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Une Espagnole achetée à sa naissance au Maroc raconte son histoire dans un roman


Samedi 2 Juin 2018 modifié le Dimanche 3 Juin 2018 - 10:25

Mara Mollá fait partie de ces nourrissons nés au Maroc qui ont été vendus à des familles espagnoles. Elle raconte aujourd’hui son histoire dans deux romans, dont le dernier s’apprête à sortir.




Mara Mollá, devant son premier roman «El destino estaba escrito».
Mara Mollá, devant son premier roman «El destino estaba escrito».
C’est une histoire vraie, de celles dont on croit qu’elles n’arrivent qu’aux autres. Mara Mollá l’a pourtant bien vécue, à l’instar de ces nourrissons marocains qui ont été vendus, dans les années 70-80, à des couples espagnols qui ne pouvaient avoir d’enfants. Cette histoire, Mara Mollá la raconte aujourd’hui dans son roman «Perla Azul» («Perle bleue»), à cheval entre la fiction et la réalité.

Au journal El Mundo, elle se confie d’une traite, «presque sans respirer». Dans quelques jours, son récit sera sur les étals des librairies espagnoles. Il y est question d’Islam, d’érotisme, mais surtout d’une femme, musulmane, qui poursuit seule son chemin à la recherche de la fille qu’on lui a volée juste après son accouchement à Melilla, en juillet 1978. Le prix de ce mensonge ? 350 000 pesetas.

Pourtant, Mara Mollá sait depuis toute petite qu’elle a été adoptée ; ses parents ne le lui ont jamais caché. En ce mois de novembre 2013, elle s’apprête pourtant à découvrir un secret jusque-là bien gardé. Un reportage télé sur un vaste réseau de trafic de bébés entre Melilla et le nord du Maroc, maintenu à l’abri des regards pendant 43 ans, lui met la puce à l’oreille. Elle comprend dès lors qu’elle fait partie de ces petites filles (et petits garçons) qui ont été achetées par des familles espagnoles, et françaises, faute de pouvoir enfanter.

Vocation d’écrivain

«Ces familles adoptives pouvaient payer jusqu’à 6 000 euros pour acheter un enfant et un faux certificat de naissance. Dans beaucoup de cas, ces adultes ne s’estiment pas victimes ; ils n’ont pas du tout l’intention de dénoncer leurs parents. Après tout, ce sont eux qui les ont élevés et leur ont donné de la tendresse», ont expliqué des agents de la Garde civile espagnole.

«Je n’ai jamais voulu rechercher la femme qui m’a donné la vie pour ne pas froisser mes parents», dit Mara Mollá. Elle a découvert que sa mère biologique était originaire du Maroc grâce à une enquête policière. Coïncidence, elle s’est souvenue de ces nombreux étés qu’elle a passés le long de la côte nord du Maroc, non loin de ses racines. «Il m’a fallu plusieurs jours pour digérer toutes ces émotions et coïncidences, alors je me suis assise devant mon ordinateur et j’ai décidé de raconter mon histoire dans un livre, mêlant fiction et réalité, pour rendre hommage à la femme qui m’a donné naissance. C’est comme cela que je me suis découvert une vocation d’écrivain», raconte-t-elle.

Sa «Perla Azul» fait suite à un premier roman publié en 2016, «El destino estaba escrito» («Le destin était écrit»), qui raconte «l’histoire de Amira, une petite fille issue d’une famille berbère modeste du nord du Maroc, de son enfance jusqu’en 1978, date à laquelle elle donne naissance à un bébé, et…». Il ne faudrait pas trop en dire, même si l’on devine aisément la suite du roman.

Récemment, d’autres victimes ont témoigné – en France cette fois-ci – ; non pas dans un livre, mais dans les médias. Début mai, la chaîne France 24 a publié sur son site deux témoignages de Marocains, nés au royaume mais adoptés par des couples français dans les années 1970 et 1980. De quoi réévaluer les estimations des associations des droits de l’homme sur les nombreux nouveau-nés vendus à des Européens par les réseaux de trafics, actifs pendant les décennies 70-80.


SOLÈNE PAILLARD-Yabiladi

Samedi 2 Juin 2018 - 07:59





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