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Dror Etkes: "L’impunité continuera tant qu’il n’y a pas un prix fort à payer pour la colonisation"


Dimanche 3 Mars 2013 modifié le Dimanche 3 Mars 2013 - 17:11

Dror Etkes, militant du mouvement la "Paix Maintenant" et Yesh Din, est un expert israélien de la politique de colonisation menée par Israël. Selon lui, le jeu de dupes ne peut plus perdurer et la politique contradictoire d’Israël est de moins en moins acceptée. Etkes note qu'il est plus facile pour les politiques israéliens de laisser les colons construire des colonies que de les affronter. Présent lors d’un colloque organisé au Sénat par l’Association "France Palestine Solidarité" sur la colonisation, Atlasinfo.fr l’a rencontré: interview




Les colons israéliens protégés par l'armée
Les colons israéliens protégés par l'armée
Le rapport annuel des consuls de l’Union Européenne a une fois de plus sévèrement critiqué la politique de colonisation israélienne. Qui y a-t-il de neuf dans ce rapport ?

Dror Etkes: Je n’ai pas encore lu le rapport en détail mais je pense que c’est un message clair adressé à Israël : la position de l’Europe est en train de changer et elle va de plus en plus confronter Israël sur la question de la colonisation. Après 45 années d’occupation et près de 20 ans après les accords d’Oslo, le jeu de dupes ne peut plus perdurer. Une question se pose de façon de plus en plus franche, quoique tardive : que voulez-vous ? Un Etat d’apartheid et ethnique ? Un Etat binational et démocratique ? Mais arrêtez de parler de la solution des deux Etats tout en construisant des colonies. Si vous voulez deux Etats, faites-le. Il existe une tendance aujourd’hui : la politique contradictoire d’Israël est de moins en moins acceptée. C’est une bonne nouvelle.

Benyamin Netanyahou a été réélu de justesse et il peine à monter une coalition gouvernementale. Comment le profil de cette nouvelle coalition pourrait-elle affecter la politique de colonisation ?

Je parie que la colonisation et les contradictions ne s’arrêteront pas avec cette coalition. Mais il est vrai qu’il est intéressant de voir sa composition. La question est de savoir si Yair Lapid en fera partie et si c’est le cas, quel sera l’équilibre entre lui et Benyamin Netanyahou (YairLapid, ancien présentateur télé vedette, est à la tête de la deuxième force politique issue des élections. Il a récemment déclaré refuser siéger dans un gouvernement avec des ultra-orthodoxes, ndlr). Lapid parle de construction de logements à l’ouest du mur uniquement, contrairement à Netanyahou. Le mur est la ligne de démarcation politique entre eux et c’est sur cette ligne que sera testée leur éventuelle alliance politique. Mais il est clair que les projets de construction à l’ouest du mur seront effectués, dont à Jérusalem Est. Par contre, je ne suis pas sûr qu’ils réalisent le projet de construction polémique de colonie dans la zone E1 (qui couperait la Cisjordanie de Jérusalem Est, ndlr). Obama entre dans son second mandat, les Républicains, alliés du lobby israélien dur, sont eux affaiblis. Tout dépend de la position de la nouvelle administration américaine et des lignes rouges que Netanyahou sentira.



Dror Etkes
Dror Etkes
Les colons ne représentent qu’un peu plus de 4% de l’électorat. Comment expliquez-vous leur poids sur la scène politique israélienne ?

Ce n’est pas une question numérique, mais une question de capacité des colons à l’instrumentaliser. D’abord, les colons ont réussi à s’imposer au sein même du Likoud. Dans ce parti, ils ont participé à élire les futurs candidats à la Knesset. Ces candidats ont besoin d’avoir de bons rapports avec les colons. C’est la raison pour laquelle le Likoud est devenu ces deux dernières années un parti d’extrême droite.

Comment sortir de l’impasse ?

Il est certain que la nouvelle administration d’ Obama pourrait faire évoluer la situation, mais je pense également aux changements possibles au sein de la société israélienne. Dans ce contexte, je suis en faveur des appels au boycott d’Israël parce qu’il affectera la classe moyenne qui, pour le moment, se désintéresse de cette question. L’impunité continuera tant qu’il n’y a pas un prix fort à payer pour la colonisation. Il est nettement plus facile pour les politiques israéliens de laisser les colons construire de nouvelles colonies que de les affronter. Depuis les accords d’Oslo, toute la stratégie des gouvernements, de gauche comme de droite, a été de gagner du temps, éviter la colère des colons et dire : nous attendons le « bon partenaire » palestinien, et nous verrons ! Nous ne sommes que dans de la politique, la tactique à cout terme. Donc du moment que les Israéliens ne souffrent pas des conséquences de la colonisation, ils n’auront pas intérêt à changer de politique et rien ne bougera.


Dimanche 3 Mars 2013 - 01:11

Propos recueillis par Lucile Marbeau