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Une coupe pleine de questions pour l'autonomie du sport (Le Monde)


Lundi 12 Juillet 2010 modifié le Jeudi 15 Juillet 2010 - 22:20

La Coupe du monde de football qui s'est terminée le 11 juillet a mis en évidence la plupart des questions cruciales qui se posent pour la gouvernance et l'autonomie du sport en ce début de XXIe siècle. La FIFA (Fédération internationale de football association) – la plus riche et la plus puissante des organisations sportives – a dû fournir des réponses rapides à ces questions qui, de toute façon, concernent le sport mondial dans son ensemble.




Une coupe pleine de questions pour l'autonomie du sport (Le Monde)
La controverse la plus flagrante a porté sur l'arbitrage dont les nombreuses erreurs ont changé le cours de la Coupe. La FIFA a repoussé une fois encore l'introduction de l'assistance vidéo pour les arbitres en se réfugiant derrière l'International Board qui détermine les règles du jeu (et qui a le même président que la FIFA), alors que de nombreux autres sports la pratiquent depuis longtemps. Elle avance l'argument de l'universalité de ses règles (qui doivent pouvoir être facilement appliquées dans le monde entier) au risque de mettre en danger la crédibilité de ses compétitions. Le choix entre les arbitres et les caméras est cornélien, mais la question pertinente est la suivante : jusqu'à quel point les organisations sportives peuvent-elles résister aux pressions médiatiques sur les règles de leur sport ?

L'intégrité des résultats de la Coupe a aussi peut-être été mise à mal par des parieurs. C'est en tout cas ce que prédisaient plusieurs experts dont Declan Hill (auteur du best seller The Fix qui explique comment des centaines de matchs sont truqués par diverses mafias) et Lord Triesman (alors président de la candidature anglaise à la Coupe du monde 2018). La FIFA a mis en place un système de surveillance et déclare ne pas avoir repéré de paris anormaux dans les données transmises par les opérateurs officiels de paris. Mais on sait que les paris illégaux dominent et que les joueurs, comme les arbitres, peuvent être facilement tentés. Le Comité international olympique (CIO) a récemment organisé à Lausanne une conférence pour proposer des recommandations contre les paris irréguliers. Mais que peuvent vraiment faire les organisations sportives pour contrôler ce phénomène délétère sans une intervention massive des pouvoirs publics ?

Autre grave problème du sport mondial dont il n'a quasiment pas été question lors de la Coupe du monde : le dopage. La FIFA a déclaré qu'aucun cas n'a été détecté avant ou pendant (comme d'ailleurs depuis longtemps dans aucune compétition qu'elle contrôle). Il faut toutefois savoir que seulement deux joueurs de chaque équipe ont été testés par match et que l'Agence mondiale antidopage n'a pu envoyer une équipe d'observateurs sur place pour contrôler la régularité des tests, comme d'ailleurs en 2006 en Allemagne. La question se pose : certaines organisations sportives en font-elles assez en matière de lutte contre le dopage ?

Le début de la Coupe a vu l'élimination rapide de plusieurs équipes dont il était beaucoup attendu de la part des fans comme des ministres présents sur place. Certaines de ces défaites sans gloire sont devenues des affaires d'Etat supplantant des sujets beaucoup plus sérieux, notamment en France et au Nigéria. Le président et le parlement français ont organisé plusieurs réunions pour remettre le football tricolore sur le droit chemin, entrainant au passage la démission du président de la Fédération française de football. Le président nigérian a décidé de retirer pendant deux ans son équipe des compétitions internationales pour faire de l'ordre dans les structures footballistiques de son pays. Ces deux interventions n'ont pas plu à la FIFA qui a menacé de suspension les deux fédérations nationales (ce qui aurait provoqué le même effet que celui souhaité par le président nigérien), puis a finalement calmé le jeu. Elle y voyait une interférence des autorités publiques sur le pouvoir sportif. Par ailleurs, on apprenait qu'elle renonçait à sa règle "6+5" sur le nombre de joueurs "étrangers" sur le terrain, contraire au droit européen. De quelle autonomie les organisations sportives peuvent-elles et doivent-elles vraiment jouir vis-à-vis des pouvoir publics qui financent en grande partie le sport ?

DES RÉPONSES DEVRONT ÊTRE TROUVÉES PAR LA FIFA

Les deux autres grandes sources de financement du sport sont les droits de retransmission télévisée et le sponsoring. Dans ce domaine la FIFA est reine puisqu'elle a obtenu pour 2010 environ 2,5 milliards de dollars et 750 millions de dollars respectivement des télévisions et de ses sponsors. De nombreuses sociétés ne peuvent plus payer ces droits faramineux et recourent au marketing pirate. Une bière néerlandaise a ainsi recruté une quarantaine de mannequins toutes habillées d'orange pour assister aux matchs de l'équipe hollandaise et ainsi attirer l'attention des caméras. Elles furent expulsées du premier match de leur équipe, mais la FIFA renonça à poursuivre leur commanditaire faute de base juridique suffisante. Adidas a par contre payé cher le titre de fournisseur officiel du ballon de la Coupe. Mais ce ballon est fort critiqué par certains joueurs comme par hasard sponsorisés par d'autres marques. Face à l'imagination sans limite des publicitaires, comment les organisations sportives peuvent-elles protéger leurs marques (et leur revenus) ?

Du fait des enjeux économiques énormes, les risques de corruption ont décuplé. En pleine Coupe du monde, le procureur du canton de Zoug a publié une déclaration selon laquelle des officiels non suisses de la FIFA (dont les noms restent secrets) ont touché des millions de pots-de-vin de la société ISMM-ISL chargée de commercialiser les droits de la Coupe jusqu'à sa faillite en 2001. Parallèlement, la fédération australienne de football a reconnu avoir offert des colliers de perles aux épouses des membres du comité exécutif de la FIFA dans le cadre de son lobbying pour l'organisation de la Coupe du monde 2018. Comment va réagir la FIFA et que font les organisations sportives pour lutter contre la corruption de leurs dirigeants ?

La candidature de l'Afrique du Sud pour 2006 avait sans doute été victime de ce fléau, mais finalement le pays décrochait la première Coupe du monde en Afrique pour 2010. En échange, il a dû construire ou fortement rénover dix stades dans des conditions de travail déplorables pour les ouvriers (campagne "Hors jeu" de l'OSEO). La capacité de ces stades dépasse très largement l'audience moyenne des matchs réguliers du championnat de football sud africain. Quel sera leur usage après la finale ? Seront-ils entretenus dans un pays qui a d'autres priorités ? Plus généralement, grands événements sportifs et développement durable sont-ils vraiment compatibles ?

Des réponses à toutes ces questions devront être trouvées par la FIFA et les autres organisations sportives dans le cadre de partenariats mérités et d'une autonomie négociée avec les pouvoirs publics.

Jean-Loup Chappelet a publié L'autonomie du sport en Europe (Editions du Conseil de l'Europe, mai 2010).

Jean-Loup Chappelet, professeur à l'Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP), Lausanne (Suisse)
Lundi 12 Juillet 2010 - 22:27





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