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Ahmed Assid: une grande réforme religieuse fera de l’islam une religion ouverte sur son temps


Vendredi 13 Avril 2012 modifié le Vendredi 13 Avril 2012 - 12:38

Questions à : Ahmed Assid, Philosophe, écrivain et militant associatif amazigh




Ahmed Assid: une grande réforme religieuse fera de l’islam une religion ouverte sur son temps
La Vie éco : Le débat sur la laïcité au Maroc n’est pas nouveau, mais n’a jamais été publiquement posé avec une telle ampleur.. Pourquoi aujourd’hui ?

C’est d’abord à cause de la montée des islamistes qui, mieux organisés que les autres, ont su profiter de la situation ces dernières années. Mais c’est aussi grâce à la nouvelle atmosphère de débat provoquée par le printemps démocratique. Avant ce contexte, les acteurs politiques évitaient d’utiliser le mot laïcité qu’ils considéraient comme un concept «mal compris» par la majorité des Marocains (synonyme d’athéisme), ils utilisaient à sa place les mots «démocratie et modernité». Mais j’aimerais quand même rappeler que le mouvement amazigh marocain a été le premier à utiliser ce mot depuis 1998, et à le déclarer même solennellement devant le Parlement juste après les attentats terroristes qu’a connus Casablanca le 16 mai 2003. Ce mouvement a été le premier à manifester devant le Parlement, le lendemain, samedi 17 mai, avec des banderoles qui revendiquaient la séparation de l’Etat et de la religion.

Peut-on marier islam et laïcité ?

Oui, pour la simple raison que l’islam est un corpus de textes, qui peuvent être lus et relus selon le contexte et les besoins d’une société qui ne cesse de se développer. Dire le contraire signifiera que les sociétés musulmanes n’ont plus d’espoir, et c’est dangereux pour notre avenir. Pour stopper l’intégrisme et le fanatisme religieux, ou diminuer leur impact néfaste sur les esprits, une relecture du Coran et des textes du hadith s’impose. D’ailleurs, l’islam avait connu son âge d’or grâce à des interprétations du Livre saint, notamment pendant le IIe et le IIIe siècle de l’Hégire, des interprétations qui avaient pour objectif d’adapter l’islam à la nouvelle réalité socioculturelle, et aux nouvelles connaissances acquises grâce à la traduction du grec et du persan. Donc la solution est de «moderniser l’islam», et d’effectuer une grande réforme religieuse qui fera de l’islam une religion ouverte sur son temps. Mais cela est impossible tant que la classe politique et le système de pensée dominant en sont réfractaires. C’est ce que j’essaye d’expliquer dans mon nouvel ouvrage, qui sortira bientôt, intitulé Moderniser l’islam et non pas islamiser la modernité.

Etre laïc, c’est quoi exactement ?

Un laïc n’est pas forcément athée, c’est quelqu’un qui respecte toute les religions et les considère égales, mais qui peut adopter une religion comme un choix personnel. La majorité des laïcs au Maroc sont musulmans, mais ils rejettent le projet islamiste qui est basé sur l’idée ancienne de recourir à la religion pour gérer toutes les affaires de la société, ce qui ramène finalement, et de nouveau, à l’Etat religieux. Il existe également le laïc athée, mais dont l’athéisme lui interdit de porter atteinte aux croyances des autres qu’il doit respecter. Etre laïc donc, c’est être tolérant, libre d’esprit, et croire à la suprématie de l’être humain par rapport à tous les textes religieux ou juridiques. Suis-je en train de défendre les valeurs culturelles étrangères à notre société ? Pas du tout, ce sont les valeurs ancestrales de notre culture amazighe. Pour nous la laïcité et le sécularisme plongent leur racines dans des pratiques culturelles bien anciennes, nos ancêtres par exemple ne pratiquaient pas la «chariaa» comme le demandent aujourd’hui les salafistes wahabistes, ils adaptaient les textes à leur réalité et à leur valeur, c’est la raison pour laquelle ils ne pratiquaient pas la peine de mort, sanctionnaient les hommes qui frappaient leurs femmes, partageaient à égalité l’héritage entre hommes et femmes, séparaient la mosquée des affaires temporelles (l’imam n’a jamais fait partie du conseil d’«Inflas» qui géraient les problèmes de la communauté à partir du droit coutumier), etc.



Vendredi 13 Avril 2012 - 12:30

La Vie éco





1.Posté par Jean Reffait le 13/04/2012 23:02 | Alerter
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ENFIN ! Pour un vieil ami des Musulmans, Chrétien de formation mais non pratiquant, c'est un souffle d'air frais qui rafraichit cette religion que certains détruisent par excès de zèle ou stupîdité congénitale. Il y a de belles choses dans l'histoire de l'islam, d'aussi belles que dans toutes les autres civilisations marquées d'une foi ou d'une autre. A Damas, on me racontait il y quelques années de cela, qu'un siècle ou deux après la conversion des peuples syriens à l'Islam, Damas était considérée comme une ville de poètes (et même de poètes légers!) de chercheurs qui allaient au delà des idées reçues telles quelles, après une sorte de "libre examen. Je désespérais de voir renaître ce florilège. Vous, monsieur, avez le mérite de ne pas vous cacher derrière votre petit doigt ! Vous dites les choses dans la modernité retrouvée, telle qu'elle s'applique à tous. A nous, toutes Fois confondues, de négocier le grand virage Humain. Et que le Dieu auquel chacun croit (et leur conscience pour ceux qui sont athées) fassent que les Hommes s'occupent enfin de progrès de fraternité et d'Humanisme. Vive le Monthéïsme laïque ! (Et; merci, Monsieur)

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