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Yassine Belattar sur la Présidentielle française: " Cette élection est "folle" et "navrante"


Jeudi 20 Avril 2017 modifié le Samedi 22 Avril 2017 - 15:25

Ancien soutien de François Hollande, Yassine Belattar est humoriste, animateur radio et producteur franco-marocain. Il livre à Atlasinfo son analyse sur cette élection présidentielle qui interpelle et déroute. il a d'ailleurs appelé son spectacle "Dernière avant Marine". Ce sera le 4 mai au Bataclan.

Propos recueillis par Ghizlaine Badri




Yassine Belattar: Quel regard portez-vous sur l' élection présidentielle en France ?

La situation est tragique. Cette élection présidentielle, qui n’est pas comme les autres, ne présage rien de bon. Entre Benoit Hamon et Jean Luc Mélenchon, l’alliance n’a pas eu lieu car Ils n’ont pas su trouver un terrain d’entente. La campagne électorale n’est pas une campagne sur des programmes mais une campagne de postures et de vagues : Il y a eu la vague Macron, la vague Mélenchon, la vague Fillon. Seul Benoit Hamon n’a pas eu sa vague. Je peux affirmer que tout en étant réaliste, il y a du pessimisme dans cette dernière ligne droite. L’état de la France à la sortie d’un quinquennat de gauche est une réalité difficile à ignorer. A l’issue de ces élections, si l’extrême droite passe, il faut s’attendre à un durcissement à l’égard des étrangers et des musulmans de France en général. La question qui se pose alors est la manière de concilier République et l’islam. Nous vivons des temps durs et la problématique est navrante. Nous assistons à une montée d’un certain populisme, notamment avec Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon. Si le candidat de la « France insoumise » est élu, nous allons avoir des conséquences économiques à l’échelle mondiale et sur le rayonnement de la France à l’international. Sa campagne ressemble plus à celle de quelqu’un qui veut régler ses comptes avec la gauche, vexé par le traitement que son ancien parti lui a infligé que celle d’un futur président de la république qui veut réellement prendre le pouvoir pour changer les choses. Concernant Marine le Pen, c’est une bonne agricultrice qui ne sème rien mais récolte beaucoup.

Marine le Pen est au plus haut dans les sondages. Est-ce qu’il vous arrive d’envisager une France sous la bannière du Front National ?

Je n’ai pas besoin de l’envisager car c’est déjà le cas. Il y a un racisme latent qui s’est développé en France. C’est palpable. Quand je vois ce qui se passe sur certains plateaux de chaînes de télévision où l’on déclare que l’Islamophobie est un fantasme, je ne m’inquiète pas pour le Front National. Il a de beaux jours devant lui. Mais il ne faut pas être trop impressionné par l’élection présidentielle, les vraies interrogations et les véritables enjeux, ce sont ceux des législatives qui suivent dans un mois.

Vous avez déclaré qu’il y a un divorce entre la Gauche et la Banlieue. En tant qu’humoriste quel est votre rôle pour pousser cette Banlieue à aller voter malgré cette dérouté politique ?

Pendant les élections, on use des arguments flatteurs. Mais il faut aussi des arguments raisonnables. Si les promesses ne sont pas tenues, cela engendrera des déceptions. C’est la raison pour laquelle cette élection est « folle ». La banlieue n'est pas acquise à un parti. mais la réalité est que la gauche s’est discréditée. Il y a un clivage aujourd’hui entre la banlieue et le reste de la France. La gauche ne pourra pas s’exonérer de ses responsabilités. Il y a désormais une double accusation. Avant, être banlieusard posait problème. Aujourd’hui, c’est être banlieusard et musulman qui est problématique. Il est impensable que les gens de la banlieue soient marginalisés et exclus du débat public Il ne faut pas infantiliser la banlieue. Il y a des jeunes qui ont d’énormes potentialités, des rêves et des attentes. Il y a aussi des familles.

Vous avez déclaré dans une tribune à libération que «Benoît Hamon n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est simple». vous avez été très critique à son égard. Quelles en sont les raisons ?

Benoit Hamon est trop proche de Coubertin dans un contexte qui ne l’est pas. Il ne suffit pas de participer mais de gagner et tous les coups sont permis. Et le candidat de la « France métissée », n’est pas dans cette dynamique, le résultat est que Jean Luc Mélenchon le devance largement. Il a voulu rester digne face à Manuel Valls, mais il a été abandonné par l’ancien Premier ministre et toute son équipe. C’est une succession de malheurs d’un garçon bien trop élevé pour faire de la politique. Benoit Hamon aurait été parfait sous la 4ème république. Il portera sur ses épaules l’échec et la fin du Parti socialiste dont il n’est pas responsable.

Comment aborder la politique après ces élections. Peut-on toujours y croire ?

Il est temps de croire en nous et dans notre rapport à la politique. La politique gère notre sphère publique. Il reste difficile de s’en séparer. Nous avons la politique qu’on mérite. Il est tant de prendre notre destin en main.


Jeudi 20 Avril 2017 - 18:56