En Algérie, les charlatans prospèrent faute d’une médecine à la hauteur

Malades graves et désespérés, patients excédés par la dégradation des soins ou leur coût élevé, de plus en plus d’Algériens se détournent de la médecine officielle au risque d’être victimes de charlatans.

Une récente affaire autour d’un "produit miracle" a montré l’ampleur du phénomène, éclaboussant au passage le ministre de la Santé.

Un complément alimentaire censé aider à combattre le diabète a été lancé sur le marché en décembre à grand renfort de publicité par une chaîne de télévision privée.

Le ministre de la Santé Abdelmalek Boudiaf a même apporté son soutien au promoteur du produit, Toufik Zaïbet, qui vantait un "médicament" aux effets curatifs "incontestables".

La mise sur le marché du produit a entraîné dans l’est et l’ouest du pays des files d’attentes devant les pharmacies. Le succès a été tel que le produit (vendu environ 15 euros la cinquantaine de comprimés) s’est retrouvé sur le marché noir avec un prix multiplié par quatre.

Mais le monde médical s’est rapidement élevé contre la vente du produit qui n’avait pas reçu l’autorisation d’être commercialisé comme médicament et la presse a qualifié son promoteur d’imposteur.

Et alors que les appels à la démission de M. Boudiaf se sont multipliés, le produit a fini par être retiré du marché à la mi-décembre par son ministère qui a dénoncé, dans une volte-face, une surmédiatisation "trompeuse".

– ‘Escroquerie’ –

Le président de la société algérienne de diabétologie Mourad Semrouni a parlé d’"escroquerie". Il a dénoncé l’illusion d’un traitement miracle qui a conduit, selon lui, des patients à abandonner leur traitement classique, au profit d’un produit controversé, mettant en danger leur santé.

"Beaucoup de malades sont tombés dans un coma diabétique", a-t-il même affirmé à l’AFP.

Interrogé mercredi par l’AFP, M. Zaïbet a déclaré cependant qu’il ne faisait l’objet d’"aucune pousuite judicaire".

Alors que le système de santé publique est en piètre état, des cliniques privées ont poussé comme des champignons ces dernières années. Ces établissements restent cependant inaccessibles aux plus démunis qui sont ainsi enclins à se tourner vers des solutions alternatives et moins coûteuses.

Le projet de construction de nouvelles infrastructures sanitaires et la modernisation des structures existantes a été renvoyé aux calendes grecques en raison de la chute des prix du pétrole, principale ressource du pays.

"Le charlatanisme a de beaux jours devant lui en Algérie en raison notamment de l’inexistence d’une éducation dans le domaine de la santé", déplore en outre le Pr Semrouni.

Peu après l’interdiction du produit de M. Zaïbet, une nouvelle affaire a éclaté avec l’ouverture d’une structure appelée "clinique" d’exorcisme par un guérisseur controversé.

– Succès de la ‘roqia’ –

Celle-ci a été inaugurée à Relizane (nord-ouest) en grande pompe par son promoteur, cheikh Abou Muslim Balahmar, en présence de nombreuses célébrités du spectacle.

Mais cette fois, les autorités ont réagi avec célérité en ordonnant, moins d’une semaine après son ouverture, la fermeture de l’établissement, faute d’autorisation.

Selon la presse, cheikh Abou Muslim Balahmar est actuellement sous le coup de poursuites judiciaires pour "utilisation de substances médicales sans autorisation et recrutement illégal d’infirmiers".

En 2013, il avait écopé d’un an de prison pour "charlatanisme" pour avoir exercé illégalement l’activité de guérisseur. Il avait été poursuivi à la suite d’une plainte faisant état de séances d’exorcisme qu’il menait avec des proches.

Les médias font régulièrement état de séances d’exorcisme ayant viré au drame dans différentes régions du pays.

Les exorcistes sont souvent sollicités pour soigner les malades, "chasser le démon", se préserver du mauvais oeil ou venir en aide aux épouse stériles.

Si l’islam autorise l’exorcisme, considéré comme légal car il se fait avec la parole de Dieu, nombreux sont ceux qui dénoncent le fait que cette pratique est souvent le fait de personnes sans scrupules qui abusent de la détresse des malades, en particuliers ceux atteint de maladies mentales et spirituelles.

Par AFP

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