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Bolivie: Morales dans un avion pour le Mexique


Mardi 12 Novembre 2019 modifié le Mardi 12 Novembre 2019 - 10:05




L'ex-président bolivien Evo Morales, qui s'est dit menacé, était à bord d'un avion militaire mexicain dans la nuit de lundi à mardi pour rejoindre le Mexique où il a obtenu l'asile, alors que l'armée bolivienne a annoncé vouloir prêter main forte à la police pour ramener l'ordre.

"Frères et soeurs, je pars pour le Mexique", a twitté lundi peu après 21h30 heure locale (01h30 mardi) M. Morales, qui a démissionné dimanche. "Ça me fait mal d'abandonner le pays pour des raisons politiques, mais je serai toujours attentif. Je reviendrai bientôt avec plus de force et d'énergie".

Quelques minutes plus tôt, des médias locaux ont annoncé qu'un avion militaire mexicain avait atterri dans un aéroport de la région centrale de Cochabamba, le fief du leader socialiste, après une escale à Lima, comme l'avaient indiqué les autorités péruviennes.

"Evo Morales est déjà dans l'avion du gouvernement mexicain chargé d'assurer son transfert en toute sécurité vers notre pays", a ensuite confirmé le ministre mexicain des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard.

Ce ministre a publié, toujours sur Twitter, une photo où l'on voit M. Morales dans un avion et recouvert d'un drapeau mexicain qu'il tend à deux mains.

M. Ebrard avait assuré plus tôt que son gouvernement avait été sollicité par M. Morales: "Il nous a demandé verbalement et de façon formelle de lui accorder l'asile politique dans notre pays". Mexico le lui avait déjà proposé la veille.

"Après avoir pillé et tenté de mettre le feu à ma maison à Villa Victoria, des groupes vandales des putschistes [Carlos] Mesa et [Luis Fernando] Camacho ont fait irruption chez moi dans le quartier de Magisterio à Cochabamba. Je suis très reconnaissant à mes voisins qui ont arrêté ces raids", a twitté M. Morales (60 ans), en référence au candidat d'opposition qui réclamait un second tour à l'élection présidentielle, et au fer de lance de la révolte populaire contre le résultat du scrutin de fin octobre jugé frauduleux.

Le président socialiste a démissionné mais aussi les successeurs prévus par la Constitution dans l'hypothèse d'un départ du chef de l'Etat: le vice-président Alvaro Garcia, la présidente et le vice-président du Sénat ainsi que le président de la Chambre des députés, entraînant une vacance du pouvoir.

C'est donc la deuxième vice-présidente du Sénat, Jeanine Añez, qui a revendiqué la présidence par intérim. "Nous allons convoquer des élections avec des personnalités qualifiées qui vont conduire le processus électoral afin de refléter ce que veulent tous les Boliviens", a-t-elle déclaré.

"Nous avons déjà un calendrier. Je crois que la population demande en criant que nous ayons un président élu le 22 janvier", a ajouté l'opposante de 52 ans, évoquant la date prévue, avant la crise, de la prise de ses fonctions par le prochain président de Bolivie.

Le Parlement, où les partisans d'Evo Morales sont majoritaires, doit siéger mardi pour entériner les démissions et nommer le remplaçant par intérim de celui qui présidait la Bolivie depuis 2006.

L'Organisation des Etats américains (OEA) a appelé lundi "à la paix et au respect de la loi" pour régler la crise politique en Bolivie et demandé "une réunion d'urgence" du Parlement bolivien "pour garantir le fonctionnement des institutions et nommer de nouvelles autorités électorales pour garantir un nouveau processus électoral".

L'OEA a annoncé qu'elle tiendrait mardi une réunion sur la situation en Bolivie.

L'armée dans la rue

Dans les rues, un climat de violence s'est installé, à tel point que la police, "dépassée" par la situation selon son chef à La Paz, le colonel José Barrenechea, a demandé l'aide de l'armée bolivienne, qui l'a acceptée.

"Le commandement militaire a décidé que des opérations conjointes seront menées avec la police pour éviter le sang et le deuil dans la famille bolivienne", a annoncé le commandant en chef de l'armée, William Kaliman, dans une déclaration télévisée.

Depuis la mi-journée, les forces de l'ordre se redéployaient progressivement, faisant usage de gaz lacrymogène à El Alto, une localité proche de la capitale et bastion d'Evo Morales, pour disperser des groupes de manifestants encagoulés et armés de bâtons.

De petites casernes de la police ont été pillées et brûlées lundi dans plusieurs villes, tandis qu'une colonne de plusieurs centaines de partisans de M. Morales marchait vers La Paz depuis la ville voisine d'El Alto, un bastion du dirigeant socialiste.

Arborant des whipalas, le drapeau symbole des peuples indigènes, et scandant "Maintenant oui, une guerre civile !", ils étaient des centaines en route vers la capitale, contraignant les magasins à fermer leurs portes.

"Plusieurs personnes m'alertent en me disant qu'un groupe de manifestants violents se dirige vers mon domicile pour le détruire. J'en appelle à la Police nationale pour éviter cette folie", a écrit sur Twitter Carlos Mesa.

"Signal" au Venezuela


A Washington, le président américain Donald Trump s'est félicité de la tournure des évènements en Bolivie. "Les Etats-Unis saluent le peuple bolivien pour avoir demandé la liberté et l'armée bolivienne pour avoir respecté son serment de protéger non un seul individu, mais la Constitution de la Bolivie", a-t-il déclaré dans un communiqué.

"Ces événements envoient un signal fort aux régimes illégitimes du Venezuela et du Nicaragua, que la démocratie et la volonté du peuple triompheront toujours", a-t-il ajouté.

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, qui avait dénoncé le "coup d'Etat" de dimanche contre M. Morales, a répondu à Donald Trump: "Nous sommes prêts pour la bagarre".

"Je renonce à mon poste de président". La déclaration dimanche soir du leader indigène mettait fin à une journée marquée par de nouvelles violences dans les rues, un appel de l'OEA à de nouvelles élections et des démissions en série de ministres et de députés, après les attaques contre certains d'entre eux.

Evo Morales s'était retrouvé de plus en plus isolé tandis que la crise politique s'accélérait soudainement dans ce pays andin où grève générale et manifestations paralysaient l'activité depuis une dizaine de jours

Mais le coup fatal a été porté par l'armée et la police, qui lui ont retiré dimanche leur soutien dans l'après-midi, l'appelant à démissionner "pour le bien de la Bolivie".

La police a immédiatement arrêté la présidente du Tribunal suprême électoral (TSE), Maria Eugenia Choque, ainsi que son vice-président, sur ordre du parquet qui enquête sur des irrégularités commises dans le scrutin d'octobre.

Lundi, le ministre de l'Intérieur Carlos Romero, un des derniers à ne pas avoir donné sa démission, s'est réfugié dans l'ambassade d'Argentine à La Paz, a dit une source diplomatique à l'AFP. L'ex-ministre de la Planification Mariana Prado et un ex-fonctionnaire d'un rang moins élevé se trouvent aussi dans cette ambassade.

Dimanche soir, des milliers de Boliviens ont déferlé dans les rues pour célébrer le départ d'Evo Morales, après la violente vague de contestation au cours de laquelle trois personnes ont été tuées et 383 blessées.
Mardi 12 Novembre 2019 - 10:03

Atlasinfo (Source afp)




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