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Sueurs froides sur le la ligne Rabat/Ryad


Vendredi 8 Février 2019 modifié le Samedi 9 Février 2019 - 09:42

par Mustapha Tossa




Depuis de longs mois, une mésentente couvait entre le Maroc et l’Arabie saoudite dirigée de facto par le prince héritier Mohamed Ben Salmane. Une mésentente qui s’est transformée en crise sournoise au point qu’un média propriété du gouvernement saoudien se met à douter de la marocanité du Sahara et à faire l’apologie du séparatisme du Polisario. Cette situation est suffisamment inédite, voire explosive. L’ambassadeur du Maroc en Arabie saoudite a été rappelé pour consultation.

Cette digression saoudienne intervient au moment où l’offre de paix régionale proposée par les Marocains est en train de convaincre les forums internationaux les plus influents. Par cette accélération dangereuse, Mohamed Ben Salman semble donner le coup de l’âne à cette vieille et solide relation entre les deux pays.

La photo selfie qu’il avait prise à Paris en présence du Roi Mohammed VI et du Premier ministre libanais ne parvenait pas à dissimuler les nuages qui s’amoncelaient sur les très historiques et stratégiques relations entre Les deux royaumes, marocain et saoudien. D’incontournables alliés d’hier, les deux pays se regardent avec une certaine dose de méfiance qui peut facilement se transformer en affrontement diplomatique si cette crise n’est pas contenue à temps.

Tout avait commencé le jour où le prince héritier Mohamed Ben Salmane, en compagnie de trois autres pays, les Emirats arabes unies, le Bahreïn et l’Égypte, ont décidé de pratiquer un blocus contre le Qatar avec l’accusation largement soutenue à l’époque par le nouvelle administration Trump, selon laquelle Doha soutenait et finançait des organisations terroristes dont le seul but est la déstabilisation des pays du Golfe. L’engagement personnel de MBS dans cette mésaventure est si fort qu’il s’attendait à ce que tous les amis traditionnels de l’Arabie saoudite agissent de même et coupent leurs relations avec le Qatar.

Le Maroc, connu pour sa modération et l’indépendance de son action, a opté pour un rôle de médiateur et de réconciliateur entre les frères fâchés du Conseil du coopération du Golfe avec lequel Rabat entretient un partenariat stratégique d’une grande importance. Posture que les autorités saoudiennes ont très peu apprécié au point de reprocher au Maroc un manque de solidarité, oubliant par la même occasion que depuis l’aventure militaires contre les Houtis au Yémen, le Maroc avait soutenu politiquement et militairement cette action visant à restaurer la légalité du pouvoir au Yemen. Il est vrai qu’entre temps, la diplomatie marocaine a réévalué l’ampleur de cette participation et décidé de se retirer de cette guerre, qui a provoqué selon le constat des Nations unies une des plus graves crises humanitaires.

Entre temps, il y a eu l’épisode du choix du pays organisateur du Mondial 2026. L’attitude de l’Arabie saoudite fut choquante pour le peuple marocain et de nombreux pays s arabes. Non seulement les autorités de Ryad ont privé le Maroc de leur vote, mais l’Arabie saoudite s’est livrée à un exercice aussi dévastateur qu’étonnant, celui de mobiliser le carnet d’adresses et les ressources saoudiennes pour empêcher et faire chuter la candidature marocaine. Cette attitude révèle une posture qui fait craindre tous les scénarios, y compris celui de sacrifier une alliance précieuse avec un pays comme le Maroc. Puis vint l’épisode de la tournée de MBS qu’il effectua dans le monde arabe, la première après le déclenchement du scandale de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashogji dans le consulat saoudien à Istanbul. Mohamed Ben Salmane pose son avion à Alger où il s’est prêté à scénariser son empathie, réelle ou feinte avec le régime algérien.

La relation entre le deux royaumes les plus influents du monde arabe traverse une crise de confiance inédite. Les plus optimistes pourront toujours arguer que l’alliance est si solide qu’elle ne pourra être atteinte d’expression de mauvaise humeur propre à un nouveau pouvoir qui s’installe aux commandes. Les plus pessimistes diront que le cœur de cette relation qu’est la confiance a été atteinte. Dans les deux hypothèses, une grande clarification s’impose entre les deux pays.


Vendredi 8 Février 2019 - 11:26





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