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L'ex-président kirghiz Atambaïev placé en détention avant son procès


Vendredi 9 Août 2019 modifié le Samedi 10 Août 2019 - 23:30




L'ex-président kirghiz Almazbek Atambaïev, accusé de corruption, a été placé en détention après son interpellation à l'issue de deux assauts des forces spéciales marqués par des violences qui font craindre des troubles dans ce pays d'Asie centrale.

Après deux jours de raids chaotiques et d'incertitudes, l'ancien chef d'Etat de 2011 à 2017 doit désormais faire face à un procès pour corruption et répondre des troubles qui ont accompagné sa spectaculaire arrestation. Celle-ci a mobilisé près de 2.000 policiers, dont le ministre de l'Intérieur en personne, a conduit à la mort d'un membre des forces spéciales et fait une centaine de blessés.

Placé en détention jusqu'au 26 août, date du prochain réexamen de cette mesure, M. Atambaïev dénonce des accusations "absurdes" portées contre lui et estime être victime d'un conflit personnel avec son successeur et rival, le président actuel Sooronbaï Jeenbekov.

L'ex-dirigeant fait face à cinq chefs d'accusation parmi lesquels l'"acquisition illégale de terres" et la libération, lors de sa présidence, du chef mafieux d'origine tchétchène Aziz Batoukaïev en 2013. D'autres enquêtes ont été lancées par la justice après les troubles de mercredi et jeudi.

"Ces accusations sont sans fondement", a déclaré vendredi à l'AFP l'avocat de l'ex-président, Sergueï Slessarev, ajoutant vouloir porter ces affaires "devant les tribunaux internationaux".

Bataille rangée

Almazbek Atambaïev s'est rendu jeudi soir aux forces de l'ordre, qui assiégeaient depuis deux jours sa résidence dans le village de Koï-Tach, près de Bichkek, où s'étaient rassemblés jusqu'à un millier de ses partisans.

Un premier raid des forces spéciales avait tourné à la bataille rangée et fait un mort et des dizaines de blessés mercredi.

Une vidéo très partagée sur les réseaux sociaux le montre négocier les conditions de sa capitulation avec un responsable du ministère de l'Intérieur. Il exige notamment que la police ne touche pas à ses partisans, rassemblés dans sa résidence.

Après l'annonce de son arrestation, plusieurs centaines de manifestants se sont réunis près du palais présidentiel, théâtre des révolutions de 2005 et 2010, avant d'être dispersés par la police, qui a annoncé avoir interpellé 40 personnes.

Un allié de longue date de M. Atambaïev, Farid Niazov, a également été arrêté vendredi, tandis que plusieurs autres proches ont été convoqués pour être entendus par les enquêteurs.

L'arrestation de M. Atambaïev a également poussé un homme politique d'envergure en exil, ancien rival de M. Jeenbekov à la présidentielle de 2017, à annoncer son retour dans le pays : Omourbek Babanov, 49 ans, fait l'objet de deux affaires judiciaires au Kirghizstan, et les autorités ont immédiatement affirmé qu'il "devra en répondre".

Arrivé vendredi à l'aéroport de Bichkek, où il a été salué par ses partisans et plusieurs députés, M. Babanov a assuré avoir "toujours respecté la loi". "Si je suis convoqué (pour un interrogatoire), je suis prêt à y aller avec mon avocat", a-t-il lancé.

Moscou suit de près

Almazbek Atambaïev, 62 ans, a été inculpé fin juin pour corruption par la justice et son immunité en tant qu'ancien président a été levée par les députés.

A la fin de son mandat, Almazbek Atambaïev avait réussi au prix de manoeuvres politiques à imposer la candidature de Sooronbaï Jeenbekov, qui était alors son poulain, mais les relations se sont rapidement dégradées entre les deux hommes.

Leur conflit personnel fait désormais craindre de graves troubles dans cette ex-république soviétique d'Asie centrale en proie à de fréquentes tensions ethniques.

La crise est également suivie de près par la Russie, pays allié du Kirghizstan où vivent et travaillent des centaines de milliers de Kirghizes et qui y dispose d'une base militaire.

Le président russe Vladimir Poutine avait rencontré en juillet à la fois Almazbek Atambaïev et Sooronbaï Jeenbekov dans l'espoir de désamorcer la confrontation.

Arrivé au Kirghizstan jeudi pour un sommet régional, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a appelé à l'apaisement, estimant que ce pays pauvre d'Asie centrale avait "déjà épuisé son quota de révolutions".

"Nous essayons toujours de fournir, si possible, une aide et une assistance au Kirghizstan. Je n'ai aucun doute que cela se poursuivra de la même manière", a-t-il déclaré lors d'une rencontre avec M. Jeenbekov, appelant à régler la crise dans le "strict respect de la loi et de la Constitution".
Vendredi 9 Août 2019 - 17:24

Atlasinfo (Source afp)




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