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"Avortement illégal" au Maroc: procès reporté, Hajar Raissouni reste en détention


Mardi 10 Septembre 2019 modifié le Mardi 10 Septembre 2019 - 12:21




"Avortement illégal" au Maroc: procès reporté, Hajar Raissouni reste en détention
La justice marocaine a décidé lundi de renvoyer au 16 septembre le procès pour "avortement illégal" d'une journaliste marocaine, avant de rejeter sa demande de liberté.

Hajar Raissouni, 28 ans, reporter du quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum, risque jusqu'à deux ans de prison aux termes du code pénal marocain qui sanctionne l'avortement quand la vie de la mère n'est pas en danger. Elle est également poursuivie pour "débauche" (sexe hors-mariage).

L'équipe de défense, groupant une vingtaine d'avocats, a longuement plaidé pour sa remise en liberté devant une salle comble, en mettant notamment en avant "les contradictions entre les dispositions constitutionnelles relatives aux libertés et l’appareil judiciaire".

Le tribunal de Rabat a délibéré pendant plusieurs heures avant de rejeter leur demande.

Arrêtés et jugés en même temps qu'elle, son fiancé soudanais, le médecin traitant, un infirmier et une secrétaire médicale vont eux aussi rester en prison jusqu'à la prochaine audience, selon les avocats de la défense.

L'affaire a suscité ces derniers jours un débat indigné dans les médias et sur les réseaux sociaux, avec des questions sur les libertés individuelles au Maroc, sur le droit des femmes à disposer de leurs corps ou sur le respect de la vie privée.

"On l’a arrêtée, on l’a placée en détention et après on a cherché les preuves d’un possible avortement, le dossier est vide", selon son avocat Saad Sahli.

Le parquet de Rabat, lui, assure que cette arrestation "n'a rien à voir avec sa profession de journaliste" mais est intervenue dans le cadre d'une enquête judiciaire plus globale visant le cabinet médical.

L'arrestation de Hajar Raissouni par la police judiciaire a eu lieu à l'entrée de l'immeuble où se trouve la clinique, alors qu'elle s'apprêtait à quitter en compagnie d'une personne de nationalité étrangère, et non pas sur la voie publique, comme rapporté dans certains réseaux sociaux, a précisé le procureur, ajoutant que Hajar.R a décliné au médecin, ayant effectué l'opération d'avortement, une identité autre que la sienne, lequel fait est consigné dans les registres du médecin dans la clinique, lieu de l'opération.

Depuis son arrestation, féministes et défenseurs des droits humains avaient appelé à sa libération dans différents messages de soutien.

Lundi, quelques centaines de personnes se sont rassemblées devant le tribunal avant l'ouverture de l'audience pour apporter leur soutien à la journaliste au nom du respect des libertés individuelles.

Interpellé cette semaine sur le sujet, le porte-parole du gouvernement a rappelé que la révision du code pénal -y compris les dispositions concernant l'avortement- figurait à l'ordre du jour des débats parlementaires.

Le Conseil national des droits de l'homme (CNDH) a déclaré lundi "suivre avec intérêt le débat sur les libertés individuelles et la question de l’interruption volontaire de la grossesse" et prévoir de "présenter des recommandations d'amendement du code pénal" dans les prochains jours.

En 2018, la justice marocaine a poursuivi 14.503 personnes pour "débauche", 3.048 pour "adultère", 170 pour "homosexualité" et 73 pour "avortement", selon les chiffres officiels. Entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc, selon des estimations d'associations.

Mardi 10 Septembre 2019 - 09:40

Atlasinfo (avec AFP)




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