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Guerre froide entre l'Algérie et le Royaume d'Arabie




N'était-ce la déplorable image qu'offre l'Algérie actuelle à travers un président malade qui s'accroche contre toute logique au pouvoir qui occupe l'opinion, la guerre froide que se livre Algériens et Saoudiens aurait pu accaparer les grands titres de l'actualité arabe. N'était-ce l'incertaine guerre de succession ouverte pour trouver un remplaçant à Bouteflika qui écrase l'actualité et les attentes algériennes, ces tensions auraient pu dominer toute autre préoccupation.

Par Mustapha Tossa




L'envoyé spécial de Bouteflika Belaiz chez le roi Salman, le 4 avril 2016
L'envoyé spécial de Bouteflika Belaiz chez le roi Salman, le 4 avril 2016
C'est que cette confrontation politique entre ces deux pays prend des allures d'une rupture de plus en plus clivante. Les raisons de la colère entre Ryad et Alger ne manquent . Elle sont certes d'ordre idéologique et anciennes, mais aussi conjoncturelles. Dans les années noires de la guerre civile algérienne, les militaires algériens avait souvent coutume de pointer d'un doigt accusateur l'Arabie saoudite comme un pays qui encourage les postures terroristes.

Des divergences diplomatiques béantes sont apparues entre les deux pays. L'opération restauration de la légitimité au Yémen pilotée par l'Arabie saoudite a été le déclencheur des hostilités. Dans sa guerre contre l'influence iranienne sur son flanc sud au Yémen, Ryad avait mobilisés ses alliés arabes. Tous ont presque répondu à cet appel à la fois politique et guerrier sauf l'Algérie qui s'est dissimulée derrière deux raisons aussi fallacieuses l'une que l'autre. La première est que la charte de la ligue arabe est largement suffisante pour résoudre les conflits arabes, ce qui équivaut, pour les saoudiens, à un refus où l'arrogance le dispute à la légèreté. L'Algérie justifie aussi sa non participation à la coalition arabe par sa doctrine de non intervention militaire extérieure défendue récemment sans succès à Ryad par l'envoyé spécial de Abdelaziz Bouteflika, Tayeb Belaïz.

Tentant de justifier cette position les médias algériens ont eu recours à cet argument :" Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a réaffirmé que les positions de l'Algérie vis-à-vis de certaines questions sensibles que connait la scène arabe sont sous-tendues par son legs historique quant à la non-ingérence dans les affaires internes d'autres pays, et ne sont pas, contrairement à ce qui pourrait être perçu, une opposition à des partenaires arabes".

D'ailleurs le principe même de cette doctrine montre ses limites mensongers quant à la relation de l'Algérie avec son voisin marocain. Alger ne trouve aucun scrupule à armer les séparatistes du Polisario à les préparer à une guerre d'usure contre le Maroc alors qu'elle prêche à l'international une neutralité et une non implication militaire comme dogme et ligne de conduite. L'Algérie, "pacifique" à l'égard de tous les pays mais belligérante à l'encontre du Maroc.

La seconde raison qui a embrasé la colère saoudienne concernait le refus algérien de cibler le Hezbollah et de le cataloguer comme une organisation terroriste dans le cadre des réunions de la ligue arabe. L'Arabie saoudite avait fait de cette décision une thérapie décisive pour affaiblir l'astre iranien qui s'active dans de nombreux pays pour contrer son influence à travers une déstabilisation rampante.

Avec cette affaire du Hezbollah, l'heure de vérité avait sonné. La relation entre Ryad et Alger ne pouvait plus se cacher derrière des apparences trompeuses et de solidarités artificielles. Les deux pays, aussi arabes et musulmans soient-ils, sont en confrontation directe. Leurs divergences historiques sur les prix du pétrole et les volumes de production de l'or noir ont servi de plateforme à leurs divergences politiques. Pour l'Arabie Saoudite, Alger a choisi de soutenir son concurrent iranien et ses protégés dans la région. La visite du secrétaire d'Etat algerien chargé des Affaires maghrébines , de l'Union africaine et de la ligue arabe Abdelkader Messahel à Damas dimanche, la première à ce niveau depuis le début la crise syrienne en 2011, fait partie de ce bras de fer entre Ryad et Alger .

Dans ce contexte, les deux pays sont dans une logique d'affrontement diplomatique direct potentiellement explosive. Les crises syrienne, yéménite ou irakienne ainsi que les relations entre les pays arabes, risquent de subir les conséquences. L'Algérie a fait le choix d'apporter sa sympathie la concurrence iranienne. Ryad a pris acte de cette position qualifiée de foncièrement hostile.

Dimanche 24 Avril 2016 - 18:47



Dimanche 24 Avril 2016 modifié le Lundi 25 Avril 2016 - 12:20

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