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Tunisie: Ennahda tient le congrès de la rupture entre "la prédication" et "le politique"


Samedi 21 Mai 2016 modifié le Samedi 21 Mai 2016 - 09:11

Le mouvement islamiste d’Ennahda a lancé, vendredi à Radès (banlieue de Tunis), les travaux de son 10ème congrès national, avec l’espoir de réaliser la rupture entre "la prédication" et "le politique", dictée par les mutations dans le pays et l’ensemble de la région.




Essebsi (D) présent à l’ouverture du congrès d’Ennahdha
Essebsi (D) présent à l’ouverture du congrès d’Ennahdha
Le moment fort de la séance inaugurale, tenue dans la salle olympique de Radès, fut l’allocution du président Béji Caid Essebsi, qui a loué "le progrès" accompli par le mouvement dans le sens de la transformation en "parti civil débarrassé du totalitarisme doctrinal et du monopole de la religion".

Sous les applaudissements de milliers de militants, le chef de l’Etat, qui fut un temps l’ennemi juré du puissant mouvement islamiste, s’est réjoui de l’attachement d’Ennahda "à la voie du compromis et de la participation de l’ensemble des Tunisiens pour assurer la continuité de l’Etat et la pérennité du modèle sociétal moderniste".

Il a incité les partisans du mouvement à réaffirmer leur inscription dans l’édification "d’un parti civil tunisien, à cent pour cent", estimant que la mouvance islamiste "ne constitue plus aucun danger pour la démocratie".

L’appel du chef de l’Etat et les exhortations des acteurs tunisiens ont vraisemblablement trouvé un écho chez les dirigeants du mouvement, comme le confirme l’allocution du vice-président Abdelfettah Mourou qui a réitéré la détermination du mouvement "à faire sa mue".

"Nous avons décidé de nous renouveler et d’adhérer à notre époque. Nous sommes fiers d’avoir toujours été novateurs, dans la même mesure où nous souhaitons que la Tunisie puisse s’affranchir de tout ce qui pourrait l’empêcher d’aller de l’avant ", a-t-il détaillé, lançant à plusieurs reprises "la Tunisie avant Ennahda".

Le charismatique chef du mouvement, Rached Ghannouchi, a mis l’accent, quant à lui, sur "l’immunité" organisationnelle de sa formation, en réussissant à tenir ses congrès même à l’époque où elle était interdite.

"Cela démonte que Ennahda est un mouvement institutionnel guidé par la démocratie et le principe de la Choura prescrit par l’Islam", a-t-il considéré.

La séance inaugurale s’est déroulée dans une ambiance festive, en présence de quelque 10.000 personnes entre militants du parti et invités, dont des délégations étrangères.

Les travaux du congrès se poursuivront, tout au long du week-end, à la station balnéaire de Hammamet, à 65 km au sud de la capitale, sous le slogan "Ensemble pour la renaissance (nahda en arabe) de la Tunisie".

Les assises nationales du mouvement, qui fait partie de la majorité, interviennent dans une conjoncture particulière, marquée par des difficultés économique et sociales et surtout un manque de visibilité politique, accentué par des divergences au sein de la coalition gouvernementale conduite par Nidaa Tounès, formation fondée par le chef de l’Etat.

Devenu un acteur incontournable depuis la révolution de 2011, Ennahda se trouve à nouveau sous les feux de la rampe suite à la division du Nidaa en deux partis, ce qui en fait la première force parlementaire du pays, alors qu’il ne semble pas disposé à prendre les rênes du pays, après une expérience infructueuse entre 2012 et 2013.

L’enjeu principal du dixième congrès sera l’officialisation de la rupture entre les deux "ailes" du mouvement, écartelé entre sa vocation initiative de "prédication" et la volonté de se transformer en parti politique "civil".

Les observateurs s’attendent à ce que le camp de la "spécialisation" l’emporte au terme de ce conclave, d’autant que le chef du mouvement Rached Ghannouchi, dont la reconduction semble largement acquise, a multiplié les sorties pour dire son penchant pour un parti national démocratique ouvert à l’ensemble des Tunisiens.
Samedi 21 Mai 2016 - 00:20





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