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Zone EURO : la Banque centrale européenne (BCE) renvoie les Etats de la zone euro à leurs responsabilités budgétaires.


Didier Lacaze, analyste financier SFAF


Devant la dramatisation brutale de la situation de la Grèce, les dirigeants européens se sont réunis dans l’urgence le premier week-end de mai pour établir un constat lucide de la détérioration de la situation hellène et des risques de contagion liés à une cessation de paiements de l’Etat grec. Le Conseil des ministres des Finances et de la zone euro et le FMI ont donc été amenés à avancer la publication des modalités supplémentaires du plan d’assistance financière à la Grèce qui provoquait tant d’émoi sur les marchés.




1) La première tranche de l’aide s’élèvera à 45 milliards d’€ en 2010. Au total, sur la période 2010-2012, 110 milliards d’€ seront débloqués. Ce montant se décompose entre une enveloppe de 80 milliards d’€ de la zone euro (prêts bilatéraux) et une contribution de 30 milliards d’€ du FMI (crédit stand-buy). Notons que le montant de l’aide ne couvre pas entièrement les besoins de financement de la Grèce pour les trois prochaines années.
2) En contrepartie, la cure d’austérité de la Grèce est durcie, avec toute une série de nouvelles mesures d’ajustement (hausse supplémentaire de la TVA, des taxes et droits perçus sur les alcools et tabac, gel des salaires et des retraites de la fonction publique, suppression des 13ème et 14ème mois de salaires des fonctionnaires, libéralisation du marché du travail, réforme du système des retraites, …). L’objectif déclaré est de ramener le déficit public de 15% en 2010 à 3% en 2014 (et non plus en 2012 comme précédemment planifié). Le taux de la dette publique devrait atteindre 150% en 2013, puis commencer à décroître. La croissance du PIB devrait redevenir positive à compter de 2012.

Dernier point, la BCE annonçait, lundi 3 mai, la suspension de la règle de rating minimal pour l’éligibilité des titres publics grecs aux opérations de refinancement. En clair, la BCE ne tiendra plus compte de la notation des emprunts d’Etat grecs par les Agences de notation pour les accepter en tant que garantie de ses prêts.

Ce traitement privilégié, le premier accordé à un Etat membre de la zone euro, a été diversement apprécié par les investisseurs. Les investisseurs anglo-saxons en ont déduit que la BCE pourrait à l’avenir acheter directement des emprunts d’Etat pour enrayer la crise obligataire que traverserait un Etat fragilisé de la zone euro. Or cette option contreviendrait formellement à l’article 21 des statuts de la BCE, ce qui provoquerait immanquablement la sortie de l’Allemagne de la zone euro… et la condamnation à la disparition de la devise européenne !
Cette perspective a affolé les marchés, et l’euro s’est trouvé attaqué, dégringolant jeudi après-midi à 1,2655 dollar, soit son plus bas niveau depuis 14 mois.

Pour calmer les inquiétudes, M. Jean-Claude Trichet, président de la BCE, a réaffirmé à l’issue de la réunion de jeudi de l’institution, « l’attachement inflexible » de la BCE à son mandat. Le Conseil des Gouverneurs de la BCE « n’a tout simplement pas évoqué la perspective d’acheter des titres publics » a-t-il encore précisé.

Il a estimé « que l’Espagne et le Portugal n’était pas dans le même bateau (que la Grèce) et qu’aucun pays de la zone euro n’était dans une situation financière comparable à celle de la Grèce ». Enfin, M. Trichet a renvoyé les gouvernements face à leurs responsabilités, indiquant qu’ils avaient retiré énormément d’avantage du passage à l’euro, mais que ce dernier nécessitait une attitude budgétaire responsable !

Cette profession de foi n’a cependant pas convaincu les intervenants, persuadés de la fragilité de la dette souveraine du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, et peut-être d’autres pays. Et, ils relèvent aussi que la BCE a maintenu son taux de refinancement à 1%, alors que la Banque aurait pu l’assouplir pour alléger le coût de la liquidité.

Les Bourses européennes ont été fatalement extrêmement malmenées et terminent sur des plus bas annuels. Les craintes d’une nouvelle crise bancaire, comparable à celle du subprime, affolent les opérateurs, qui craignent des dégradations en chaîne de la note des Etats. Hier, l’Espagne a réussi à lever 2,345 milliards d’€ de Bons du Trésor à cinq ans, mais à un taux de 3,53% contre 2,81% le 4 mars, … supérieur à celui de la Thaïlande !

Pour l’instant la France n’est pas menacée, mais elle pourrait subir à son tour des abaissements de note des Agences de notation au vu de l’état de ses finances publiques (déficit budgétaire 2009 de 139 milliards d’€). Ce n’est peut-être pas un hasard, si le premier ministre M. François Fillon vient d’annoncer un gel de la dépense publique (budget de l’Etat, des collectivités territoriales et de la Sécurité sociale)…

Atlasinfo.fr


Vendredi 7 Mai 2010 - 10:42



Vendredi 7 Mai 2010 modifié le Vendredi 7 Mai 2010 - 10:48

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