citoyens du monde". Elle a également indiqué que la COP22 qu'abritera en 2016 Marrakech aura quatre axes : la transparence, la finance, l’adaptation, l'innovation, et la mobilisation, et aura un "visage humain". Entretien :

Propos recueillis par Soha El Omari




Intervention de Mme Hakima El Haite@Atlasinfo
Intervention de Mme Hakima El Haite@Atlasinfo
Vous avez participé au débat « Un nouveau cadre d’action pour le développement durable et le climat » en prévision de la COP21 qui se tiendra en France d’ici fin novembre 2015. Votre présence est-elle aussi pour préparer la COP22 prévue à Marrakech ?

Nous avons été honorés et nous sommes préparés à relever le défi d’accueillir la COP22 au Maroc. Elle nous permettra de consolider tous les combats menés jusqu’ici. Nous cherchons même à aller plus loin, en mettant en avant l’innovation le transfert du savoir-faire pour concevoir des technologies en parfaite adéquation avec les nouveaux défis du climat, du développement durable et de la survie, à même de maintenir la hausse de la température mondiale en dessous de 2 C. Je crois en l’innovation qui peut sauver l’humanité. Nous espérons aussi travailler sur des piliers qui n’ont pas été suffisamment traités et ouvrir la porte à d’autres cibles qui sont importantes dans les négociations climatiques à savoir les Parlements et les parlementaires.

Quels seront les axes de la COP22 au Maroc ?

Nous mettrons surtout en avant le patrimoine immatériel. On sera étonné de savoir qu’il existe de nombreuses et belles pratiques ancestrales pour protéger le climat. Nous en avons au Maroc avec ce qu’on appelle les « khettaras », l’un des plus vieux systèmes de gestion des eaux de culture, Ce sont des pratiques que l’ont doit valoriser. Nous souhaitons donner de cette façon un visage humain à la COP22. On va aussi traiter pendant ce rendez-vous de cinq axes : la transparence, la finance, l’adaptation, l'innovation et la mobilisation.

Comment le Maroc affronte la problématique du climat ?

Le Maroc peut être considéré comme un très bon modèle au niveau des pays en développement. Nous somme un pays non producteur d’énergie fossile. Nous importons 94 % de nos énergies. Le Maroc est un pays qui souffre de sécheresse et qui a mis en place des mesures d’adaptation avec la politique des barrages. Il a notamment œuvré à la sécurité alimentaire moyennant le plan vert Maroc. Comme il a mis en place une politique énergétique en 2008 qui ambitionne d’atteindre les 42% des énergies renouvelables en 2020. Il a aussi énormément investi en mettant en place un plan solaire, éolien et hydroélectrique. Il a lancé les filières dans la valorisation des déchets. Pour nous, Marocains, le combat pour le changement climatique est un moyen et une opportunité pour se développer autrement sans faire les mêmes erreurs que les pays industrialisés.

Dans votre intervention devant les ambassadeurs et le comité d’organisation de la COP21 de Paris, vous avez appelé à une implication plus forte des Etats ?

J’ai surtout essayé d’appeler les Etats développés et grandes puissances économiques à faire un geste en clarifiant leur contribution bien avant la COP. Certains pays sont dans une sorte d’inertie. ils ne savent pas s’ils doivent apporter leur contribution ou pas. Ils hésitent à présenter un engagement en terme de réduction de gaz à effet de serre, notamment parce qu’il n’y a pas de clarté au niveau des engagements financiers des Etats.

Les Etats honorent-ils leurs engagements financiers ?


L‘Allemagne a annoncé sa participation financière qui est de l’ordre de 2 Milliards d’euros. J’espère que la France va suivre en donnant l’exemple comme elle accueille en décembre la COP21. D’autres pays suivront. Certains pays attendent la COP22 et la contribution du secteur privé qui, lui, a déjà donné l’exemple. La preuve, il en a apporté 3,5 milliards de dollars d’investissements en 2014. Mais pour renforcer tout cela, il faut que les puissances mondiales apportent leurs contributions financières. Les 100 milliards dollars du fond vert sont décisifs pour la réussite de l’Accord de Paris. Il ne faut pas attendre la dernière minute pour que les Etats apportent leurs contributions.

Le continent africain est très touché par le réchauffement climatique. Les pays émetteurs de gaz à effet de serre doivent-ils assumer leurs responsabilités ?

C’est vrai qu’au sein du débat, il est toujours question du Nord qui est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre. Mais moi, je dis toujours que l’histoire du changement climatique ne devrait pas opposer le Sud et le Nord. C’est un phénomène mondial auquel tous les Etats sont confrontés. Il n’y a donc pas de frontières quand il s’agit de mener ce combat.
Il est vrai que le continent africain est dans la légitimité de dire qu’il est le plus confronté aux conséquences du réchauffement climatique. C’est un débat que je soutiens et que j’assume. Mais j’ajouterai à cela qu’aucun pays n’est à l’abri. Personne n’est épargné. Le débat devrait plus être porté sur la signification de la dignité humaine et de son développement. Il faut songer et penser à recréer une solidarité mondiale. Aujourd’hui, il est surtout question d’un combat de citoyens du Monde. Les pays industrialisés et développés doivent tendre la main non pas pour des raisons de charité mais plutôt pour des impératifs de survie.

Vous, vous appelez à ne pas opposer Sud et Nord sur cette problématique. Y-aurait-il alors deux visions ?

Dans les discussions actuelles, il est question de diviser le monde en deux grandes parties. Pour faire simple, on a d’abord les Etats qui se sont développés il y a très longtemps en usant des énergies polluantes et qui ont causé l’accumulation du dioxyde de carbone et d’autres gaz dans l’atmosphère. La seconde catégorie de pays sont ceux qui n’ont pas de profondeur historique sur le plan du développement et qui ne sont donc pas émetteur de gaz à effet de serre ou très peu émetteur mais qui subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique. Ils sont donc aujourd’hui en train de demander à ce que ces dégradations soient réparées. Sauf que l’enjeu est trop important pour continuer à s’accuser mutuellement. Concrètement, ces contributions permettront de dire que nous tous, citoyens du Monde, essayons de diminuer les gaz à effet de serre. C’est ce que nous avons tenté de faire à Varsovie en donnant à ces contributions un aspect légal. Et actuellement, des pays commencent à apporter leur contribution, ce qui en soit un grand succès. Mais nous voulons plus car l’enjeu est décisif pour la sauvegarde de l’humanité. Il faut qu’on aille vers l’objectif de la COP21 en limitant à 2 degrés le réchauffement climatique.

Qu’en est-il de la mobilisation autour de ces objectifs ?


Une véritable dynamique a été créée au niveau mondial. Nous avons réussi à mobiliser plusieurs territoires et notamment le secteur privé. Comme on a pu engager le secteur banquier qui parle aujourd’hui de quotas pour la croissance verte. La France, quant à elle, a réussi à mettre au cœur du débat du G7 et du G20 le problème du changement climatique. Une dynamique nouvelle a vu le jour, épaulée par le spirituel et les hommes de foi comme la déclaration du pape ou celle faite à Istanbul. Ils ont tous soutenu les thèses scientifiques qui ont démontré que le réchauffement climatique n’est plus une utopie mais une réalité que nous vivons tous les jours. Avec cet engagement, c’est une véritable prise de conscience. Même les chefs de l’Etat se sont personnellement engagés pour cette cause qui n’est pas seulement une affaire de réchauffement climatique mais de développement humain.



Vendredi 28 Août 2015 - 19:06