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Macron et l'Algérie, exigence et fermeté


Dimanche 21 Mai 2017 modifié le Jeudi 25 Mai 2017 - 04:28




Macron, alors candidat, avec le Premier ministre algérien Sellal
Macron, alors candidat, avec le Premier ministre algérien Sellal
Par Mustapha Tossa

Lorsque Emmanuel Macron, alors candidat à la présidentielle française, effectua sa visite en Algérie et dégoupilla sa grande polémique sur la colonisation qualifiée de crime contre l'humanité, l'homme fut accueilli en héros au point que le Premier ministre Abdelmalek Sellal et son ministre des affaires étrangères Ramtane Lamamra lui accolent le label "Ami de l'Algérie". Et même si plus tard, Emmanuel Macon, sous la grosse polémique suscitée par ses déclarations, dut relativiser ses propos et ses envolées, le point était marqué. Quand Emmanuel Macron devient locataire de l'Elysée, tous les espoirs et tous les enthousiasmes sont permis.

Espoirs algériens vite douchés à l'occasion de la première visite d'Emmanuel Macron en dehors de l'Europe, au Mali plus précisément pour rendre visite au contingent de la force Barkhane chargé de la lutte contre le terrorisme dans la région. Et c'est Emmanuel Macron le président qui a tenu à faire passer le message que les nouvelles autorités françaises ont transmis aux Algériens. Ce fut à travers un coup de téléphone échangé la veille de son voyage avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika. Les propos tenus ensuite par Emmanuel Macron furent d'une limpidité inédite dans la relation entre Paris et Alger:

"J'ai eu hier le président algérien Bouteflika au téléphone avant de survoler l'Algérie, par courtoisie, indique M. Macron. Je lui ai fait part de ma détermination sur le sujet et de mon souhait de pouvoir parler de manière très franche », dit-il à Gao.

Une fois lancée cette nouvelle ligne de conduite, Emmanuel Macron la déroula pour les journalistes afin que le message passe rapidement: "Moi, ce que je veux, en début de mandat, c’est une exigence sans doute renforcée à l’égard des États du Sahel et de l’Algérie" Pour que tout ce qui est inscrit dans les accords d’Alger soit appliqué et pour que la responsabilité de tous et de toutes soit prise (…). On ne peut pas manifester quelque faiblesse que ce soit à l’égard de groupements terroristes, quelles que soient les raisons politiques domestiques (...) Moi j’ai nos hommes qui sont là, j’en ai la responsabilité, j’en réponds devant les Français et leurs familles".
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Cette idée maitresse, Emmanuel Macron l'a martelé avec une grande fermeté :"on ne peut pas manifester quelque faiblesse que ce soit à l'égard de mouvements terroristes "." Je n'enverrai pas nos soldats se faire tuer si tous les gouvernements responsables de la situation localement ne prennent pas l'intégralité de leur responsabilité ".

Les faiblesses dont parlent Emmanuel Macron à l'égard des mouvements terroristes pointent de manière limpide, entre autres, la responsabilité des autorités algériennes. Elles sont officiellement impliquées dans le processus de réconciliation malienne à travers les accords d'Alger mais leurs attitudes à l'égard des personnalités et des organisations qui font du terrorisme et de la déstabilisation de la région leur fond de commerce, soulèvent de nombreuses interrogations sur la sincérité d'Alger dans la lutte contre les groupes djihadistes.

C'est la première fois en tout cas qu'un président français pointe avec autant de clarté et de manière publique le grand flou qui entoure le comportement des autorités algériennes dans la gestion des questions terroristes dans cette région. De nombreux rapports de différents services de sécurité étrangers ont déjà pointé l'opacité de la démarche algérienne mais c'est la première fois que cette angoisse sécuritaire trouve une traduction politique dans le discours d'un président de la république française. Il est vrai que de par la nature effervescente et abrasive des relations entre la France et l'Algérie, la diplomatie française a toujours été "contrainte dans son expression" pour commenter l'approche algérienne dans la lutte contre le terrorisme, qu'il soit domestique ou régional.

Mais sans le vouloir, la sortie d'Emmanuel Macron sur l'Algérie et la guerre contre le terrorisme au Sahel décrit ce pays, qui s'apprête à vivre une succession des plus compliquées, comme une puissance qui joue dans le clair obscur, dans la manipulation sécuritaire avec souvent des agendas schizophrènes qui contredisent et compliquent la volonté internationale affichée et assumée pour lutter contre les organisations terroristes.


Dimanche 21 Mai 2017 - 14:26





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