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Un ancien diplomate français publie ses impressions après un voyage en Algérie: « L’Etat DRS contrôle la vie du pays »


Lundi 21 Mai 2012 modifié le Lundi 21 Mai 2012 - 19:34




Denis Bauchard, ancien haut‑diplomate au Quai d'Orsay et conseiller auprès de l'Institut français des relations internationales, a séjourné en Algérie peu avant les élections législatives où il a notamment animé des conférences dans plusieurs universités. De retour en France, il a rédigé un compte‑rendu de son voyage dont le texte a été publié sur le site du journal Le Figaro. Le document montre à quel point l’image de l’Algérie s’est dégradée à l’extérieur, sur tous les plans.

L’ancien diplomate dresse un tableau noir de la situation en Algérie. « L’Algérie possède de nombreux atouts pour assurer une croissance économique qui permette à sa population d’avoir un emploi et des conditions de vie convenables. Or ce n’est pas le cas », écrit‑il. Il évoque « Un malaise multiforme, notamment chez les jeunes » et une vie économique malsaine « perturbée par les grands et petits trafics en tout genre ». Il décrit également une administration incompétente et corrompue.

« La première impression à l’arrivée en Algérie est celle d’un délabrement généralisé : délabrement des immeubles non entretenus, maisons écroulées ou abandonnées en pleine ville, comme dans la casbah d’Alger. L’accumulation d’ordures et de gravats frappe également le visiteur, y compris dans le centre des villes et dans les quartiers résidentiels. Les rues, les routes, les trottoirs sont en mauvais état, parsemés de nids‑de‑poule quand ils ne sont pas effondrés. L’éclairage public est aléatoire », écrit l’ancien diplomate français. En cause, une administration qui fonctionne mal et un « État DRS » omniprésent.

« Même si l’État DRS est affaibli, il reste omniprésent et contrôle la vie du pays dans tous ses aspects. Le dispositif sécuritaire reste très important : près d’un million de personnes participent au maintien de l’ordre au sens large, si l’on ajoute à l’armée, la police et la gendarmerie, les gardes communaux et la Protection civile. Au niveau local, les walis, l’équivalent des préfets, qui exercent des fonctions administratives mais également politiques, détiennent tous les leviers du pouvoir, y compris dans le domaine financier. Les collectivités locales, notamment les maires, ne sont que des exécutants. Or cette administration, malgré des cadres formés par l’ENA algérienne, fonctionne mal. »

Selon Denis Bauchard, en dépit d’une certaine ouverture, la vie politique est contrôlée par le pouvoir. « Certes, le pouvoir est détenu par ce que les Algériens appellent "le Conseil d’administration", qui regroupe le président, le DRS – Département de recherche et de sécurité, successeur de la Sécurité militaire – et l’état‑major des armées. Il contrôle étroitement la redistribution de la rente et l’économie algérienne, directement ou indirectement. Cependant il ne s’agit pas d’une dictature militaire à proprement parler, mais d’un régime collégial qui s’accorde des privilèges particuliers, voire des prébendes lucratives », écrit‑il. « Une certaine liberté existe : liberté syndicale, liberté d’entreprendre, liberté d’expression, mais, comme le soulignent les grandes ONG, la situation des droits de l’Homme demeure préoccupante », ajoute‑t‑il.

Dans ce contexte, l’Algérie vit « un malaise profond », selon l’ancien diplomate français. « Dans ce pays à la population largement assistée, un malaise profond existe qui se manifeste de différentes façons : multiplication des conflits sociaux ou des contestations locales, gérés par les Walis au cas par cas ; désintérêt à l’égard de la vie politique (…). À cela s’ajoute l’absence de loisirs : faible nombre de clubs de sports, disparition des cinémas et des théâtres, installations culturelles mal entretenues et sans véritable programmation, offre désuète et médiocre des bibliothèques publiques, y compris universitaires, rareté et cherté des livres, sauf ceux à caractère religieux largement diffusés par les fondations du Golfe, tristes cafés qui ne sont fréquentés que par des hommes et où l’alcool est interdit. La seule distraction reste le poste de télévision pour regarder des programmes étrangers – feuilletons américains, européens, indiens, ou turcs – ou des DVD pirates ne coûtant que 1,5 €, qui permettent de s’évader dans des pays fantasmés », note le diplomate.


Lundi 21 Mai 2012 - 17:39

Source TSA




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