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SNCF : l'intersyndicale veut négocier directement avec Édouard Philippe


Jeudi 19 Avril 2018 modifié le Vendredi 20 Avril 2018 - 09:03




Alors qu'une journée de « convergence des luttes » est prévue ce jeudi, l'intersyndicale CGT-Unsa-SUD-CFDT de la SNCF a décidé jeudi de suspendre sa participation à la concertation avec la ministre des Transports Élisabeth Borne et veut négocier avec le Premier ministre Édouard Philippe sur la réforme ferroviaire, a annoncé Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots. Ces quatre syndicats représentatifs de la SNCF ont établi cette « position unitaire sur la négociation » après « les annonces du Premier ministre ces derniers jours qui [les] ont tous surpris », a déclaré Laurent Brun, faisant référence à l'annonce, lundi, du projet de filialisation du fret de la SNCF et celle, mercredi, de la date de la fin du recrutement au statut de cheminot (au 1er janvier 2020).

« Ma porte reste ouverte », a répondu Mme Borne jeudi soir sur RTL, tout en dénonçant une « posture » des syndicats. « Cette posture intervient alors que l'essentiel de la concertation a été mené et qu'elle doit s'achever la semaine prochaine », avait critiqué Mme Borne plus tôt dans un courrier électronique à l'Agence France-Presse. Cette réforme « nécessaire » ira « jusqu'à son terme », avait-elle assuré, en notant que la concertation avait « permis des ouvertures sur les modalités » lors d'un « dialogue d'une grande utilité ».

Le trio CGT-Cheminots, Unsa-Ferroviaire et CFDT-Cheminots a confirmé la poursuite de la grève selon « le calendrier annoncé » par épisode de deux jours sur cinq. Ce mouvement est entré jeudi dans sa huitième journée, au deuxième jour de sa quatrième séquence. SUD-Rail appelle, lui, à une grève illimitée depuis le lancement début avril du mouvement de protestation contre la réforme de la SNCF, dont la fin des embauches au statut de cheminot. « Nous avons décidé collectivement d'adresser un courrier au ministère [des Transports, NDLR] pour lui dire que nous suspendons notre participation aux [réunions] bilatérales » prévues « cette semaine et la semaine prochaine », a indiqué Laurent Brun. Les quatre syndicats représentatifs vont également « adresser un courrier unitaire au Premier ministre pour lui demander de [les] recevoir et pour que ce soit lui qui organise à partir de maintenant la négociation puisque, semble-t-il, c'est lui qui prend toutes les décisions concernant l'évolution du dossier », a ajouté Laurent Brun. « L'unité syndicale est totale sur l'interprétation de la situation, sur la colère par rapport aux annonces gouvernementales et sur l'appel aux cheminots de renforcer la mobilisation », a-t-il poursuivi. « Pour l'instant, on en reste à notre calendrier annoncé » de deux jours de grève sur cinq jusqu'à fin juin, a-t-il dit : « On verra si on est obligés d'aller plus loin que juin. »

Un mouvement social « décalé », pour Pepy

De son côté, la direction de la SNCF a annoncé un taux de grévistes à 22,73 % jeudi, deuxième jour du quatrième épisode de grève depuis début avril et journée d'action nationale interprofessionnelle, avec une mobilisation forte des conducteurs dont 66,4 % étaient en grève. Parmi les personnels indispensables à la circulation des trains, il y avait aussi 60,9 % des contrôleurs en grève et 30,2 % des aiguilleurs, en augmentation par rapport à mercredi. La SNCF a en outre comptabilisé pour ce huitième jour d'une grève qui doit se prolonger jusqu'à fin juin sur un rythme de deux jours sur cinq, 25,3 % de grévistes dans la maintenance, 29,4 % dans le matériel, 16,4 % chez les agents commerciaux et 7,8 % chez les personnels administratifs.

Le patron de la SNCF Guillaume Pepy estime jeudi dans une interview à Sud Ouest que le mouvement de grève des cheminots était « décalé », assurant que les futurs embauchés auront un contrat « attractif » après la fin du statut des cheminots. Pour Guillaume Pepy, le choix du 1er janvier 2020 pour la fin de l'embauche au statut des cheminots « n'est pas une surprise » car c'est la date retenue pour la transformation du statut de la SNCF et la date annoncée pour le début de la reprise d'une partie de la dette par l'État. « Nous entrons dans une période de discussions capitales dans l'entreprise et au sein de la branche ferroviaire », relève-t-il : « quelle va être la convention collective ? Quel va être le nouveau contrat de travail des futurs embauchés à la SNCF ? Quels efforts de formation va-t-on faire pour que les hommes et les femmes de la SNCF s'adaptent aux nouvelles mobilités, au digital et à la concurrence ? »

« Cette nouvelle SNCF garde son âme »

« Le but n'est pas de faire moins mais plus pour la SNCF de demain », assure le dirigeant. « Le futur contrat de travail ne sera pas moins intéressant, il sera attractif pour attirer de nouveaux talents. » Rappelant qu'il serait « suicidaire » pour la SNCF d'aborder la concurrence en restant de 25 à 30 % plus chère que le reste du marché, il souligne qu'elle se doit d'être « plus efficace ». « Mais je tiens à rappeler que cette nouvelle SNCF garde son âme et ses valeurs et surtout qu'elle reste une entreprise 100 % publique », insiste-t-il. « Nous avons dix-huit mois pour parvenir à cet objectif d'efficacité et de compétitivité », résume M. Pepy. Et malgré la grève, le dialogue n'est pas rompu, selon lui. « Nous nous parlons plusieurs fois par jour. »

Le patron de la SNCF juge d'ailleurs que « le mouvement de grève devient (...) très décalé ». Le nombre de grévistes « a sensiblement diminué », le projet de réforme du gouvernement a été adopté à une très large majorité à l'Assemblée nationale en première lecture et « dans toutes les enquêtes d'opinion, sept Français sur dix se disent favorables à la concurrence ferroviaire dans le secteur voyageur », argue-t-il. Au risque de décevoir les partisans du projet de ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse, Guillaume Pepy est par ailleurs d'avis qu'il « ne (faut) pas créer de nouvelles lignes », alors que la « priorité absolue » doit aller à la rénovation du réseau classique. « La question n'est pas de savoir si cette LGV est un bon projet ou pas. C'est de savoir si le budget disponible est consacré au réseau existant ou pas. La réponse est connue », explique-t-il au quotidien régional.

Jeudi 19 Avril 2018 - 21:19





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