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Tunisie : Nessma TV fait de la laïcité son nouveau fonds de commerce


Samedi 15 Octobre 2011 modifié le Samedi 15 Octobre 2011 - 13:48

«Nessma une chaîne moderniste du Maghreb, on ne se laissera pas intimider et nous continuerons à diffuser les films qu'on veut. On n'a pas chassé une dictature pour revenir à une autre.» Nabil Karoui, P-DG de Nessma TV




Nabil Karoui, P-DG de Nessma TV
Nabil Karoui, P-DG de Nessma TV
A quelques jours des premières élections démocratiques en Tunisie, la chaîne de télévision privée Nessma TV a été attaquée par environ 300 islamistes, a rapporté la presse française, qui a fait circuler l'information sur les sites des chaînes françaises comme TF1, France Télévision mais aussi sur les sites du Monde ou Le Nouvelobs. Tout a commencé après la diffusion vendredi (sacré pour les musulmans) du film d'animation franco-iranien Persépolis traduit pour cette occasion en dialecte tunisien. Ce film qui met en image Dieu sous la forme d'un vieil homme avec une longue barbe blanche a provoqué un véritable tollé, notamment sur Facebook. Les messages d'indignation et d'insultes envers la chaîne se sont multipliés à une vitesse vertigineuse. Un événement a été créé pour organiser une manifestation et «fermer» la chaîne, a rassemblé beaucoup de personnes. Une tentative d'attaque sur le local de Nessma TV a été avortée par les forces de l'ordre. Ces dernières ont dû employer, des bombes lacrymogènes pour repousser ces attaques. Les forces de l'ordre ont par ailleurs arrêté une trentaine de personnes, a indiqué Hichem Meddeb, porte-parole du ministère tunisien de l'Intérieur. Il faut dire que la représentation de Dieu, sous n'importe quelle forme, est considérée par les musulmans comme un blasphème, mais ce qui a irrité le plus, les manifestants parlent d'une campagne de Nessma TV contre les partis islamistes et plus particulièrement Ennahda de Ghennouchi, qui est présenté par les instituts de sondage comme vainqueurs dans la prochaine élection en Tunisie. Pour preuve, Nessma TV a organisé après la diffusion du film un débat faisant le lien entre l'histoire du film et la Tunisie, si jamais un parti islamique prenait le pouvoir, allusion faite à l'instauration de la République islamique en Iran dénoncé par Persépolis. Il y a deux ans, avec la série "House of Saddam" dont l'acteur principal est Israélien, Nessma TV avait été accusée d'être de mauvaise foi. Durant le Ramadhan 2009, elle s'est distinguée en diffusant le feuilleton iranien Youcef Seddik, qui avait été interdit dans la majorité des pays arabes car il personnifiait l'un des gens du Livre Saint. Durant le Ramadhan 2010, Nessma TV récidive en diffusant le feuilleton polémique «Hassen oua El hussein», qui avait été refusé dans certains pays arabes, car il donnait la parole aux compagnons du prophète Ali. Bref, Nessma TV, qui applique un style audiovisuel très décolleté, comme on le voit sur les télévisions de Berlusconi, n'a jamais censuré les baisers ou les scènes dénudées des films occidentaux qu'elle diffuse. Une manière de se démarquer des autres télévisions maghrébines et surtout de revendiquer cette identité occidentale non déclarée. Cet acte va en tout cas comme pour le documentaire Ni Allah, ni maître, de Nadia El feni, faire de Nessma TV une victime de l'islamisme politique et devenir aux yeux de certains médias occidentaux comme une icône de laïcité.

Les raisons de la volte-face du patron de Nessma TV

«La faute du troupeau vient du berger» Proverbe arabe

Moins de soixante-douze heures après la violente controverse suite à la diffusion du film franco-iranien Persepolis et ses déclarations politiques sur les chaînes françaises, le patron de la chaîne privée tunisienne Nessma TV, Nabil Karoui, a présenté ses excuses pour la séquence qui a provoqué la colère des islamistes et relancé le débat sensible sur l'identité arabo-musulmane en Tunisie. Nebil Karoui a préféré s'exprimer sur la radio locale Monastir alors qu'il aurait été plus judicieux de présenter ses excuses sur la chaîne qui a été derrière toute cette polémique. Il a déclaré notamment: «Je m'excuse. Je suis désolé pour tous les gens qui ont été dérangés par cette séquence, qui me heurte moi-même». Le président de Nessma TV a reconnu qu'avoir diffusé cette séquence était une faute et qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de porter atteinte aux valeurs du «sacré». M. Karoui a précisé sur radio Monastir qu'il n'aurait jamais imaginé que cela entraînerait un tel tollé, relevant que Persepolis avait déjà été projeté intégralement dans plusieurs salles en Tunisie sans susciter de remous. Qu'est-ce qui a fait tourner la veste à Nabil Karoui? Il y a selon certaines sources, trois raisons essentielles à cette volte-face du patron de Nessma TV. Il y a eu d'abord la peur de l'extrémisme religieux, des voitures appartenant aux voisins de M. Karoui ont été brûlées, constituant un nouvel indice de menace directe sur le patron de la chaîne, après que des islamistes eurent tenté de brûler les locaux de la chaîne. La deuxième raison est politique: la diffusion du film a relancé un débat sur l'identité arabo-musulmane de la Tunisie alors que le pays est appelé aux urnes le 23 octobre pour les premières élections depuis la chute du régime de Ben Ali. La troisième raison et sans doute celle qui a pesé lourd sur la décision de Nabil Karoui: les islamistes d'Ennahda, que Nabil Karoui a accusé à tort ou à raison d'attaquer sa chaîne, sont présentés comme les favoris du scrutin et leur arrivée au pouvoir risquerait de constituer un danger pour la survie de la chaîne. Nessma TV est sans doute la télévision maghrébine qui ne possède aucun programme religieux. Même durant le Ramadhan, le patron de la chaîne a préféré opter pour des films et des feuilletons qui ne font pas la promotion de l'islam sunnite, (Courant majoritaire dans le Maghreb). Cet incident provoqué par Nessma TV a surtout fait monter la température et donné un indice sur le degré de la religiosité des Tunisiens. Le courant islamiste a même pris de la hauteur, puisque même le gouvernement tunisien a appelé «au respect de la chose sacrée». D'ailleurs ça s'est retourné contre Nessma TV puisqu'une centaine de personnes avaient pris le relais des salafistes et manifesté devant Nessma TV en criant: «Nous ne sommes pas des barbus mais nous défendons l'islam». Un collectif d'une centaine d'avocats, relayant une pétition de citoyens, a déposé plainte lundi contre la chaîne, accusée «d'avoir porté atteinte aux valeurs du sacré», et le procureur de Tunis a ouvert une enquête préliminaire. Nessma TV devra désormais faire attention à ses programmes et visionner avant diffusion, au risque de provoquer une nouvelle fois la colère des Tunisiens et celle des Maghrébins en général.


Samedi 15 Octobre 2011 - 13:36

Source Alterinfo




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