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Turquie : Erdogan, le "Chef" veut un pouvoir incontestable


Dimanche 16 Avril 2017 modifié le Lundi 17 Avril 2017 - 08:59

Homme providentiel pour une partie de la Turquie, despote en devenir pour l'autre, le président Recep Tayyip Erdogan a remporté de peu dimanche un référendum constitutionnel destiné à asseoir son pouvoir, neuf mois après avoir échappé à un putsch.




Turquie : Erdogan, le "Chef" veut un pouvoir incontestable
En quête d’un plébiscite, le «Reïs» («Chef»), comme ses partisans le surnomment, avait jeté toutes ses forces dans la bataille, galvanisant les foules aux quatre coins de la Turquie.

Mais la courte victoire obtenue dimanche et que l’opposition conteste montre à quel point la Turquie est coupée en deux après 15 ans de règne de M. Erdogan. Si une moitié adule le président turc, l’autre moitié l’abhorre.

Le projet de révision de la loi fondamentale validé par une majorité de Turcs octroie au président des prérogatives considérablement élargies, qu’aucun dirigeant n’a eues depuis le fondateur de la République, Mustafa Kemal.

Pour les sympathisants de M. Erdogan, cette réforme est nécessaire pour assurer la stabilité au sommet de l’Etat. Mais ses détracteurs accusent l’actuel président de dérive autocratique et de remodeler la Constitution pour assouvir sa soif de pouvoir.

Âgé de 63 ans, Recep Tayyip Erdogan a vécu l’une des années les plus mouvementées de sa longue carrière politique, avec notamment un putsch manqué, une dégradation des relations avec l’Europe et une vague d’attentats qui a ensanglanté la Turquie.

Pendant la campagne, le président turc aura déployé ses qualités de tribun hors pair qui ont largement contribué à sa longévité politique, faisant des discours truffés de poésie nationaliste et d’extraits du Coran.

«Erdogan est un imam, au sens d’orateur capable de galvaniser les foules, de les faire pleurer ou de leur faire peur», souligne Samim Akgönül, professeur à l’université de Strasbourg (est de la France).

- Héritage -


S’il est souvent dépeint en Occident comme un sultan indétrônable, M. Erdogan est avant tout un redoutable homme politique qui a remporté toutes les élections -une dizaine- depuis l’arrivée au pouvoir de son parti, l’AKP, en 2002.

Et sa réputation de dur à cuire s’est renforcée après la tentative de coup d’Etat qui a manqué de le renverser dans la nuit du 15 au 16 juillet.

L’image de M. Erdogan appelant cette nuit-là le peuple au secours à travers l’écran d’un smartphone, le visage livide, a marqué les esprits, autant que son arrivée triomphale au principal aéroport d’Istanbul au petit matin, signalant la défaite des putschistes.

M. Erdogan, qui domine la politique turque depuis 15 ans, semble déterminé à laisser une trace profonde dans l’histoire de son pays. «Un homme meurt, son oeuvre lui survit», répète souvent le chef de l’Etat, multipliant les références aux sultans.

Ses gigantesques projets d’infrastructures ont d’ores et déjà transformé le visage de la Turquie, et en particulier d’Istanbul, où un troisième pont enjambe désormais le Bosphore, également traversé par plusieurs tunnels.

Né à Kasimpasa, un quartier populaire d’Istanbul, M. Erdogan se targue souvent d’avoir des origines modestes. Eduqué dans un lycée religieux, vendeur de rue, «Tayyip» a un temps caressé le rêve d’une carrière de footballeur, avant de se lancer dans la politique au sein de la mouvance islamiste.

Elu maire d’Istanbul en 1994, il triomphe en 2002 lorsque l’AKP remporte les législatives et devient Premier ministre un an plus tard, une fois levée une peine de prison reçue pour avoir récité en public un poème religieux.

- Jusqu’en 2029 ? -

Le «Kaptan» («Capitaine»), un de ses surnoms, reste pour ses partisans l’homme du miracle économique et des réformes qui ont libéré la majorité religieuse et conservatrice du pays de la domination de l’élite laïque.

Mais depuis les grandes manifestations antigouvernementales du printemps 2013, brutalement réprimées, il est aussi devenu la personnalité politique la plus critiquée de Turquie, ses détracteurs dénonçant une dérive autoritaire et islamiste.

Dans le cadre de l’état d’urgence en vigueur depuis le putsch avorté, les autorités ont multiplié les arrestations d’opposants prokurdes et de journalistes critiques accusés de «terrorisme».

Certains analystes estiment toutefois que le président turc, réputé pragmatique, en dépit de son tempérament de feu, pourrait adoucir le ton avec l’Europe et faire un geste d’ouverture en direction des Kurdes après le référendum.

La révision constitutionnelle qui a été soumise au vote des Turcs dimanche permettra en théorie à M. Erdogan de rester au pouvoir jusqu’à au moins 2029. Il serait alors âgé de 75 ans.

AFP
Dimanche 16 Avril 2017 - 23:49





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