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Au Maroc, une ligne téléphonique anti-corruption fait tomber fonctionnaires et intermédiaires


Lundi 21 Mai 2018 modifié le Samedi 26 Mai 2018 - 08:17

Narjis Rerhaye (A Rabat)




C’est un centre d’appels pas comme les autres. Ceux et celles qui y opèrent sont des cadres de la présidence du ministère public. Tous les joursils reçoivent des appels de citoyens qui téléphonent pour dénoncer un acte de corruption ou un abus de pouvoir dont ils seraient victimes. En ce mois de Ramadan, les dénonciateurs qui entendent obtenir justice peuvent téléphoner entre 9h et 15h. L’appel est facturé au tarif normal, histoire de dissuader les plaisantins et autres faux dénonciateurs.

En 48 heures après l’activation de cette ligne téléphonique anti-corruption, 355 appels ont été enregistrés. Les premières interpellations ont commencé. Les gardes à vue aussi. A Fès, Sidi Benour ou encore Inezgane, des fonctionnaires mais aussi des intermédiaires ont été appréhendés en flagrant délit de corruption.

La machine est en marche. Et à la présidence du ministère public, on entend aller jusqu’au bout de l’entreprise. Le lancement de la ligne téléphonique a été accompagné d’une campagne de communication. Un spot a été réalisé pour informer le grand public de l’existence de ce numéro créé pour dénoncer les actes de corruption ou de chantage et, surtout, inciter les citoyens à ne plus accepter d’être les victimes expiatoires qui doivent payer pour obtenir leurs droits.

Ici, la dénonciation ne se confinera pas au seul enregistrement. Cité par nos confrères du site d’information « Huffpost Maghreb », un magistrat explique la procédure et les rouages d’une machine qui se met rapidement en branle pour qu’un crime comme celui de la corruption ne reste pas impuni. Dès qu’un citoyen appelle, affirme-t-il, pour dénoncer une corruption, un abus de pouvoir, un détournement de fonds ou encore une dilapidation de deniers publics, il est transféré à l’un des cinq juges en charge de traiter ce genre d’affaires. Les juges en question doivent recueillir tous les détails de la dénonciation en question. Un préalable pour qu’une action soit enclenchée. Avec le procureur du roi opérant dans la région concernée par le crime et la police judiciaire, un piège est mis en place pour procéder à l’interpellation, en flagrant délit, du fonctionnaire corrompu.

Ce n’est pas la première fois qu’une ligne téléphonique est mise en place pour dénoncer la corruption. En juin 2015, un numéro vert garantissant l’anonymat des dénonciateurs avait été installé par le ministère de la justice, dans le cadre d’un programme supervisé par la direction des affaires pénales de ce département. Un premier bilan réalisé 30 mois après l’installation de ce numéro montrait toute les limites du programme : 36 cas de poursuites judiciaires à peine. En cause, les dénonciateurs qui ne veulent pas aller jusqu’au bout de leur démarche en refusant de déposer plainte.

La guerre contre la corruption et l’impunité a commencé. C’est en tout cas le message que veut faire délivrer la présidence du ministère public. Du côté de la société civile, on croise les doigts tout en faisant remarquer que les membres de la commission nationale contre la corruption, prévue la constitution adoptée en 2011 et créée six ans plus tard, en octobre 2017. n’ont toujours pas été nommés.


Lundi 21 Mai 2018 - 21:10





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