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Gilets jaunes : Édouard Philippe élude la question de sa démission


Vendredi 7 Décembre 2018 modifié le Vendredi 7 Décembre 2018 - 16:51

Le Premier ministre, fragilisé sur la scène politique, a assuré jeudi sur TF1 qu'il possédait toujours la confiance du président de la République.




Gilets jaunes : Édouard Philippe élude la question de sa démission
Édouard Philippe toujours en première ligne sur le front. Jeudi, depuis le plateau du JT de TF1, le Premier ministre a défendu la décision du gouvernement d'annuler pour l'année 2019 la hausse de la taxe sur les carburants, prévue à l'origine pour le mois de janvier. Lui qui se trouve fragilisé, d'un point de vue politique, par la crise des Gilets jaunes, et en raison des atermoiements de l'exécutif sur les mesures censées apaiser la colère du peuple.

La situation apparaissait dangereuse pour le Premier ministre, à tel point que circulait la rumeur selon laquelle il vivait ses dernières heures à Matignon. Mais jeudi, Édouard Philippe a préféré éluder la question. «  Ma mission, c'est d'atteindre les objectifs qui ont été fixés par le président de la République. Je le fais avec le soutien de la majorité (...) et avec la confiance du président. Et c'est ce qui m'importe  », a ainsi déclaré le chef du gouvernement sur TF1.

Le Premier ministre a également fait savoir que plus de 89 000 membres des forces de l'ordre seraient mobilisés samedi en France, dont 8 000 à Paris, lors de la nouvelle journée de mobilisation des Gilets jaunes, l'acte 4. Une «  douzaine de véhicules blindés  » à roues de la gendarmerie (VBRG) seront par ailleurs utilisés à Paris, a ajouté le chef du gouvernement, évoquant un dispositif «  exceptionnel  » pour faire face au risque d'une nouvelle explosion de violences ce week-end. «  Nous avons en face de nous des gens qui ne sont pas là pour manifester. Ils sont là pour casser. Nous ne leur laisserons pas les mains libres  », a ainsi insisté Édouard Philippe lors de son intervention sur la première chaîne. Environ 65 000 membres des forces de l'ordre, dont 5 000 à Paris, avaient été déployés samedi dernier lors d'une journée marquée par des scènes d'émeute, notamment dans la capitale.

Des proches du président menacés

Jeudi, l'exécutif a par ailleurs multiplié les appels au calme. Le plan de sécurité «  exceptionnel  » annoncé est censé répondre aux dizaines d'appels à manifester à Paris qui se concurrencent sur les réseaux sociaux et prennent une tournure parfois très menaçante. L'Élysée a dit craindre «  une très grande violence  » samedi, malgré l'annonce mercredi soir d'un geste que l'exécutif espère décisif : l'abandon pour toute l'année 2019 des augmentations de taxes sur les carburants. «  La taxe est annulée  », a confirmé le Premier ministre, démentant toute «  cacophonie  » au sommet de l'État.

«  Je prie pour samedi  », a glissé un proche du président, alors que le ministère de l'Intérieur fait état d'une «  mobilisation de la part de l'ultradroite et de l'ultragauche  ». Des proches d'Emmanuel Macron ont confié avoir reçu des menaces de Gilets jaunes sur leurs téléphones. En perspective de nouveaux débordements, les autorités locales ont également pris leurs dispositions, à Paris comme en région. Dans la capitale, la préfecture de police a appelé les commerçants du secteur des Champs-Élysées à rester fermés. La tour Eiffel et une dizaine de musées, dont le Louvre, resteront portes closes. L'Opéra a annulé ses représentations et le parcours de la marche pour le climat a été modifié.

À Bordeaux, une dizaine d'établissements culturels et espaces publics seront fermés. Le maire de Saint-Étienne Gaël Perdriau a proposé à son homologue lyonnais Gérard Collomb d'«  annuler  » la fête des Lumières, mais celle-ci est maintenue. Cinq matches de la Ligue 1 de football ont d'ores et déjà été reportés. Sur les réseaux sociaux, les mots d'ordre évoquent un renversement des institutions : «  dissolution de l'Assemblée nationale  », «  Manu, on arrive  !  », «  Pot de départ de Macron  !  », ou encore «  Tous à la Bastille  ».

Des mesures trop tardives  ?

Édouard Philippe a poursuivi jeudi au Sénat un débat engagé à l'Assemblée pour défendre une nouvelle fois les mesures prises en urgence : outre l'annulation de la taxe carbone, il s'agit d'un gel des tarifs du gaz et de l'électricité cet hiver, et du renoncement à durcir le contrôle technique automobile avant l'été. Toutes ces annonces répondent à des demandes des Gilets jaunes. Mais pour huit Français sur dix, elles «  interviennent trop tard  », selon un sondage OpinionWay diffusé jeudi. Les deux tiers d'entre eux estiment cependant que c'est l'occasion d'ouvrir le dialogue.

Si Édouard Philippe a été envoyé en première ligne ces derniers jours, c'est bien le président Emmanuel Macron qui reste la cible des critiques sur les points de blocage. Le président a demandé solennellement aux partis politiques, aux syndicats et au patronat «  de lancer un appel clair et explicite au calme  ». Il semble avoir été entendu par l'opposition, qui s'était encore montrée très offensive la veille.

Le groupe socialiste de l'Assemblée nationale a lancé «  un appel à la responsabilité  ». «  Depuis trois semaines, les Françaises et les Français expriment leur colère (...) Si nous comprenons cette colère, nous condamnons en revanche fermement les dégradations et les violences qui depuis trois semaines abîment notre pays  », ont affirmé les députés socialistes dans un communiqué, alors que l'exécutif multiplie les appels au calme. «  Nous formulons un appel à la responsabilité pour que les manifestations de ce samedi 8 décembre puissent se dérouler sans heurt, afin que les revendications, légitimes, ne soient pas entachées de débordements, de violences et de blessés  », ont-ils ajouté en apportant leur «  soutien  » aux forces de l'ordre contre les violences.

Le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau a appelé le gouvernement à «  casser les casseurs  ». Le président du groupe LR à l'Assemblée Christian Jacob a aussi demandé «  à ce qu'aucun acte de violence sur les personnes et sur les biens ne puisse être commis  ». La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a souhaité des «  mobilisations pacifiques  ». L'ex-président François Hollande a appelé «  à la mesure et au refus de toutes les formes de violences  », tout comme les sept principaux syndicats.

Les syndicats proposent leur aide

Selon les informations du Parisien, plusieurs responsables de la CGT et de Force ouvrière ont proposé de mettre leur service d'ordre à disposition des Gilets jaunes, samedi, afin de protéger leurs cortèges des casseurs et des ultras, mais aussi des violences policières. «  On a fait la démonstration le samedi 1er décembre dans notre défilé de République à Bastille que quand une organisation syndicale est là, les choses se passent bien  », observe dans le quotidien un haut cadre de la CGT. «  Personne n'a intérêt à une guerre civile.  »

Pour l'instant toutefois, les appels lancés par les syndicats aux Gilets jaunes sont restés sans réponse. «  La difficulté est que l'on ne sait pas vraiment à qui s'adresser, on ne connaît même pas les lieux de rendez-vous de samedi. On a lancé nos hameçons et maintenant on attend  », confie au Parisien un responsable de la CGT.

Une mobilisation de plus en plus violente


Le chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a en revanche balayé l'appel au calme de l'Élysée. «  Édouard Philippe est rincé. Son gouvernement aussi. La politique de l'intimidation ne servira à rien sinon à exaspérer tous ceux qui voient la manœuvre  », a-t-il tweeté après l'intervention du Premier ministre sur TF1. Selon une source au ministère de l'Intérieur, à 18 heures jeudi, il a été recensé près de 11 200 gilets jaunes mobilisés en France pour 597 actions, une «  mobilisation en hausse et plus violente  ».

L'exécutif redoute aussi une extension de la colère à d'autres secteurs, notamment les agriculteurs et les transporteurs routiers. Dans l'éducation la situation est également tendue. Plus de 700 lycéens ont ainsi été interpellés par les forces de l'ordre jeudi lors de la quatrième journée de mobilisation lycéenne, marquée une nouvelle fois par des incidents et des violences, a indiqué à l'Agence France-Presse une source au ministère de l'Intérieur. Près de 280 établissements scolaires ont été perturbés, dont 45 ont été bloqués, selon la même source.
Vendredi 7 Décembre 2018 - 09:45

Avec Le Point




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