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La France veut rapatrier certains des 150 enfants de jihadistes français signalés en Syrie


Jeudi 25 Octobre 2018 modifié le Vendredi 26 Octobre 2018 - 09:12




La France veut rapatrier une partie des quelques 150 enfants de jihadistes français signalés en Syrie, alors que l'épineux sort des combattants étrangers du groupe Etat islamique (EI) continue d'embarrasser les pays occidentaux.

"On les rapatriera autant que possible à condition que la mère soit d'accord. On a commencé à regarder comment les choses peuvent se faire", a déclaré mercredi une source française sous couvert d'anonymat.

Ces enfants, retenus pour beaucoup dans le nord de la Syrie avec leurs mères dans des camps gérés par les militaires kurdes depuis l'effondrement de l'EI en 2017, ont été signalés sur place ou par leurs familles en France.

Seule une partie d'entre eux ont toutefois été identifiés et localisés dans les zones kurdes, ouvrant la voie à un rapatriement, ajoute la source française citée, sans avancer de chiffres sur le nombre possible de retours.

Les enfants ont pour la plupart moins de six ans et sont donc nés sur place. Les mères resteront elles sur en Syrie, souligne la source.

Quelques "dizaines" - 30 à 40 - de combattants francophones seraient par ailleurs prisonniers des Kurdes syriens, ajoute-t-elle, sans plus de précision.

Comme de nombreux pays occidentaux, la France exclut tout retour des adultes, combattants ou épouses, considérées comme des militantes de l'EI, au grand dam des avocats représentant les familles en France.

"Ceux qui ont commis des délits ou des crimes en Irak et Syrie doivent être jugés en Irak et Syrie", martèle-t-on au ministère des Affaires étrangères. "L'exception c'est les mineurs, dont la situation sera examinée au cas par cas", au nom du "devoir de sauvegarder l'intérêt supérieur de l'enfant".

Au total, une quarantaine de familles, mères et enfants, on été signalées en Syrie, selon la source française.

Nombre d'observateurs ont relevé que les enfants risquaient en restant dans les camps d'y grandir endoctrinés au contact des adultes et de devenir eux-mêmes à terme des "bombes à retardement".

Leur rapatriement s'annonce toutefois très compliqué, le Kurdistan syrien n'étant pas un Etat reconnu par la communauté internationale, et Paris n'entretenant pas de relations diplomatiques avec Damas.

"Scandaleux"

L'annonce française a été critiquée par les avocats des Françaises retenues en Syrie, qui dénoncent l'"abandon" de ces femmes par Paris, sans que leur degré de radicalisation ait été prouvé ou examiné de près, et leur détention illégale et dans de très mauvaises conditions sanitaires.

"C'est scandaleux et hypocrite", a déclaré à l'AFP Me Bruno Vinay, avocat d'Emilie König, la plus connue des détenues françaises chez les Kurdes.

"La France laisse ces femmes seules face au choix inhumain de se séparer de leurs enfants. Vu que c'est tout ce qu'il leur reste, il est possible que seule une minorité accepte de s'en séparer", estime-t-il.

"Je ne comprends pas la manière dont cette affaire est gérée depuis le début. Le rapatriement de ces enfants sera d'autant plus douloureux qu'on a attendu 18 mois pour le faire", a de son côté affirmé à l'AFP Me Marie Dosé.

Pour faire rester les mères "à tout prix" en Syrie, "on prend le risque" d'infliger "un traumatisme supplémentaire" à des "enfants parfois en très bas âge": "celui d'être arrachés à leurs mères", ont souligné Mes William Bourdon et Vincent Brengarth.

Dans l'Irak voisin, seules trois familles de jihadistes français ont été recensées. Une des mères, Mélina Boughedir, condamnée à la perpétuité, a accepté de laisser partir trois de ses enfants.

Sur les 680 jihadistes français estimés sur le théâtre irako-syrien, plus de 300 sont morts et un petit nombre a rejoint d'autres pays (Afghanistan, Maghreb, Libye), estime Paris. Une partie d'entre eux sont donc toujours sur place, notamment à la frontière syro-irakienne où il y a toujours des combats et où pourraient se trouver aussi des Français.

Les Kurdes affirment détenir eux plus de 900 combattants étrangers de l'EI, venant de 44 pays, qui représentent un casse-tête judiciaire et sécuritaire.

Ils appellent leurs pays d'origine à les rapatrier, mais à quelques exceptions près (Russie, Indonésie, Soudan) ceux-ci sont souvent réticents devant l'hostilité de leurs opinions publiques.

La France, qui a participé aux opérations contre l'EI, dément tout accord avec les Kurdes pour que ceux-ci gardent les adultes détenus. "Mais ils savent que nous ne souhaitons pas les faire revenir", assure la source citée.

Un commandant militaire kurde sous couvert d'anonymat évoque des "réunions" avec le gouvernement français. "Mais on ne veut pas faire pression pour qu'il reprenne les jihadistes français, ni le mettre dans l'embarras".
Jeudi 25 Octobre 2018 - 08:47

afp




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