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Un écrivain engagé cherche à changer le monde et la réalité par l'écriture (Leila Slimani)


Dimanche 5 Novembre 2017 modifié le Dimanche 5 Novembre 2017 - 21:50




Un écrivain engagé est celui qui cherche à changer le monde et la réalité par l’écriture, affirme la romancière marocaine, Leila Slimani, prix Goncourt 2016 pour son roman "Chanson douce".

"Quand on est dans son bureau face à sa feuille ou face à son ordinateur, on arrête de penser à ses parents, à la morale et à toutes les règles qui nous empêchent un peu de vivre et de dire et on devient complètement libre, il y a un univers immense qui s’offre à nous et on essaye de changer le monde et la réalité par l’écriture", confie Leila Slimani à la MAP.

Dans cet entretien en marge de la remise, vendredi soir à la bibliothèque nationale à Rabat, du prix Grand Atlas 2017, la jeune romancière évoque nombre de questions liées à l'écriture, au souci de l'écrivain engagé comme elle s'attarde sur la problématique de la lecture au Maroc et comment y remédier.

La liberté est l’élément le plus important dans l’exercice de l’écriture, relève la romancière marocaine qui a présidé le jury de la 24e édition de ce prix, relevant que "quand on est écrivain on parle à son lecteur, on est donc dans la liberté et on s’adresse à quelqu'un d'autre en lui parlant de sa liberté".

Pour la jeune romancière, auteur de plusieurs ouvrages dont "Le jardin de l’ogre", "Paroles d'honneur" ou encore "Simone Veil, mon héroïne", cette liberté explique l’importance de l’écriture pour tout le monde "même si on ne devient pas écrivain, même si on écrit juste pour soi", parce que, à son avis, écrire c’est "faire l’expérience de la liberté, c’est arrêter un moment de penser à tout ce qui nous empêche et imaginer tous les mondes possibles".

Dans l’exercice de cette liberté, l’écrivain est souvent affronté à des contraintes et des limitations et appelé à relever différents défis dans ses rapports avec les centres de pouvoir, ce qui donne l’impression que l’écrivain doit être au service d’une idéologie, au service de l’image du pays, estime Laila Slimani. D'après elle, au contraire, l’écrivain est "là pour bousculer toute ces façons de voir, pour dire les choses qui dérangent, parfois pour dire aussi ce qui n’est pas bon dans nos sociétés, de triste, d’injuste".

A ses yeux, un écrivain n’existe pas juste pour décrire la beauté et le folklore ou les choses magnifiques, puisqu'à travers l’écriture, il s’engage parce que les histoires qu’il raconte sont aussi une certaine façon de regarder le monde.

'Quand Dostoïevski raconte les pauvres gens, comme dans Crime et Châtiment ou lorsque Victor Hugo y raconte Les misérables, c’est s’engager, c’est une façon de décrire la France de son époque', dit l’auteur de "La belle au bois dormant" et "Le diable est dans les détails".

La littérature c’est la même chose, un voyage, qui "ouvre nos horizons et nous permet de voir que finalement oui nous sommes des hommes et des femmes, des Marocains et des Français mais surtout des êtres humains et qu’on est capables tous de se comprendre les uns et les autres", poursuit Leila Slimani.

Mais comme un écrivain ne vit pas isolé de la société dans une tour d’ivoire, il réagit et interagit avec son entourage, sauf que quand on est face à une société qui ne lit pas, la situation devient "très préoccupante", estime la romancière marocaine.

Pour remédier à cette situation, elle appelle à "tout faire" pour développer une politique du livre, pour donner envie aux jeunes surtout d’aller vers la lecture, pour le plaisir aussi, en proposant par exemple la bande dessinée ou les romans jeunesse.

"Il faut vraiment tout faire pour que les jeunes aillent vers la lecture et ouvrent des horizons nouveaux", insiste-t-elle. L’école joue dans ce sens un rôle fondamental, car c’est à travers l’école, que se transmettent le plaisir et la nécessité de la lecture et de l’écriture, ajoute Leila Slimani,.

"Il faut qu’on compte sur l’école pour transmettre ça à nos enfants", conclut-elle.


Propos recueillis par Idriss TEKKI
(MAP)
Dimanche 5 Novembre 2017 - 14:48





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