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Tunisie : Béji Caïd Essebsi, candidat aux prochaines élections présidentielles?


Jeudi 27 Décembre 2012 modifié le Vendredi 28 Décembre 2012 - 11:51




Béji Caïd Essebsi
Béji Caïd Essebsi
Béji Caïd Essebsi, fondateur de Nidaa Tounes, l’a confirmé encore au grand public ! Pour la deuxième fois, l’ex-Premier ministre a affirmé son intention de présenter sa candidature aux prochaines élections présidentielles.

M. Essebsi a précisé, dans une interview accordée au journal émirati Al Bayan, que la prise de cette décision a nécessité une confiance en soi et de grandes discussions avec les autres parties : « A travers cette annonce, nous visons à servir la Tunisie et soulager les Tunisiens de la situation déplorable dans laquelle se trouve le pays, aujourd’hui : « Ennahdha qui conduit la coalition au pouvoir a échoué à tenir ses promesses. Le temps est venu pour que les vrais partisans de la liberté, de la démocratie, de la modernité et de la modération disent leur mot et sauvent leur pays. Ceux qui souhaitent sauver la Tunisie se rassemblent, aujourd’hui, dans un front unique ».

L’ancien Premier ministre n’a pas nié l’existence des désaccords substantiels entre Nidaa Tounes et Ennahdha quant à la compréhension de la nature de la société et de l’Etat tunisien : « Même en ce qui concerne la compréhension des valeurs de liberté, de démocratie…nous avons des stratégies différentes, chacun possède sa propre conception de la gestion des objectifs de la Révolution. Nous sommes avec la continuité, la modernité, le caractère civil de l’Etat, l’esprit de réconciliation nationale,…Toutefois, Ennahdha est totalement aux antipodes de cette vision ».

En ce qui concerne l’avenir politique de la Tunisie, le fondateur de Nidaa Tounes a précisé que la prochaine période requiert une coalition de toutes les forces démocratiques, centristes et modernistes. Ce front unique sera capable de faire face aux dangers d’extrémisme, d’exclusion…Ce sera le premier moyen qui rétablira le prestige du pays.

Jeudi 27 Décembre 2012 - 23:36

Avec agences





1.Posté par Mounir Ben Aïcha le 05/01/2013 19:35 | Alerter
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Titre : Béji Caïd Essebsi, un vieillard tunisien, ancien dictateur, encore assoiffé de pouvoir.


Auteur : Mounir Ben Aîcha.

Le 02 janvier 2013


Lorsque le Président tunisien Habib Bourguiba a été destitué le 7 novembre 1987, ce dernier était âgé de 84 ans et trois mois, étant né le 3 août 1903. A l'époque, on invoquait comme raison de sa destitution, son âge très avancé... Mais, si ce vieillard de Bourguiba ent tunisien Habib Bourguiba a été destitué le 7 novembre 1987, ce dernier était âgé de 84 ans et trois mois, étant né le a été destitué en raison de son âge de 84 ans, voilà qu'un autre vieillard âgé aujourd'hui de 86 ans en l'occurrence Béji Caïd Essebsi, né le 29 novembre 1926 (plus vieux que Bourguiba) tente par tous les moyens de devenir Président de la République Tunisienne, durant l'année 2013....! Heureusement que le projet de la nouvelle Constitution tunisienne dans son article 67, limite l'âge de la candidature aux présidentielles à 75 ans au maximum....

Affichant un style autoritaire lui rappelant ses années de dictature lorsqu'il était sous Bourguiba au Ministère de l'intérieur de 1956 jusqu'au 8 septembre 1969, Béji Caïd Essebsi n'a pas pu se démarquer de cette attitude répressive....

Aujourd'hui, ce vieillard de Béji Caïd Essebsi ne peut tenir un discours sans qu'il soit en contradiction avec ses anciens discours.

Lorsqu'il était Ministre de l'intérieur sous Bourguiba durant les années 60, en pleine promotion, Béji Caïd Essebsi satisfait, faisait l'éloge du Bourguiba, en défendant son régime. Mais cette situation a pris fin lorsque Bourguiba avait limogé Béji Caïd Essebsi de son Gouvernement le 8 septembre 1969. C'est alors que Béji Caïd Essebsi a tenté de réintégrer le Gouvernement le 7 novembre 1969, sous Bahi Ladgham, comme Ministre de la Défense Nationale. Mais de nouveau, le voilà limogé par Bourguiba le 12 juin 1970, et désigné comme Ambassadeur de la Tunisie auprès de la France, Béji Caïd Essebsi non content de son limogeage du gouvernement, passe à l'opposition en 1971, en démissionnant de son poste d'ambassadeur en France pour rejoindre l'opposition menée par Ahmed Mestiri, en réintégrant le "Mouvement des Démocrates Soicalistes" (M.D.S). C'est alors que Béji Caïd Essebsi commence à critiquer Bourguiba et son parti le "Parti Socialiste Destourien" (P.S.D.), comme étant monopartiste : ce qui lui a voulu son exclusion du P.S.D de Bourguiba, en 1974.

De nouveau, lorsqu'il réintègre le gouvernement de Bourguiba en 1980, en tant que Ministre délégué auprès du premier ministre et ensuite en tant que Ministre des affaires étrangères, alors Béji Caïd Essebsi tourne son dos au M.D.S. d'Ahmed Mestiri et redevient subitement Bourguibiste, en cessant ses critiques sur le monopartisme de Bourguiba.

Encore, dès l'arrivée du président déchu Ben Ali, le 7 novembre 1987, Béji Caïd Essebsi se détache de son Bourguibisme et adhère au R.C.D. défendant l'ère nouvelle du régime de Ben Ali, en tant que député et Président de la Chambre des Députés et membre du Comité Central du R.C.D, (élu 3 fois de suite au sein de ce Comité).

Et paradoxalement sous l'avènement de la révolution tunisienne du 14 janvier 2011, Béji Caïd Essebsi critiquant le président déchu Ben Ali et son régime, s'affirmant de nouveau comme un révolutionnaire Bourguibiste...

Il convient de mettre en relief, le parcours politique de Béji Caïd Essebsi de 1956 jusqu'à ce jour ainsi que ses principales déclarations contradictoires et opportunisites attestant que le sujet en question avait toujours eu comme mobile principal la soif et la prise du pouvoir par tous les moyens à travers ses principales périodes de son parcours politiques, notamment durant :

- la période de la promotion de Béji Caïd Essebsi (juin 1956-8 septembre 1970)

- la période du déclin débutant le 8 septembre 1969 quand Bourguiba a limogé Béji Caïd Essebsi de

son Gouvernement,

- la tentative de Béji Caïd Essebsi de réintégrer le gouvernement de Bourguiba le 7 novembre 1969,

- sa tentative avec Ahmed Mestiri pour prendre le contrôle du P.S.D., le 15 octobre 1971 lors du

8ème Congrès du P.S.D.

- la réaction de Bourguiba face aux décisions du 8 ème Congrès du P.S.D.,

- son passage en 1972 à une opposition déclarée contre Bourguiba, en compagnie de l'aile libérale

d'Ahmed Mestiri,

- sa désertion du M.D.S. en réintégrant de nouveau le gouvernement de Bourguiba fin septembre 1980,

- son adhésion au parti de Ben Ali le R.C.D défendant son régime,

- la période de la révolution tunisienne du 14 janvier 2011 où Béji Caïd Essebsi tente de se présenter Bourguibiste

- la période après son échec aux élections de la Constituante du 23 octobre 2011 critiquant la
légitimité du gouvernement de Hamadi Jebali....


I- La période de la promotion pour Béji Caïd Essebsi : Juin 1956 - 8 septembre 1970.

Béji Caïd Essebsi a assuré depuis juin 1956 de grandes responsabilités au sein du Ministère de l'intérieur jusqu'à son limogeage par Bourguiba le 8 septembre 1970 de son portefeuille de Ministre de l'intérieur.

C'est ainsi :

- en juin, Béji Caïd Essebsi a été nommé par Bourguiba comme Directeur de la Commission sécuritaire et politique au sein du Ministère de l'intérieur ( N° 2 au sein du Ministère de l'intérieur ),

- le 8 janvier 1963 au 4 juillet 1965 : Béji Caïd Essebsi a été nommé par Bourguiba comme Directeur de la Sûreté Nationale en remplacement de Driss Guiga . Béji Caïd Essebsi avait occupé ce poste du 15 décembre 1956 au 7 janvier 1963.

- le 5 juilet 1965, Béji Caïd Essebsi a été nommé Secrétaire d'Etat à l'intérieur en remplacement de Taïeb Mhiri décédé le 29 juillet 1965. Béji CaId Essebsi a été remplacé dans sa fonction de Directeur de la Sûreté Nationale par Foued Mebazzaa.



II-La période du déclin : le 8 septembre 1969, Bourguiba a écarté Béji Caïd Essebsi de son Gouvernement.

Cette période de déclin a commencé lorsque Bourguiba avait désavoué Ahmed Ben Salah le 8 septembre 1969 pour l'échec de sa politique collectiviste, il a du même coup désavoué Bahi Ladgam et Béji Caïd Essebsi. Ainsi, le 8 septembre 1969, Bourguiba a mis fin à la fonction de Béji Caïd Essebsi comme Secrétaire d'Etat à l'intérieur. Ce jour même, Béji Caïd Essebsi a été désigné comme Ambassadeur de Tunisie auprès des Etats-Unis, à Washington. Mais cette nouvelle désignation comme Ambassadeur ne plaisait pas à Béji Caïd Essebsi estimant que c'est une sanction déguisée pour pouvoir l'écarter du Gouvernement. Ainsi, Béji Caïd Essebsi n'avait pas accepté cette nouvelle affectation sans toutefois la refuser officiellement, tardant ainsi à demeurer en Tunisie dans l'espoir de réintégrer de nouveau le gouvernement lors du prochain remaniement ministériel.

De même, Ahmed Ben Salah a été démis de ses fonctions ministérielles le 8 septembre 1969 et a été exclu du P.S.D de Bourguiba ainsi que de son mandat de député. Il a été condamné le 25 mai 1970 par la Haute Cour à dix ans de travaux forcés pour avoir abusé de la confiance du Président et pour sa mauvaise gestion financière dans le système des coopératives...Mais le 4 février 1973, il s'est évadé de la prison regagnant l'étranger.

La maladie de Bourguiba dès 1967 avait lancé la guerre de sa succession. Lorsque le 14 mai 1967 Bourguiba était victime d'une crise cardiaque ses Ministres les plus proches de lui ont songé à son remplacement. Mais l'état de santé de Bourguiba s'est davantage fragilisé au fur et à mesure de l'avancement de son âge, l'obligeant à s'absenter très souvent de sa fonction de Chef d'Etat pour recevoir des soins et des cures de repos, notamment à l'étranger.

Les causes du limogeage de Béji Caïd Essebsi du gouvernement, le 8 septembre 1969 sont nombreuses, mais elles tiennent essentiellement à :

1- la mauvaise gestion sécuritaire par Béji Caïd Essebsi lors de l'échec du système des coopératives introduit en Tunisie par Ahmed Ben Salah, notamment l'affaire du village "Ouardanine" près de M'Saken, en Tunisie qui a éclaté le 25 janvier 1969 et qui a failli déclencher un soulèvement populaire général en Tunisie,

2- ainsi que la mauvaise gestion par Béji Caïd Essebsi des crises sécuritaires des années 1962 à 1967 qui n'ont pas été appréciées par Bourguiba, notamment dans les affaires qui ont abouti à des grands procès politiques comme les procès des Youssefistes, le procès du complot de 1962 contre Bourguiba, les procès des étudiants en 1966 et en 1967, les procès des manifestants du 5 juin 1967 lors de la guerre des six jours opposant les pays arabes et Israël du 5 juin au 10 juin 1967, les procès en septembre 1968 et en février 1969 à l'encontre non seulement des étudiants mais aussi des enseignants et des opposants de la gauche comme le "Groupe d'Etudes et d'Action Socialiste Tunisien" (G.E.A.S.T.), les membres du Baâth, qui est un mouvement nationaliste Arabe, les Maoïstes et les Trotskystes.

Toutes ces affaires ont été instruites et traitées au niveau sécuritaire par Béji Caïd Essebsi qui avait la mainmise sur le Ministère de l'intérieur depuis le 8 janvier 1963 et même avant cette date lorsqu'il était responsable depuis 1956 au Ministère de l'intérieur en tant que Directeur de la Commission politique ( N° 2 du Ministère de l'intérieur).Il est à noter que du 4 juillet 1965 au 21 juin 1967, Foued Mebazzaa était le Directeur de la Sûreté Nationale placé sous l'autorité de Béji Caïd Essebsi qui était le Ministre de l'intérieur à l'époque du 5 juillet 1965 jusqu'à la date de son limogeage le 8 septembre 1969 par Bourguiba.

Les évènements du 5 juin 1967 étaient marqués par des manifestations de la population tunisienne lors de la guerre de six jours opposant Israël aux pays Arabes, guerre qui s'est déroulée du 5 au 10 juin 1967. A Tunis, les manifestants se sont pris au Centre Culturel Américain, également à l'Ambassade de la Grande-Bretagne et aussi des Etats-Unis ainsi qu'à la grande synagogue de Tunis et aux magasins de la rue de Londres appartenant à des juifs tunisiens. Beaucoup de manifestants ont été arrêtés à la suite de cette manifestation A la suite de ces manifestations du 5 juin 1967, Bourguiba a limogé Foued Mebazzaâ, le Directeur de la Sûreté Nationale, le remplaçant par Tahar Belkhoja comme Directeur Général de la Sûreté Nationale et en même temps a adressé à Béji Caïd Essebsi de sévères critiques pour sa mauvaise gestion de ces évènements du 5 juin 1967 qui selon Bourguiba auraient dû être évités à temps par les services de Sécurité.

Dans une interview donnée à la première chaîne de télévision publique, Al Wataniya, et diffusée dimanche 25 mars 2012, Béji Caïd Essebsi a encore nié sa responsabilité dans l'affaire du complot de décembre 1962 contre Bourguiba, en soulignant qu'il présidait à cette époque aux destinées de l'Office national du tourisme et du thermalisme qu'il a quitté seulement en 1963 pour prendre les rênes de la direction de la Sûreté Nationale au Ministère de l'Intérieur " alors que tout était terminé " ajoutant que le dossier de ce coup d'Etat a été traité par le Ministère de la Défense nationale, dont c'était du reste la compétence.

Ces déclarations de Béji Caïd Essebsi sont mensongères puisque dès le début de l'année 1963, soit le 8 janvier 1963, il était nommé par Bourguiba comme le Directeur de la Sûreté Nationale et que l'ensemble des interrogatoires et l'emprisonnement des accusés et actes de torture perpétrés dans le complot de 1962 ainsi que les autres affaires des opposants de 1965 à 1969 ( étudiants et perspectivistes, enseignants universitaires, gauchistes du parti communiste, maoïstes, trotskystes,et nationalistes arabes nassériens et baâssistes ), qui étaient intervenus à partir de janvier 1963 jusqu'au 8 septembre 1969 relève de l'autorité de Béji Caïd Essebsi, en tant que Directeur de la Sûreté Nationale à partir du 8 janvier 1963 jusqu'au 4 juillet 1965 et en tant que Ministre de l'intérieur à partir du 4 juillet 1965 jusqu'au 8 septembre 1969. Cette grande période est suffisante pour couvrir tous les actes de torture commis sous l'autorité de Béji Caïd Essebsi durant cette période à l'encontre des prisonniers en Tunisie sous le régime de Bourguiba. Il convient également de rappeler que Foued Mebazaâ était aussi responsable des actes de torture puisqu'il était désigné comme Directeur de la Sûreté Nationale du 5 juillet 1965 jusqu'au 22 juillet 1967, sous l'autorité du Ministre de l'intérieur à l'époque Béji Caïd Essebsi.

En outre, les témoignages de pratique d'actes de torture qui ont été commis durant les années 60 quand Béji Caïd Essebsi était responsable au Ministère de l'intérieur, en tant que Directeur de la Surêté Nationale à partir du 8 janvier 1963, ou en tant que Ministre de l'intérieur, du 5 juillet 1965 au 8 septembre 1969, sont nombreux comme ceux livrés par : Noureddine Ben Kheder, Ahmed Othmani, Mohamed Salah Fliss, Gilbert Naccache, Aziz Krichen, Fathi Ben Haj Yahya, Sadok Ben Mhenni, Mohamed Charfi, Ahmed Smaoui, Azeddine Azzouz, Kaddour Ben Yochret, Temime H'maïdi, etc...

Pour éviter d'être sanctionné par la justice, notamment après la plainte qui a été déposé à son encontre par Béji Caïd Essebsi a réussi à adopter un décret-loi rendant prescriptibles dans le temps les crimes commis sur une période ne pouvant pas dépasser 15 ans, à partir de la date du dépôt de la plainte

En effet, Béji Caïd Essebsi a réussi à adopter un décret-loi N° 2011-106, le 22 octobre 2011, à la veille des élections de l'Assemblée Nationale Constituante qui avaient eu lieu le 23 octobre 2011. Ce moment a été choisi volontairement parce que la veille des élections de la Constituante, le peuple tunisien était très préoccupé par les élections : c'est ce qui a donné une grande chance au décret-loi N° 2011-106 d'être adopté sans rencontrer à l'époque de commentaire ou de résistance de la part de la société civile, préoccupée davantage par les élections.

Le projet du texte du décret-loi N° 2011-106 sur la torture a été préparé par le Comité du groupe des Experts au sein de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique (H.I.R.O.R.) ou (ISROR) présidée par Yadh Ben Achour. Bien que la HIROR de Yadh Ben Achour a été dissoute le 27 août 2011, le texte du décret-loi 2011-106 sur la torture a été préparé par le goupe d'Experts de la HIROR bien avant cette date de dissolution et transmis à Béji Caïd Essebsi et à Foued Mebazzaä pour adoption et signature sous forme de décret-loi. Ce groupe d'Experts de la HIROR est composé en majorité d' enseignants universitaires de droit auprès des Universités tunisiennes et ont été désignés par Yadh Ben Achour pour former le Comité de la H.I.R.O.R

Le décret-loi N° 2011-106 du 22 octobre 2011 relatif aux actes de la torture a abrogé les anciens textes tunisiens relatifs à la torture notamment l'article 5 nouveau du Code des procédures pénales en prévoyant désormais une prescription de 15 ans pour les crimes de torture en Tunisie. De par ce décret-loi N° 2011-106 relatif à la torture en Tunisie, les crimes de torture ne peuvent être sanctionnés que lorsque ces crimes se situent dans l'intervalle d'une période ne pouvant pas dépasser 15 ans à partir de la date du dépôt de la plainte. Ce qui laisse dans l'impunité tous les crimes de torture commis en Tunisie sous le régime de Ben Ali, notamment durant le début des années 90 ainsi que les crimes de torture commis sous le régime de Bourguiba, notamment ceux qui ont été commis dans les années 60 sous la responsabilité de Béji Caïd Essebsi ainsi que dans les années 80 sous la responsabilité des autres Ministres tunisiens...

Sous le gouvernement de Hamadi Jebali, dominé par la Troïka (CPR, Ettakattol et Ennahdha) aucun texte n'a été adopté officiellement en 2012 pour modifier le décret-loi 2011-106 relatif à la torture. en Tunisie. Les tentatives législatives se situent encore que sur le plan de quelques projets non officiels....

C'est pour cette raison que Abdallah Kallel et Mohamed Ali Ganzoui ont été jugés le 7 avril 2012 par la Cour d'appel militaire de Tunis, affaire N° 334, non pas sur la base de l'incrimination d'actes de crime de torture commis en 1991 dans l'affaire dite "Barreket Essahel" mais sur la base de l'infraction de l'article 101 du code pénal tunisien qui dispose ainsi :

" Est puni de cinq ans d'emprisonnement et de cent vingt dinars d'amende tout fonctionnaire public ou assimilé qui, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions aura, sans motif légitime, usé ou fait user de violences envers les personnes.".

D'autre part, le Tribunal militaire de Tunis dans cette affaire N° 334 précitée dite "Barreket Essahel" a rejeté l'application de la loi N° 99-89 du 2 août 1999 au motif que cette loi ne peut pas produire des effets rétroactifs aux actes incriminés remontant à 1991 dans l'affaire de "Barreket Essahel"....! C'est de cette manière que le Tribunal militaire en rejetant l'application de l'article 101 bis de la loi a évité de qualifier les actes incriminés comme étant des actes de torture...! En effet, cette loi N° 99-89 du 2 août 1999 a ajouté un article 101 bis au Code pénal tunisien en disposant dans ses termes :

"Est punit tout fonctionnaire ou assimilé qui soumet une personne à la torture et ce , dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice des ses fonctions".

Le rejet du Tribunal militaire de l'application de l'article 101 bis aux actes de torture commis dans l'affaire dite "Barreket Essahel" est incompréhensible car la rétroactivité ne peut pas s'opposer aux actes de torture qui sont imprescriptibles !

De même, le Tribunal Militaire de Tunis dans cette affaire N° 334, dite "Barreket Essahel" a confirmé sa compétence rejetant les arguments des avocats de l'accusation qui ont demandé au Tribunal militaire d'appel de se démettre de cette affaire au profit d'un tribunal civil car elle concerne un crime de torture revêtant un caractère pénal.

Les actes de torture incriminés datant de 1991 remontent à plus de 15 ans se trouvent ainsi prescrits par la loi tunisienne. C'est ce qui explique que la cour d'appel militaire a procédé à la réduction de moitié les peines de quatre ans de prison prononcées le 29 novembre 2011 par le tribunal militaire permanent de Tunis à l’encontre de Abdallah Kallel, ministre de l’Intérieur sous Ben Ali de 1991 à 1995 et de Mohamed Ali Ganzoui, directeur des services spéciaux du ministère de l’Intérieur de 1990 à 1995 ainsi que d'autres officiers des forces de sécurité comme Abderrahmane Kassmi et Mohamed Ennacer Alibi.

Pour remédier aux actes de la torture et lutter contre l'impunité de leurs auteurs en Tunisie, il est temps que les autorités tunisiennes se décident à modifier le décret-loi N°2011-106 du 22 octobre 2011 relatif à la torture afin de se conformer aux dispositions de la Convention des Nations Unies contre la torture, notamment en prévoyant l'imprescriptibilité des actes de torture en Tunisie et aussi prévoir la compétence des Tribunaux civils tunisiens, et non les tribunaux militaires pour juger les crimes de torture : ce qui est de nature à dissuader dans l'avenir les criminels et empêcher leur impunité....


III- Béji Caïd Essebsi tente de réintégrer le Gouvernement, le 7 novembre 1969 , mais il en a été exclu rapidement pour la deuxième fois, le 17 juin 1970.

Cette période a débuté lorsque Béji Caïd Essebsi a rallié Bahi Ladgham et ses amis pour pouvoir réintégrer de nouveau le Gouvernement.

En fin d'année 1969, Bourguiba était décidé de changer d'équipe gouvernementale en écartant les amis d'Ahmed Ben Salah et mettre ainsi fin à sa politique collectiviste. Également, Bourguiba était décidé de changer de politique économique en favorisant l'émergence d'une nouvelle politique économique libérale. Il voyait en la personne de Hédi Nouira l'homme qui est capable de mener à bien ce changement de politique économique favorisant le libéralisme et mettant fin à la politique collectiviste menée par Ahmed Ben Salah durant la décennie des années 60.

Mais les amis d'Ahmed Ben Salah, appuyés discrètement par Bahi Ladgham ont réapparu de nouveau à la scène politique à la suite des élections législatives et présidentielles du 2 novembre 1969. C'est alors que Béji Caïd Essebsi va tenter son forcing en se ralliant à Bahi Ladgham afin de réintégrer le Gouvernement. En effet, Ahmed Ben Salah, Bahi Ladgham, Béji Caïd Essebsi, et leurs alliés ont en majorité réussi le 2 novembre 1969 à être élus comme députés à l'Assemblée Nationale et ont pu conserver leurs mandats en tant que membres au Comité Central du P.S.D, mandats déjà confirmés lors du 7ème Congrès de Bizerte tenu du 19 au 22 octobre 1964. Quant à Bourguiba, il est réélu ce 2 novembre 1969 comme Président de la République jusqu'à la fin de l'année 1974, ce qui lui a conféré de nouveau une légitimité pour contrer ses Ministres qui sont opposés à sa politique.

Après les élections législatives et présidentielles, Bahi Ladgham a présenté son nouveau Gouvernement le 7 novembre 1969. Dans cette nouvelle composition gouvernementale, Bahi Ladgham a essayé de réintégrer une partie de ses alliés en les nommant comme Ministres dans son Gouvernement, comme Mondher Ben Ammar, Béji Caïd Essebsi, Bourguiba Junior....

Dans cette nouvelle composition du Gouvernement de Bahi Ladgham, Béji Caïd Essebsi a été nommé Ministre d'Etat, délégué auprès du Premier Ministre, chargé de la Défense Nationale.

Mais cette nouvelle composition du gouvernement de Bahi Ladgam a reçu l'opposition de Bourguiba qui voulait tourner définitivement la page aux séquelles de sa politique des années 60, conduite par Ahmed Ben Salah, Bahi Ladgham, Béji Caïd essebsi, etc...

Dans ce contexte, un nouveau gouvernement de Bahi Ladgam a été de nouveau présenté les 12-17 juin 1970 et Béji Caïd Essebsi a été démis de sa fonction de Ministre de la Défense et a été remplacé par Hassib Ben Ammar. Béji Caïd Essebsi a été nommé le 1er août 1970 comme Ambassadeur de Tunisie auprès de la France, à Paris. Cette fois-ci, Béji Caïd Essebsi s'est rendu à Paris comme Ambassadeur de Tunisie auprès de la France. Mais très mécontent de cette désignation, il démissionne de nouveau le 14 décembre 1971 de sa fonction d'Ambassadeur pour pouvoir rejoindre la Tunisie; estimant que son éloignement de la Tunisie compromettait son parcours politique (voir infra sous V).

Le 6 novembre 1970, Hédi Nouira a présenté son gouvernement en conservant dans le gouvernement le clan d'Ahmed Mestiri tout en excluant Bahi Ladgham et ses amis Béji Caïd Essebsi, Mondher Ben Ammar, Bourguiba Junior, etc...


IV- Exclu du Gouvernement, Ahmed Mestiri et ses alliés dont Béji Caïd Essebsi ont tenté de prendre le contrôle du P.S.D.

Cette période apparaît lorsque Béji Caïd Essebsi qui était un proche collaborateur de Bahi Ladgham et d'Ahmed Ben Salah, après avoir été écarté par Bourguiba du Gouvernement, tente de nouveau d'intégrer ce gouvernement en faisant cette fois-ci alliance avec Ahmed Mestiri et ses amis comme Habib Boularès, Hassib Ben Ammar... Les membres de cette nouvelle alliance vont diriger leurs efforts en revendiquant l'ouverture politique au sein du P.S.D. en essayant de diminuer l'influence de Bourguiba dans toutes les institutions tunisiennes.

Ahmed Mestiri était sincère dans ses revendications de réformer le P.S.D. et ses structures. En revanche, Béji Caïd Essebsi a été contraint de rejoindre Ahmed Mestiri uniquement par nécessité et opportunisme, tout simplement parce qu'il a été écarté du Gouvernement par Bourguiba, en deux reprises successivement, le 8 septembre 1969 et le 17 juin 1970 ( voir supra sous II et III).

Ce qui est contradictoire révèlant un retournement de veste, c'est que Béji Caïd Essebsi quand il était dans le gouvernement de Bourguiba en tant que Ministre de l'intérieur jusqu'à au 8 septembre 1969, il était un défenseur de la politique de Bourguiba, dans le litige qui l'opposait à Ahmed Mestiri dès le début du mois de janvier 1968 concernant la gestion du système coopératif d'Ahmed Ben Salah et sur le manque des réformes politiques...A l'époque, Béji Caïd Essebsi s'est rallié sur la position de Bourguiba qui a rejeté les critiques d'Ahmed Mestiri, appuyant sans réserve la politique et les réformes engagées par son Ministre Ahmed Ben Salah. Le voilà, retournant sa veste, il rejoint Ahmed Mestiri...

Donnant satisfaction à la coalition d'Ahmed Mestiri et ses amis Hassib Ben Ammar, Habib Boularès, le Président Bourguiba a promis, lors de son discours du 8 juin 1970, d'introduire des réformes politiques en annonçant la constitution d'un nouveau Gouvernement et d'une Commission Supérieure du parti "P.S.D". Ce même jour du 8 juin 1970, le bureau politique du P.S.D. a été dissous et par conséquent Béji Caïd Essebsi qui était jusqu'à ce jour membre du bureau politique quitte ce bureau politique...

Ces réformes promises par Bourguiba était déjà revendiquées par Ahmed Mestiri.

Les membres de cette Commission supérieure du P.S.D. sont désignés par le Président Bourguiba.

Cette Commission Supérieure du parti du P.S.D. qui tient lieu de bureau politique du P.S.D. sera chargée :

- de préparer des amendements à la Constitution,

- de préparer les assises du prochain Congrès,

- et de gérer les affaires du P.S.D.

Le 10 novembre 1970, Bouguiba a achevé la désignation des membres composant la Commission Supérieure du P.S.D.qui devrait comprendre les membres suivants :

Héd Nouira en tant que Président, Ahmed Mestiri en tant que Rapporteur, Mohamed Masmoudi, Bahi Ladgham, Bourguiba Junior, Abdallah Farhat, Habib Achour, Hassib Ben Ammar, Béchir Zarg El Ayoun,Tahar Belkhoja, Chedly Ayari, Mohamed Ben Amara.

Bourguiba a essayé d'introduire ses amis parmi les membres de la Commission Supérieure du P.S.D. comme Béchir Zarg El Ayoun, Habib Achour, Mohamed Ben Amara, Chedly Ayari, Tahar Belkhoja, etc...

La Commission Supérieure du P.S.D. a remis son rapport à Bourguiba le 15 octobre 1970.

Les réformes proposées par le groupe d'Ahmed Mestiri visaient à atténuer le régime présidentiel en permettant à l'Assemblée de contrôler le Gouvernement et opposer une motion de censure à son égard en cas de besoin. Mais ces propositions tout en reconnaissant le monopartisme du P.S.D. comme étant le seul garant de la stabilité politique, demandaient à ce que les désignations au sein du Comité Central et du Bureau politique du P.S.D soient l'oeuvre des élections et non pas à travers des nominations faites par Bourguiba...

Telles ont été les principales propositions des amis d'Ahmed Mestiri, Habib Boularès et Hassib Ben Ammar. Mais ces propositions n'introduisent pas, en réalité, une réelle démocratie en Tunisie puisqu'elles écartent le multipartisme et maintiennent le monopartisme du P.S.D. comme étant le seul garant de la stabilité du régime de Bourguiba. En quelque sorte, ces propositions de réformes maintiennent l'organisation absolue du pouvoir de Bourguiba sur le territoire tunisien à travers les cellules du parti du P.S.D. mais elles tendent timidement à introduire au sein du Gouvernement un équilibre du pouvoir qui reste faussé par la prépondérance des prérogatives du Président à la fois sur le Gouvernement que sur l'Assemblée Nationale.

En clair, l'objectif de ces réformes n'était pas d'introduire une réelle démocratie en Tunisie mais tendaient plutôt à diminuer les pouvoirs de Bourguiba et aussi de permettre aux Ministres qui sont en course d'accéder plus facilement à la Présidence de la République en cas de vacances, en raison de la fragilité de la santé de Bourguiba. C'est pour cette raison que Bourguiba a vu dans ces propositions une tentative de complot visant à prendre le pouvoir émanant d'Ahmed Mestiri qui était à l'époque de ces propositions le Ministre de l'intérieur.

Finalement, Bourguiba a accepté de convoquer le 8ème Congrès du P.S.D. qui s'est tenu à Monastir du 11 au 15 octobre 1971, baptisé " Congrès de la réflexion et du décollage" pour examiner le rapport des propositions des réformes de la Commission Supérieure du P.S.D.. Plus de 1200 délégués des cellules du P.S.D. étaient présents pour former le 8ème Congrès du P.S.D.

Prenant la parole pour annoncer l'ouverture du Congrès, Bourguiba affirme que l'ouverture politique préconisée par Ahmed Mestiri n'est pas au rendez-vous en raison de l'absence de maturité du peuple et doit se faire progressivement par étapes. Bourguiba donne la priorité à la démocratisation économique plutôt que politique. Le 14 octobre 1971, devant les membres du Congrès, Bourguiba affirme ainsi :

" Il est évident que je ne crains nullement d'être un jour déchargé de la Présidence de la République, au profit d'un autre, et il est moins évident que tant que je serai de ce monde, je serai maintenu à la tête de l'Etat...Ainsi, est-ce avec confiance que j'entrevois le jour où mon passage dans ce monde venait à son terme, M.Nouira me succédera, tout comme plus tard, M.Ahmed Mestiri, M.Mohamed Masmoudi, etc..."

En bref, Bourguiba désavoue Ahmed Mestiri, préférant que sa succession serait son oeuvre en désignant Hédi Nouira à cet effet, pour le succéder....Il n'est pas du tout prêt à accepter que son futur successeur soit élu comme Vice-Président en même temps que lui, lors des élections présidentielles.

Le même jour du 14 octobre 1971, le 8ème Congrès du P.S.D. a procédé à l'élection des 58 membres du Comité Central du P.S.D.

Pour la première fois le Congrès du P.S.D. a procédé à l'élection des membres du Comité Central du P.S.D. d'une manière démocratique sans le recours de Bourguiba pour leur désignation...

Mais les résultats des élections ont fait apparaître le retour massif du clan de Bahi Ladgham ainsi que du clan d'Ahmed Mestiri, au détriment des alliés de Bourguiba, en première de la manière suivante :

1- Bahi Ladgham 2- Ahmed Mestiri, 3-Sadok Mekaddem, 4-Jallouli Farès, 5- Hédi Nouira, 6- Mohamed Ben Amara, 7- Béji Caïd Essebsi, 8- Mohamed Masmoudi, 9- Hassib Ben Ammar,10-Taëb Slim, 11-Rachid Driss, 12-Ferjani Bel Haj Ammar,13- Taïeb Sahbani, 14-Habib Boularès, 15-Sadok Ben Jemaâ, 16-Mustapha Filali, etc....

Comme on le voit, Béji Caïd Essebsi a été de nouveau élu comme membre du Comité Central ce jour du 14 août 1971.

En plus de ce vote des membres du Comité Central du P.S.D., les Congressistes du P.S.D ont voté une résolution allant à l'encontre du voeu de Bourguiba en prévoyant qu'en cas d'absence du Président, ou décès, l'intérim serait assuré par l'Assemblée Nationale. Également, les Congressistes du P.S.D. ont voté une deuxième résolution prévoyant que les membres du bureau politique du P.S.D. devrait être élu par le Comité Central du P.S.D. durant la tenue du Congrès du P.S.D. et non désigné par Bourguiba en dehors du Congrès. Mais Hédi Nouira a repoussé l'élection des membres du bureau politique pour qu'elle puisse se faire en présence de Bourguiba qui n'était pas présent.


V- La réaction de Bourguiba : rejet de la tentative de prise de contrôle du bureau politique du P.S.D. par Ahmed Mestiri et ses alliés dont Béji Caïd Essebsi.

Cette période a été marquée par la réaction de Bourguiba qui n'a pas du tout apprécié les résolutions du Comité Central du P.S.D. et qui selon lui constituent un complot pour s'accaparer de son bureau politique du P.S.D. et tenter de le renverser par la nomination d'un autre successeur...

Le 20 octobre 1971, Ahmed Mestiri a été suspendu de toute activité au sein du parti, l'accusant de vouloir prendre le pouvoir à travers sa mainmise sur le Comité central et le bureau politique du P.S.D.

C'est ainsi que Bourguiba a rapidement maintenu sa volonté de désigner lui-même les membres de son bureau politique du P.S.D., refusant également toute succession automatique à la Présidence, préférant par conséquent désigner lui-même son futur successeur en cas de vacance de la Présidence, en l'occurrence Hédi Nouira.

Le 22 octobre 1971, Bourguiba a réuni le Comité Central du P.S.D. au Palais de Carthage et a présenté aux membres du Comité Central une liste comportant 20 membres qui ont été choisis par lui-même. Le Comité Central a été appelé par Bourguiba afin d'élire 14 membres parmi la liste comportant les 20 membres qui ont été désignés par Bourguiba lui-même pour former le nouveau bureau politique. Le choix du Comité Central des membres du bureau politique ne pouvait se faire que dans le choix des membres désignés par Bourguiba.

A ce sujet, le Comité Central a procédé à l'élection des 14 membres parmi les 20 noms désignés par Bourguiba pour former le bureau politique pour faire apparaître les noms suivants :

Hédi Nouira- Dhaoui Hannablia- Ferjani Bel Haj Ammar- Mustapha Filali- Mohamed Masmoudi- Habib Achour- Taïeb Sahbani- Jallouli Farès- Mansour Moalla- Hédi Khfacha- Sadok Mekaddem- Abdallah Farhat- Béchir M'Hedheb- Rachid Driss.

Dans cette liste présentée par Bourguiba, Béji Caïd Essebsi n'a pas été élu le 22 octobre 1971 comme membre du bureau politique du P.S.D., puisque son nom ne figurait pas parmi les 20 candidats désignés par Bourguiba...alors que Béji Caïd Essebsi était membre de ce bureau politique depuis le 16 août 1965 ! Il convient de rappeler que Béji Caïd Essebsi occupait en octobre 1971 la fonction d'Ambassadeur de la Tunisie auprès de la France depuis le 14 août 1970 (voir supra sous III).

Lors de cette réunion du Comité Central du 22 octobre 1971 au Palais de Carthage, à Tunis, réunion tenue afin d'élire les membres du bureau politique du P.S.D., Bourguiba s'est adressé au membres du Comité Central ( voir pour le contenu de ce discours de Bourguiba, le journal tunisien "L'Action" du 26 octobre 1971). Dans l'un des passages de ce discours du 22 octobre 1971 précité, le Président Bourguiba s'est adressé à Béji Caïd Essebsi qui était présent lors de ce discours en tant que membre du Comité Central du P.S.D., lui déclarant dans ces termes :

"...J'ai eu l'occasion de dire à Mr.Béji Caïd Essebsi que la séparation envisagée à la base et à l'échelon des gouvernorats entre les attributions du gouvernement et celles du Parti ne devrait pas revêtir une forme pyramidale et se répercuter au sommet. Toute séparation entre les attributions du Chef de l'Etat et celles du Chef du Parti serait inconcevable, dans un régime présidentiel où tout doit procéder des pouvoirs du Président. Il est également impensable que le rôle du Président du Parti consiste à entériner purement et simplement le choix de personnes dans lequel il n'a pas son mot à dire, ...
Vous n'admettrez pas, je pense, que Bourguiba, Chef de l'Etat soit réduit, au bout d'une carrière de quarante ans de lutte, à un rôle de figurant consistant à signer les décrets de nomination des hommes à devenir collaborateur, ministres ou autres..."

De même, après la nomination de Hédi Nouira comme Premier Ministre, le 2 novembre 1971, et la composition de son gouvernement le 6 novembre 1971, Béji Caïd Essebsi a été écarté de ce Gouvernement de Hédi Nouira. Fin 1971, étant exclu du bureau politique du P.S.D. et du gouvernement de Hédi Nouira, Béji Caïd Essebsi a démissionné le 14 décembre 1971 de sa fonction d'Ambassadeur en France et a regagné la Tunisie pour rejoindre cette fois-ci non pas le clan de Bahi Ladgham qui n'existe plus mais le clan d'Ahmed Mestiri.

Dans son discours prononcé le 12 janvier 1972, à la clôture de la Conférence des Gouverneurs ( voir pour l'extrait de ce discours, le Journal tunisien de l'époque " l'Action " du 14 janvier 1972 ) Bourguiba voyant dans les manoeuvres des amis de Bahi Ladgham et des amis d'Ahmed Mestiri un complot visant tout simplement sa succession, en affirmant à ce sujet :

"Mais voilà qu'ils estiment, eux que j'ai trop duré et qu'ils ont hâte de me voir disparaître. Chaque fois que j'échappe à la maladie, ils sont déçus et ils étaient au grand jour leur désappointement. L'un deux se serait exclamé : " Bourguiba ne veut ni mourir ni céder la main..." Ces gens-là sont impatients de me voir passer de vie à trépas. J'en ai eu preuve l'année dernière au moment de mon départ en Amérique pour me soigner, lorsqu'on a dû me transporter à bord d'avion sur la civière. L'un avait choisi ce moment particulièrement pénible pour me presser de signer un décret le nommant Ministre d'Etat, c'est-à-dire le désignant comme second personnage après le Premier Ministre. Je fus outré de cette démarche. L'heure de la curée n'avait pas encore sonné et ma succession n'était pas encore ouverte. Tels sont les intérêts sordides qui inspirent ces personnages."

Ahmed Mestiri a été traduit le 9 et 25 décembre 1971 devant une Commission de discipline du P.S.D. et le 21 janvier 1972, il a été exclu du P.S.D. Également, le 20 juillet 1973, il est exclu de l'Assemblée Nationale.


VI- Début de l'année 1972 : Béji Caïd Essebsi et ses alliés d'Ahmed Mestiri, écartés du Gouvernement, sont passés à l'opposition contre Bourguiba, mais ont été par la suite rapidement exclu du P.S.D. en 1974.

Étant exclu du Gouvernement et du bureau politique du P.S.D., Béji Caïd Essebsi a pu conserver sa qualité de membre du Comité Central du P.S.D. qu'il vient d'avoir lors des élections de ce Comité par le 8ème Congrès tenu à Monastir du 11 au 17 octobre 1971 ( Voir supra sous IV). Mais son exclusion par Bourguiba du bureau politique le 22 octobre 1971 était d'une grande importance et faisait comprendre à Béji Caïd Essebsi qu'il est devenu indésirable pour Bourguiba.

Toutefois, Béji Caïd Essebsi n'était pas encore exclu du P.S.D. Son exclusion de ce parti allait intervenir en 1974. Du début de novembre 1971 jusqu'à la date de son exclusion du P.S.D, le 14 septembre 1974, Béji Caïd Essebsi n'avait jamais démissionné du P.S.D. ainsi que ses activités politiques n'ont pas été gêlées, comme il le laissait croire... Au contraire, durant cette période 1971-1974, Béji Caïd Essebsi s'est accroché à son mandat de député à l'Assemblée Nationale d'appartenance P.S.D., obtenu lors des élections du 2 novembre 1969 ainsi qu'à son mandat de membre du Comité Central du P.S.D. jusqu'à son exclusion du P.S.D le 14 septembre 1974.

Passant à l'opposition contre Bourguiba du fait qu'il a été écarté du Gouvernement de Hédi Nouira, Béji Caïd Essebsi rejoint dès le début de l'année 1972 le groupe d'Ahmed Mestiri constitué par Radhia Haddad, Hassib Ben Ammar, Habib Boularès, Mohamed Salah Belhaj, Mohamed Ben Amara, Mohamed Moada, Sadok Ben Jemaâ.

De même, se ralliant aux critiques formulées par Ahmed Mestiri à l'encontre du régime de Bourguiba et du Bourguibisme, Béji Caïd Essebsi affirme dans le même sens dans un article paru au journal "Le Monde" en date du 11 janvier 1972, que :

" la stabilité réalisée par la fidélité à un homme ( en l'occurrence Bourguiba) doit être remplacée par une fidélité fondée sur des institutions démocratiques".

Ce virage de Béji Caïd Essebsi pour sa défense de la démocratie est très opportuniste car dans le passé, notamment lorsqu'il était Ministre de l'intérieur, Béji Caïd Essebsi ne s'était jamais prononcé pour la démocratie et le multipartisme mais au contraire, Béji Caïd Essebsi ne faisait que défendre constamment le P.S.D, ainsi que Bourguiba et son régime comme étant le seul garant de la stabilité et de la démocratie !...

Le 13 octobre 1972, le groupe d'Ahmed Mestiri faisait parvenir à Bourguiba une lettre dans laquelle il proposait la réforme de la Constitution, le respect des libertés individuelles et publiques, la révision objective de la politique économique et que la jeunesse ne soit plus considérée comme une classe figée. Cette lettre a été signée par dix membres de l'aile libérale d'Ahmed Mestiri, parmi eux, figurait Béji Caïd Essebsi, Radhia Haddad, Mahmoud Mesaâdi, Mohamed Salah Bel Haj, Ahmed Mestiri...

Quant à Radhia Haddad, celle-ci a déjà démissionné du P.S.D le 6 mars 1972. Il est à rappeler que Radhia Haddad est la soeur de Hassib Ben Ammar.

De même, à l'Assemblée Nationale présidée par Sadok Mokaddem, Béji Caïd Essebsi était le porte-parole de l'aile libérale d'Ahmed Mestiri, alors qu'i était élu député d'appartenance du P.S.D... S'il n'était pas d'accord avec la politique de Bourguiba, pourquoi Béji Caïd Essebsi n'avait démissionné en 1972 de son mandat de député d'appartenance du P.S.D de Bourguiba...!

Lorsque le 1er février 1974, le Premier Ministre Hédi Nouira, avait appelé à l'union nationale pour serrer les rangs autour de Bourguiba, Béji Caïd Essebsi, en tant que député du P.S.D. avait répondu devant l'Assemblée Nationale le 6 février 1974 que le gouvernement devrait faire aussi preuve d'ouverture politique pour parvenir à cette union nationale ( voir pour cette déclaration de Béji Caïd Essebsi, le journal tunisien "La Presse" du 7 février 1974).

Cette opposition de l'aile libérale représentée par Ahmed Mestiri n'a pas pu durer longtemps au sein du P.S.D.

En ce qui concerne Ahmed Mestiri, son exlusion du P.S.D. a été prononcée par le bureau politique du P.S.D. le vendredi 21 juin 1972.

Quant aux autres membres de l'aile libérale, leur exclusion du P.S.D était intervenue lors du 9 ème Congrès du P.S.D tenu à Monastir du 12 au 15 septembre 1974, baptisé le "Congrès de la Clarté"

Lors de ce 9ème Congrès, les membres du Comité Central en particulier ceux appartenant à l'aile libérale d'Ahmed Mestiri n'ont pas été admis. Ce qui a provoqué une protestation des membres de l'aile libérale à l'encontre de leur interdiction de participer aux travaux du 9ème Congrès à travers la publication d'un communiqué diffusé le 11 septembre 1974 et signé par Habib Boularès, Béji Caïd Essebsi,, Hassib Ben Ammar, Mohamed Ben Amara, Sadok Ben Jemaä, Mohamed Moâda, Mohamed Salah Bel Haj.

Les congressistes de ce 9ème Congrès du P.S.D. ont adopté le 14 septembre 1974, à l'unanimité, une résolution relative à l'exclusion du P.S.D. de Bourguiba de : Béji Caïd Essebsi- Mohamed Ben Amara- Hassib Ben Ammar- Sadok Ben Jemaâ- Habib Boularès - Mohamed Salah Bel Haj - Mohamed Moâda.

Dans cette résolution d'exclusion, Mohamed Masmoudi était également cité mais son exclusion n'était pas due à son appartenance à l'aile libérale d'Ahmed Mestiri, mais plutôt à l'affaire de la fusion tuniso-lybienne qui a été avortée au courant de l'année 1974.

Béji Caïd Essebsi a été par conséquent exclu du P.S.D. par les congressistes du 9ème Congrès, le 14 septembre 1974. Auparavant, Béji Caïd Essebsi n'a jamais démissionné du P.S.D. en 1971, et ses activités politiques n'ont jamais été gêlées comme il le laissait entendre... Si vraiment Béji Caïd Essebsi avait démissionné en 1971, il n'aurait pas eu la nécessité pour les Congressistes de l'exclure du P.S.D. le 14 septembre 1974...!

Au cours de ce 9 ème Congrès du P.S.D, Bourguiba a tenu le 15 septembre 1974 une Conférence de presse au cours de laquelle il s'est exprimé à propos de l'exclusion des 7 membres de l'aile libérale comprenant Béji Caïd Essebsi, en précisant ainsi :

" Je ne pense pas qu'un Parti aussi ouvert au dialogue que le nôtre doive se plier aux caprices des trois tondus et de quatre pelés dont le rôle se limite à créer des diversions. J'estime en toute conscience qu'il faudrait se débarrasser de ces personnes qui se servent de leurs qualité de Destouriens comme couverture pour saboter les travaux de ce congrès et pour s'imposer une seconde fois en usant des mêmes méthodes détournées que lors du précédent congrès. Vous vous souvenez tous du nombre impressionnant d'observateurs (plus de 500) et de femmes. Tout était à l'enchère. La raison de tout cela. Je me suis contenté de prononcer des brèves allocutions à l'ouverture comme à la clôture du Congrès. J'ai voulu me reposer et prendre du champ afin de montrer leurs capacités. Or, leur premier geste après le congrès fut d'élire le bureau politique parce qu'ils s'imaginaient qu'ils étaient majoritaires. Ils pensaient sans doute que le Président n'en avait que pour quelques jours. Agir avec une telle petitesse, ce n'est pas faire de l'opposition".

Exclu du P.S.D, les membres de l'aile libérale ( comprenant Béji Caïd Essebsi ) ont décidé de mieux s'organiser et de s'ériger désormais comme mouvement politique d'opposition. C'est ainsi que cette aile libérale a publié en mars 1976 un manifeste affirmant sa volonté de s'organiser désormais comme un mouvement d'opposition, outre le P.S.D.

Et c'est le 14 juin 1978 qu'Ahmed Mestiri a décidé de fonder le "Mouvement des Démocrates Socialistes" (M.D.S.). Cependant, en désirant déposer les statuts de ce mouvement auprès du Ministère de l'intérieur, il avait reçu l'opposition notamment de Béji Caïd Essebsi qui après avoir adhéré au M.D.S. estime prématurée cette constitution en parti politique. Cette opinion de Béji Caïd Essebsi a été exprimée par lui dans une interview publiée par la revue "Jeune Afrique" en date du 28 juin 1978 dans laquelle il jugeait inopportune la demande d'autorisation du "M.D.S" pour se constituer comme parti politique.

D'ailleurs, le M.D.S. d'Ahmed Mestiri n'a été reconnu comme parti politique en obtenant sa légalisation que le 19 novembre 1983.


VII-Tournant le dos au M.D.S. d'Ahmed Mestiri, en 1980, Béji Caïd Essebsi a frappé de nouveau à la porte du P.S.D. de Bourguiba cherchant son intégration au gouvernement.

Dans la nuit du 25 au 26 février 1980, le Premier Ministre était victime d'une hémorragie cérébrale. Le Président Bourguiba s'était dépêché pour présider le 28 février 1980 le Conseil des Ministres. Le 1er Mars 1980, Bourguiba a chargé Mohamed Mzali pour coordonner l'action gouvernementale auprès du Président de la République. Et le 23 avril 1980, Bourguiba a ainsi procédé à la nomination de Mohamed Mzali en tant que Premier Ministre et Secrétaire général du P.S.D. en remplacement de Hédi Nouira qui avait quitté définitivement le Gouvernement pour raisons de santé.

Bourguiba a entamé une politique d'ouverture envers les dirigeants du Mouvement des Démocrates Socialistes, politique d'ouverture qui a été déjà préconisée en 1979.

Il faut dire que Bourguiba a vu cette nécessité d'ouverture de son parti le P.S.D. à d'autres sensibilités politiques pour mieux les encadrer politiquement surtout que la Tunisie avait connu le 26 janvier 1978 de grandes manifestations menées par l'organisation syndicale l' U.G.T.T. Les évènements du commando de Gafsa survenus le 26 janvier 1980 et la maladie de Hédi Nouira un mois plus tard, ont pesé lourdement sur les intentions de Bourguiba, l'incitant davantage vers l'ouverture politique de son parti à des éléments de l'opposition. Mais cette ouverture politique est très timide, car ne pouvant se faire que dans le respect du monopole du P.S.D. et du régime de Bourguiba...

Faisant suite à cette ouverture politique, le 8 mars 1980, Bourguiba a présidé au Palais de Carthage, la réunion du bureau politique du P.S.D. Et à l'initiative du Président, le bureau politique du P.S.D. par la voix de son Président Mohamed Sayah a arrêté trois résolutions dont la troisième a entériné cette ouverture politique dans les termes suivants ::

" Levée de la décision d'exclusion du Parti en date du 21 janvier 1972 prise à l'encontre de M.Ahmed Mestiri, de la décision en date du 10 mars 1974 portant suspension des activités de Mme. Radhia Haddad au sein du Parti et de la décision d'exclusion du Parti émanant du 9ème Congrès du parti en septembre 1974 à l'encontre de MM.Béji Caïd Essebsi, Mohamed Ben Amara, Hassib Ben Ammar, Sadok Ben Jemaa, Habib Boularès, Mohamed Salah Belhaj et Mohamed Moada. En vertu de la levée de ces décisions, les sus-nommés recouvrent leurs droits en tant que membres actifs du Parti" .

Ahmed Mestiri et Mohamed Moâda qui appartiennent au M.D.S. ont répondu défavorablement à l'appel de Bourguiba estimant que le geste de Bourguiba bien qu'il procède de "bonnes intentions", " ne modifie pas fondamentalement les données des problèmes qui se posent au pays à l'heure actuelles".

En effet, Ahmed Mestiri a eu un entretien avec Bourguiba le 6 mars 1980 au sujet de son intégration dans le gouvernement de Bourguiba et son parti le P.S.D. mais Ahmed Mestiri dans sa réplique a décliné cette proposition en soulignant : " la nécessité de dresser un bilan complet et sincère de la situation et de procéder aux changements substantiels et indispensables répondant aux aspirations du peuple tunisien et aux impératifs de l'avenir."

Toutefois, d'autres dirigeants du M.D.S. n'ont pas été opposés au geste de Bourguiba préconisant l'ouverture politique comme : Habib Boularès, Radhia Haddad, Béji Caïd Essebsi, Mohamed Amara, Hassib Ben Ammar, Sadok Ben Jemaâ et Mohamed Salah Belhaj.

L'ouverture politique de Bourguiba visait en réalité l'intégration des dirigeants du M.D.S. non seulement au Gouvernement mais aussi au P.S.D. de Bourguiba. C'était la meilleur solution pour affaiblir le M.D.S et l'encadrer politiquement.

Toutefois, parmi les membres du M.D.S., il y avait uniquement deux membres qui ont accepté de rejoindre le Gouvernement de Mohamed Mzali et d'intégrer le P.S.D. : il s'agissait de Sadok Ben Jemaâ et Béji Caïd Essebsi. Mais Bourguiba a exigé de Sadok Ben Jemaâ et de Béji Caïd Essebsi d'intégrer le parti politique du P.S.D. comme condition préalable à leur nomination au sein du Gouvernement de Mohamed Mzali.

Cette condition a été acceptée par Béji Caïd Essebsi et Sadok Ben Jemaâ impliquant ainsi leur démission du "Mouvement des Démocrates Socialistes", mouvement qui n'a pas encore reçu l'autorisation de se constituer en parti politique, au cours de l'année 1980.

En ce qui concerne Béji Caïd Essebsi, celui-ci a rapidement répondu positivement à l'appel de Bourguiba et a été reçu par ce dernier le 17 mars 1980. ( voir le quotidien tunisien "La Presse" du 18 mars 1980 ).

Dans une interview publiée par le journal français " l'express " en date du 16 juillet 2009, intitulée : Béji Caïd Essebsi : Bourguiba, " ni despote...ni démocrate " propos recueillis par la journaliste Dominique Lagarde, Béji Caïd Essebsi a déclaré à propos de son entretien qu'il a eu avec Bourguiba le 17 mars 1980 concernant son intégration au gouvernement et au P.S.D., que :

"... Bourguiba est un pragmatique qui sait composer avec les forces en présence. Lorsqu'il m'a demandé, après la nomination en 1980 de Mohamed Mzali au poste de Premier ministre, de revenir au gouvernement - où je n'étais plus depuis le début des années 1970 - j'ai d'abord refusé. Il m'a demandé pourquoi. Je lui ai alors expliqué que je ne croyais plus au parti unique. Je voulais rester destourien, contrairement à Mestiri, mais je pensais que d'autres formations que la nôtre devaient pouvoir exister..."

D'abord, Béji Caïd Essebsi pour sauver son honneur a fait semblant d'avoir refusé la proposition de Bourguiba d'intégrer le Gouvernement et le P.S.D : ce qui d'ailleurs n'est pas véridique puisqu'il a accepté cette proposition au motif qu'il veut rester "destourien, contrairement à Ahmed Mestiri".

Ainsi, Béji Caïd Essebsi tourne son dos à Ahmed Mestiri et à son M.D.S, le 17 mars 1980 en acceptant d'intégrer le gouvernement de Bourguiba, oubliant toutes ses critiques formulées de 1971 à 1974 contre Bourguiba et à son régime, période durant laquelle Béji Caïd Essebsi ne se revendiquait pas de sa qualité de destourien mais se revendiquait de son appartenance à l'aile libérale au sein du M.D.S. en rejoignant le combat d'Ahmed Mestiri...

Quant à son argument de vouloir intégrer le gouvernement de Bourguiba parce qu'il voulait rester destourien, cette argumentation a été d'ailleurs critiquée par Bourguiba qui dénonçait en 1974 le recours à cette référence de la qualité de destourien invoquée par l'aile libérale dont faisait partie Béji Caïd Essebsi. Lors de sa conférence de presse du 15 septembre 1974, Bourguiba a dénonçé le recours à l'étiquette de destourien invoquée par l'aile libérale dont faisait partie Béji Caïd Essebsi( voir supra sous VI), en soulignant :

" Je ne pense pas qu'un Parti aussi ouvert au dialogue que le nôtre doive se plier aux caprices des trois tondus et de quatre pelés dont le rôle se limite à créer des diversions. J'estime en toute conscience qu'il faudrait se débarrasser de ces personnes qui se servent de leurs qualité de Destouriens comme couverture pour saboter les travaux de ce congrès et pour s'imposer une seconde fois en usant des mêmes méthodes détournées que lors du précédent congrès"...

Si réellement, Béji Caïd Essebsi prétendait défendre le pluralisme et la démocratie, pourquoi a-t-il accepté d'intégrer le P.S.D. de Bourguiba ainsi que son gouvernement en 1980 et pourquoi s'il voulait défendre le pluralisme et la démocratie, n'a--t-il pas réagi en refusant d'intégrer le gouvernement comme cela a été fait parAhmed Mestiri ? On ne peut pas défendre le pluralisme en intégrant le P.S.D. et en quittant le M.D.S. car Bourguiba ne voulait pas réellement introduire le pluralisme...

D'ailleurs, à ce sujet, Ahmed Mestiri a eu un entretien avec Bourguiba le 6 mars 1980 au sujet de son intégration dans le gouvernement de Bourguiba et son parti le P.S.D. Cependant, contrairement à Béji Caïd Essebsi, Ahmed Mestiri dans sa réplique a décliné cette proposition au motif de la :

" la necessité de dresser un bilan complet et sincère de la situation et de procéder aux changements substantiels et indispensables répondant aux aspirations du peuple tunisien et aux impératifs de l'avenir." ( déclaration rapportée par l'Agence TAP du samedi 8 mars 1980 )

En acceptant d'intégrer le P.S.D. de Bourguiba, Sadok Ben Jemaâ a été nommé le 15 avril 1980 comme Ministre des Transports et des Communications en remplacement de Hassan Belkhoja. Il en est de même pour Béji Caïd Essebsi qui a été nommé le 4 septembre 1980 comme Ministre délégué auprès du Premier Ministre.

Cette première désignation de Béji Caïd Essebsi dépendant directement du premier Ministre Mohamed Mzali était un test pour contrôler les futurs agissements de Béji Caïd Essebsi, notamment à l'égard du M.D.S.

Lors du 11ème Congrès extraordinaire des 10-11 avril 1981, Béji Caïd Essebsi a été élu comme membre du Comité Central du P.S.D. Également, le 15 avril 1981, Bourguiba en désignant les membres du Bureau politique du P.S.D., a désigné Béji Caïd Essebsi comme nouveau membre de ce Bureau politique.

Ce même jour du 15 avril 1981, Bourguiba a nommé Béji Caïd Essebsi comme Ministre des affaires étrangères, fonction qu'il avait occupé jusqu'au 15 septembre 1986, connaissant lors de son Ministère beaucoup d'évènements maléfiques ( menaces militaires de Kadhafi sur la Tunisie avec exclusion des travailleurs tunisiens de la Lybie en 1985, raid d'Israël en 1985 sur le quartier de l'O.L.P. de Yasser Arafat à Hammam-Chatt, aux environs de Tunis, etc...). Cette nouvelle nomination était destinée à éloigner Béji Caïd Essebsi des affaires intérieures pour éviter le scénario d'Amed Ben Salah lorsque Béji Caïd Essebsi était Ministre de l'intérieur de 1965 à 1970 (voir supra sous II).

Lors des élections législatives anticipées du 1er Novembre 1981, Béji Caïd Essebsi a été élu député à la Chambre des Députés. Cependant, les élections législatives ont été truquées pour ne pas permettre aux mouvements d'opposition, notamment le "Mouvement des Démocrates Socialistes" (M.D.S.), et le "Mouvement de l'Unité Populaire" (M.U.P.) d'Ahmed Ben Salah, ainsi que le mouvement du Parti Communiste, d'avoir les 5% des voix votants, leur permettant d'être reconnus légalement .

Lors de l'interview précitée publiée dans le journal français " l'Express" en date du 16 juillet 2009, la journaliste Dominique Lagarde avait demandé à Béji Caïd Essebsi sa réaction devant les élections législatives du 1er novembre 1981 qui étaient truquées et pourquoi n'a-t-il pas démissionné ? Voici la réponse de Béji Caïd Essebsi en reproduisant le questionnaire de la journaliste Dominique Lagarde :

question de Dominique Lagarde :

" Mais la tentative d'ouverture du régime, que l'on attendait à l'occasion des élections législatives de 1981, échoue lamentablement. On bourre les urnes pour empêcher les partisans de Mestiri d'entrer au Parlement et d'obtenir les 5 % qui permettraient au MDS d'avoir une existence légale. Sans qu'aucun des partisans de la démocratisation du régime ne démissionne..."

Réponse de Béji Caïd Essebsi :

"On n'a pas bourré les urnes. On a décidé, avant même l'ouverture du scrutin, d'ignorer le vote des électeurs et de publier des résultats fabriqués de toutes pièces. Le gouvernement était divisé sur cette question du multipartisme et, malheureusement, nous n'avons pas tous tenu le même discours à Bourguiba. Moi, je n'étais plus en première ligne, car le chef de l'Etat m'avait entre-temps demandé de prendre le poste de ministre des Affaires étrangères, ce qui était aussi une façon de m'éloigner de la politique intérieure. Le ministre de l'Intérieur, Driss Guiga, était, lui, convaincu que Bourguiba, en dépit de ses déclarations devant le congrès du parti, ne voulait pas du multipartisme. J'ignore quelle a été la teneur exacte de ses conversations avec le président, je ne sais pas non plus s'il a reçu de sa part des instructions précises, ou s'il a interprété ses désirs. Il a en tout cas concouru à altérer la portée de ces élections, qui devaient être le moment de vérité du gouvernement Mzali."

Question de Dominique Lagarde :

"Pourtant, personne n'a démissionné, même pas vous, qui aviez quitté avec fracas, en 1972, votre poste d'ambassadeur en France..."

Réponse de Béji Caïd Essebsi :

"Non. Mzali, le chef du gouvernement, informé par Guiga la veille même des élections, a publiquement regretté par la suite de ne pas avoir claqué la porte à l'occasion de cet échec. Nous, les autres ministres de l'ouverture, n'avons appris que plusieurs mois plus tard ce qui s'était réellement passé, même si nous étions conscients que le crédit du gouvernement était atteint"...

En faisant le commentaire de ces déclarations, Béji Caïd Essebsi a affirmé qu'il n'était pas en première ligne lors de ces élections législatives du 1er novembre 1981 parce qu'il a été nommé Ministre des affaires étrangères. Néanmoins, il convenait de rappeler que Béji Caïd Essebsi avait oublié qu'il était candidat lors de ces élections législatives du 1er novembre 1981 et qu'il était également élu député à l'issue de ces élections. Par conséquent, étant élu député lors de ces élections législatives du 1er novembre 1981, Béji Caîd Essebsi a bien suivi le déroulement de ces élections tout en étant bien placé pour connaître de la réalité du trucage de ces élections, trucage qui va à l'encontre de la politique tendant au pluralisme préconisée par Bourguiba et par son Premier Ministre Mohamed Mzali... Mais alors que Béji Caïd Essebsi avait toujours prétendu défendre le pluralisme et la démocratie, si telle a été ses intentions pourquoi n'a-t-il pas démissionné de son siège de député, siège obtenu d'une élection truquée allant à l'encontre du pluralisme et de la démocratie ?...! Selon ses dires, Béji Caïd Essebsi n'avait appris que quelques mois plus tard de la réalité du trucage des élections législatives du 1er novembre 1981. Si réellement Béji Caïd Essebsi était honnête, il devrait démissionner lorsqu'il avait pris connaissance du trucage de ces élections et non pas conservé son siège de député jusqu'au 2 novembre 1986, sachant bien que son mandat a été obtenu grâce à des élections truquées...! ?

Dès le début de l'année 1986, la course à la succession de Bourguiba s'est confirmée par des remaniements ministériels. Les émeutes du pain en 1984, les manifestations incessantes du Syndicat U.G..T.T durant les années 1982-1985, les menaces de la Lybie sur la Tunisie durant les années 1984-1985 et le raid d'Israël en 1985 sur le quartier de l'O.L.P, près de Tunis, et l'ensemble de ces évènements ont affaibli le régime de Bourguiba. A cela, il convient d'ajouter le vieillissement de Bourguiba qui de plus en plus a du mal à contrer ses adversaires qui sans cesse cherchent à lui succéder...

C'est dans ce contexte que le 8 juillet 1986, sous l'influence du clan Hédi Baccouche et le général Ben Ali ( le président déchu), le Président Bourguiba a démis Mohamed Mzali de sa fonction de Premier Ministre lui reprochant d'être laxiste envers les islamistes et a nommé Rachid Sfar pour assurer désormais cette fonction de Premier Ministre.

Avec la destitution de Mohamed Mzali, le Président Bourguiba a procédé à des remaniements ministériels. Ainsi, Bourguiba avait mis fin le 15 septembre 1986 à la fonction de Béji Caïd Essebsi en tant que Ministre des affaires étrangères le remplaçant à cette fonction par Hédi Mabrouk.

Et dès le début de l'année 1987, Bourguiba avait nommé Béji Caïd Essebsi comme Ambassadeur en Allemagne de l'Ouest. Ainsi, Béji Caïd Essebsi s'est trouvé pour la troisième fois nommé Ambassadeur, mesure qu'il a toujours considéré comme une sanction l'éloignant du territoire tunisien.


VIII- Sous le régime du président déchu Ben Ali, Béji Caïd Essebsi adhère rapidement en 1988, au parti de Ben Ali en tant que membre du Comité Central du "Rassemblement Constitutionnel Démocratique" (R.C.D.), en étant élu député et désigné Président de l'Assemblée Nationale...

Le président Ben Ali qui est militaire de carrière au grade de général a adhéré tardivement au P.S.D. durant les années 80, Il a été introduit au P.S.D par Hédi Baccouche qui d'ailleurs a participé le 7 novembre 1987 à la destitution de Bourguiba, conjointement avec Kamel Eltaïef, Mohamed Chokri, le Général Habib Ammar et le Général Abdel.Hamid Bescheikh

Le régime de Ben Ali et son parti politique le "R.C.D". ne doivent pas se confondre avec le parti le "P.S.D" de Bourguiba.

L'année 1988 a connu une certaine ouverture politique notamment à des anciens destouriens de Bourguiba et des opposants du M.D.S. Cependant, cette ouverture politique a pris fin rapidement après les élections présidentielles et législatives du 2 avril 1989 lorsque Ben Ali a commencé sa purge à l'encontre de tous les éléments opposés à sa politique, notamment les islamistes, les partis politiques de gauche, les avocats défendant les droits de l'homme, et les anciens bourguibistes et anciens destouriens, notamment les amis de Mohamed Mzali, etc...

Il faut rappeler que le président déchu Ben Ali et Béji Caïd Essebsi se connaissait depuis les années 60 et ont travaillé ensemble lorsque du 7 novembre 1969 au 12 juin 1970, Béji Caïd Essebsi a été nommé Ministre d'Etat, délégué auprès du Premier Ministre Bahi Ladgham, chargé de la défense. Durant cette période, Ben Ali qui était au grade militaire de Commandant, occupait le poste de Directeur de la Sécurité militaire placé sous les ordres de Béji Caïd Essebsi et de Bahi Ladgham.

Dès l'arrivée de Ben Ali, le 7 novembre 1987, certains Ministres de Ben Ali comme Hédi Baccouche, Hamed Karoui, Abderrahim Zouari, Abdelaziz Ben Dhia et Chedly Neffati ont participé activement à mettre fin au parti du P.S.D. de Bourguiba pour donner naissance le 27 février 1988 à un nouveau parti baptisé le "Rassemblement Constitutionnel Démocratique" (R.C.D. ) .

Lors de la première réunion du Congrès du R.C.D baptisé le Congrès du Salut qui s'est tenue du 29 au 31 juillet 1988, Béji Caïd Essebsi a été désigné par Ben Ali comme membre de ce comité central R.C.D pour 5 ans. D'ailleurs sur les 200 membres de ce Comité Central du R.C.D, 122 membres ont été désignés directement par Ben Ali.

De même, Béji Caïd Essebsi a été membre du Comité central du R.C.D lors des élections du Comité Central en 1993 et en 1998 qui ont lieu respectivement du 29 juillet 1993 au 1er août 1993 réunissant le 2ème Congrès du R.C.D., baptisé le Congrès de la persévérance et du 30 juillet 1998 au 2 août 1998 , réunissant le 3ème Congrès du R.C.D, baptisé le Congrès de l'Excellence.

De même, lors des élections législatives du 2 avril 1989, Béji Caïd Essebsi a été élu député d'appartenance R.C.D., à la Chambre des Députés, dans la criconscription de Tunis pour une durée de cinq ans expirant le 20 mars1994. Et pourtant ces élections législatives ont été largement truquées en faveur du R.C.D., mettant Béji Caïd Essebsi en contradiction avec ses déclarations en faveur du respect des urnes et de la démocratie. En effet, ces élections du 2 avril 1989 combinaient à la fois l'élection présidentielle et législatives. Les résultats de ces élections ont été sans doute en faveur d'un plébiscite du président Ben Ali qui a été proclamé élu à 99,27 % des suffrages exprimés, en remportant sans opposition le mandat présidentiel de 5 ans.Tandis que les résultats des élections législatives qui se sont déroulées en même temps que les présidentielles ont fait apparaître la victoire du parti de Ben Ali le "R.C.D." qui a raflé la totalité des 140 sièges de la Chambre des Députés. Les partis politiques d'opposition, notamment le M.D.S. d'Ahmed Mestiri, le P.U.P., le R.S.P., l'U.D.U. et les listes indépendantes des islamistes n'ont obtenu aucun siège. Et pourtant, lors de ces élections législatives, les islamistes ont obtenu entre 13 et 16,7 % des voix exprimés. Ce qui a poussé l'ensemble de l'opposition à crier au trucage des urnes.

En plus de son mandat de député acquis grâce au trucage des élections du 2 avril 1989, Béji Caïd Essebsi a été désigné par Ben Ali comme Président de la Chambre des Députés, fonction qui a débuté le 14 mars 1990 et qui s'est achevée le 9 octobre 1991. Comme il a été souligné supra, la totalité des 141 sièges formant la Chambre des Députés issus des élections législatives du 2 avril 1989 sont d'appartenance du parti de Ben Ali, le R.C.D. L'opposition n'a obtenu aucun siège. Et pourtant, Béji Caïd Essebsi qui prétendait défendre le multipartisme a quand même accepté de présider une Chambre des Députés monocolore intégralement à dominante R.C.D, ne comportant aucun siège issu de l'opposition...!.

A ce sujet, dans un entretien paru dans l'hebdomadaire tunisien "Réalités" portant sur la semaine allant du 27 septembre 1991 au 3 octobre 1991, réalisé par Moncef Mahroug, Béji Caïd Essebsi qui était à l'époque, le Président de l'Assemblée Nationale sous la Présidence de Ben Ali avait déclaré qu'il s'accommodait très bien de l'état monocolore de l'Assemblée dominée intégralement par le R.C.D et que les élections législatives de 1989 étaient issues des urnes d'une manière démocratique , tout en faisant l'éloge de Ben Ali et de son régime marqué par la date du 7 novembre de la manière suivante :

"J'ai alors affirmé que personnellement cela ne me gênait pas d'être à la tête d'une chambre monocolore dans la mesure où c'est en raison d'une volonté populaire, où c'est le verdict des urnes.... Mais comme je suis légaliste, j'accepte le verdict des urnes. Et à ce titre, j'estime que notre Assemblée a été légalement et légitimement élue...

D'ailleurs, à l'usage, nous avons remarqué que le fait que tous les députés appartiennent au R.C.D. ,ne les a pas empêchés d'user de leur franc parler... Je dois à la vérité et à l'honnêteté de dire, que depuis que le choix démocratique a été fait et annoncé par le Chef d'Etat ( Ben Ali ) dans son adresse au peuple le 7 novembre 1987, un long chemin a été parcouru, jalonné de réformes dans des domaines les plus variés..."

Mais la présidence de la Chambre des Députés par Béji Caïd Essebsi n'a pas duré logntemps puisque Ben Ali a mis fin à sa fonction le 3 octobre 1991. Les raisons du limogeage de Béji Caïd Essebsi de la présidence de la Chambre des Députés n'ont pas été précisées, ne sachant pas si c'est pour mettre fin aux ambitions de Béji Caïd Essebsi visant la Présidence ou est-ce pour mettre fin aux déclarations politiques intempestives de Béji Caïd Essebsi ?

Dans un article intitulé : " la révolution, ce n'est pas la démocratie ", paru à la revue "Jeune Afrique" en date du 12 avril 2011, Béji Caïd Essebsi a eu un entretien avec le journaliste Marwane Ben Yahmed dans lequel il s'expliquait sur son limogeage de la présidence de la Chambre des Députés en date du 3 octobre 1991, en déclarant que :

"J’avais accepté, un peu malgré moi, mais j’assume, la présidence de la Chambre des députés. J’ai souhaité alors instiller une certaine ouverture, en laissant les députés s’exprimer et voter librement. Nous ne risquions pas grand-chose, d’ailleurs, puisqu’ils étaient tous destouriens. On parlait alors du Printemps de Tunis. Il n’aura duré qu’une saison… C’est alors que l’on m’a proposé de quitter l’Assemblée pour la présidence du Conseil constitutionnel. J’ai répondu que je ne cherchais pas du travail, que s’ils voulaient ma place, ils pouvaient la prendre. Et je suis parti"

Ces explications n'apportent guère de conviction. Toujours est-il que le président déchu Ben Ali a mis fin à la fonction de Béji Caïd Essebsi en tant que Président de la Chambre des Députés puisque selon ses dires, il lui a proposé la Présidence du Conseil Constitutionnel...


IX- Sous la révolution tunisienne du 14 janvier 2011, Béji Caïd Essebsi a été nommé Premier Ministre, le 27 février 2011. Il se présente comme Bourguibiste.

Le 27 février 2011, le Président par intérim Foued Mebazzaâ a nommé comme Premier Ministre Béji Caïd Essebsi, en remplacement de Mohamed Ghannouchi qui a été démissionnaire. Il est à rappeler que Foued Mebazza et Béji Caïd Essebsi se connaissaient très bien depuis 1965 et ont travaillé ensemble lorsque Béji Caîd Essebsi a été désigné Ministre de l'intérieur le 5 juillet 1965, Foued Mebazzaä a été désigné aussi ce jour du 5 juillet 1965 comme Directeur de la Sûreté Nationale sous l'autorité de Béji Caïd Essebsi.

A peine installé au pouvoir, Béji Caïd Essebsi a fait semblant de défendre la révolution, en critiquant le président déchu Ben Ali et son régime alors qu'auparavant, sous le régime de Ben Ali, Béji Caïd Essebsi était un vrai défenseur de la cause de Ben Ali, notamment, lorsqu'il était Président de la Chambre des Députés en 1990 et membre du Comité Central du parti de Ben Ali, le R.C.D durant 15 ans, sans compter sa collaboration en 1969 avec le Commandant Ben Ali lorsqu'il était Ministre de la Défense....! (Voir supra sous VIII).

De même, dès sa prise en fonction le 27 février 2011, Béji Caïd Essebsi s'est présenté au peuple tunisien comme étant un ancien Bourguibiste, un ancien destourien. Lors du meeting de Monsatir (Tunisie) du 24 mars 2012, Béji Caïd Essebsi avait exprimé son intention de regrouper, sous l'égide de l'héritage de Bourguiba, les partis politiques tunisien qui sont opposés au Gouvernement de la "Troîka" dominé actuellement par le parti islamiste "Ennahdha".

Seulement, Béji Caïd Essebsi avait certainement oublié son ancien parcours politique lorsqu'il était au M.D.S. avec l'aile libérale d'Ahmed Mestiri de 1972 à 1980, critiquant sans cesse et de long en large le bourguibisme, critiques d'ailleurs qui lui ont valu en 1974 son expulsion du parti de Bourguiba, à savoir le "Parti Socialiste Destourien" (P.S.D.) (Voir supra sous VI).

Lors de la révolution tunisienne du 14 janvier 2011, Béji Caïd Essebsi a été toujours fidèle à son habitude de retourner sa veste et de se positionner politiquement comme un Caméléon qui change de couleur au grès de son environnement....

Dans l'article précité intitulé : " la révolution, ce n'est pas la démocratie ", paru à la revue "Jeune Afrique" en date du 12 avril 2011, Béji Caïd Essebsi répondait aux questions du journaliste Marwane Ben Yahmed sur ses relations avec Ben Ali, de la manière suivante :

- Question de Marwane Ben Yahmed : comment avez-vous vécu ce fameux 14 janvier et la fuite de Ben Ali ?

- Réponse de Béji Caïd Essebsi :

" Croyez-moi ou non, je savais que Ben Ali allait s’enfuir. On m’a beaucoup consulté pendant la révolte. Certains chefs de partis politiques sont venus me voir et m’ont dit : « Comment va-t-on s’en sortir ? » Je leur répondais : « Ne vous inquiétez pas, Ben Ali va vous aider. Il va s’enfuir… » Je ne suis pas Madame Soleil, mais c’était dans l’ordre des choses. Cet homme n’avait aucune éthique. Il n’avait pas plus de courage. Mais son départ a été un énorme soulagement. "

De même, dans le magazine français d'information intitulé "Marianne", Béji Caîd Essebsi a eu un entretien avec le journaliste Guy Sitbon, entretien intitulé : "la libye est une affaire intérieure tunisienne" . Au cours de cet entretien, Béji Caïd Essebsi a répondu à la question consistant de savoir s'il n'a pas été surpris par la fuite de Ben Ali en distant ainsi :

"Oh, non ! Je connaissais un peu le bonhomme. Inculte et lâche. Trop corrompu pour s’intéresser à autre chose qu’à sa fortune. Les hommes d’argent n’ont souvent pas d’autre cause que l’argent."

Si aujourd'hui, Béji Caïd Essebsi juge le président Ben Ali comme étant un bonhomme inculte, lâche et corrompu, pourquoi alors il a adhéré durant 15 ans à son parti le R.C.D, comme membre du Comité Central de ce parti, et a été élu député d'appartenance R.C.D en 1989 et a accepté même d'être Président de la Chambre des Députés en 1990-1991, sous le régime de Ben Ali...?

Entré en fonction le 27 février 2011, Béji Caïd Essebsi s'est prononcé contre les manifestations des rues et les grèves arguant qu'il faut restaurer la dignité de l'Etat ( Haybet Eddawla...).

Dans son discours prononcé au Palais des Congrès, à Tunis, le mercredi 8 juin 2011 Béji Caïd Essebsi explicite sa conception de la légitimité.

"Ce gouvernement, à qui on adresse des reproches, est le fait qu’il n’a pas de légitimité.

En vérité, personne n’a de légitimité. Mais si la légitimité est de cours, le gouvernement en en a plus que le reste.
Pourquoi ?
Parce qu’il a une légitimité fonctionnelle. Il n’y a pas un État sans un gouvernement. Il est l’interlocuteur homologue pour tout autre gouvernement dans tout autre État .Malgré ce fait , il n’a pas de légitimité électorale .
C’est en effet un manque , mais sa légitimité est conventionnelle. Deux choses valent mieux qu’une"...


La légitimité gouvernementale importe peu pour Béji Caïd Essebsi tout en défendant le gouvernement provisoire formé le 7 mars 2011 comme ayant une légitimité fonctionnelle. Cette conception de la légitimité fonctionnelle de Béji Caïd Essebsi reflète son autoritarisme et son goût à vouloir gouverner au mépris des urnes et du choix du peuple... Dans les pays de démocratie, il est inconcevable de rencontrer un gouvernement qui ne tire pas sa légitimité des élections mais de sa fonction et de sa finalité... La légitimité fonctionnelle d'un gouvernement se rencontre très souvent dans le régime totalitaire et de dictature.... Le Président Bourguiba s'est érigé de 1956 à fin 1987, comme étant le Combattant Suprême, cumulant entre ses mains tous les pouvoirs en prétendant justifier sa légitimité en se fondant sur sa fonction présumée selon lui de "sauveur" du peuple tunisien, méprisant les élections et des urnes, en osant se proclamer Président à vie... Cette légitimité fonctionnelle d'un gouvernement est une conception totalitaire qui refuse la légitimité des élections et des urnes reflétant le choix du peuple...On peut rencontrer une légitimité fonctionnelle pour un Conseil Constitutionnel par exemple mais, il est inconcevable de la reconnaître pour un gouvernement, ne serait-ce que provisoire, qui désire s'imposer au peuple, sous couvert de sa fonctionnalité, sans passer par les urnes....

Le 7 mars 2011, Béji Caïd Essebsi et Foued Mebazzaa sur recommandation d'un homme d'affaires Kamel Eltaïef, ont procédé à la désignation de nouveaux Ministres pour former le gouvernement. Des anciennes figures du temps de Ben Ali ont fait partie du gouvernement Essebsi, comme Habib Essid qui était dans les années 90 au Ministère de l'intérieur ou comme Rafaa Ben Achour qui était en 2002 Secrétaire d'Etat à l'Education Nationale, etc..

De même, dès le mois de mars 2011, des anciens cadres du Ministère de l'intérieur du temps de Ben Ali ont été désignés de nouveau par Béji Caïd Essebsi comme des Directeurs de Sécurité au sein du Ministère de l'intérieur comme Nabil Abid, Taoufik Dimassi, Yassine Tayeb, Ali Jelassi, Imed Daghar,etc...

La désignation de ces responsables de la Police et de la Garde Nationale au Ministère de l'intérieur en 2011 par Béji Caïd Essebsi et Habib Essid en concertation avec Kamel Eltaëf prouvaient que Béji Caïd Essebsi ne voulait pas mettre fin au régime de Ben Ali puisque ces hauts responsables du Ministère de l'intérieur avaient occupé des postes importants sous Ben Ali.

Dans l'ensemble, lorsque Béji Caïd Essebsi était premier ministre du 27 février 2011 au 24 décembre 2011, il a essayé de mener une politique caractérisée par les traits suivants :

- en réprimant les manifestations,

- en renforçant le régime policier comme au temps de Ben Ali, en leur octroyant la promotion et l'augmentation des salaires,

- en maintenant la torture dans les centres de détention et dans les prisons,

- en défendant le maintien en fonction des responsables et des fonctionnaires de la haute administration appartenant au R.C.D du temps de Ben Ali telles que les Gouverneurs, les délégués, les Omdas, les directeurs de la police et de la gendarmerie, les directeurs de la police politique et de la Sûreté nationale, les Commissaires des centres de police et de la gendarmerie, les directeurs de la Douane, les directeurs des écoles primaires, les directeurs des lycées et collèges, les surveillants généraux et censeurs des lycées, ainsi que les doyens des Universités, les hauts fonctionnaires des ministères et des administrations, les procureurs de la République, les hauts magistrats, ainsi que les fonctionnaires des tribunaux, les ambassadeurs et Consuls, les anciens directeurs des journaux, des télévisions et de la radio,etc...

- en défendant les Ex-Rcédistes se prononçant contre leurs inéligibilité à la Constituante...


X- Après son échec aux élections de la Constituante tunisienne, et très assoiffé pour reprendre le pouvoir, Béji Caïd Essebsi fonde son parti " l'appel de la Tunisie ".

Lorsqu'il était premier ministre en 2011, Béji Caïd Essebsi a prononcé un discours au Palais des Congrès, à Tunis, le mercredi 8 juin 2011 dans lequel il a confirmé son engagement de laisser le pouvoir à ceux qui sont élus par la Constituante en précisant de la manière suivante :

"Parce que ce gouvernement, quand il s’est constitué, il a eu une feuille de route. C’est-à-dire, le président de la république, avant la constitution du gouvernement, s’est adressé au peuple et il a dit : « Voilà la mission de ce gouvernement ! » .
Le gouvernement est tenu par cette chose. Le gouvernement, et parmi ses objectifs, est de veiller à faire élire une Assemblée constituante, avec pour jour de vote le 24 juillet 2011. Ceci est notre engagement.Ce gouvernement dont les membres sont ici présents, s’est engagé à faire en sorte que le 24 juillet 2011, soit le jour des élections de l’Assemblée constituante. Ainsi, le gouvernement vous dit : « Au revoir ! ». Il laisse, ainsi, les affaires aux personnes élues de manière légitime..."

Malgré sa perte des élections de la Constituante tunisienne qui n'ont pas eu lieu le 24 juillet 2011 mais le 23 octobre 2011, Béji Caïd Essebsi n'a pas tenu sa parole en refusant de dire "au revoir" au gouvernement actuel de la "Troïka" et en refusant également de laisser les affaires aux personnes élues d'une manière légitime.
Ce qui est surprenant, c'est que Béji Caïd Essebsi compte aujourd'hui se représenter aux élections présidentielles. En effet, dans une interview parue au journal Émirati "Al Bayane" en date du 26 décembre 2012, Béji Caïd Essebsi a affirmé qu'il se présentera aux prochaines élections présidentielles, accédant ainsi au désir des Tunisiens...Seulement, Béji Caïd Essebsi a oublié son âge de 86 ans, faisant de lui l'homme du passé, dépassant l'âge limite de 75 ans prévu dans la nouvelle Constitution tunisienne.

En effet, au sujet des élections de la Constituante le 23 octobre 2011, les urnes se sont exprimées démocratiquement le 23 octobre 2011 pour l'élection de l'Assemblée Nationale Constituante qui a été chargée de l'élaboration d'une nouvelle Constitution tunisienne et contrairement à ce qui a été attendu, le peuple tunisien a voté lors de ces élections en grande partie pour :

1- le parti islamiste ENNAHDHA qui a obtenu à la Constituante 89 sièges sur 217 sièges de la Constituante,

2- le parti " le Congrès pour la République" de Moncef MARZOUGUI (C.P.R) qui a obtenu 29 sièges sur les 217 sièges de la Constituante.

3- les listes indépendantes de la pétition populaire qui ont obtenues 27 sièges à la Constituante tunisienne

4- le parti " Ettakatol" de Moustafa BEN JAAFAR qui a obtenu 20 sièges sur les 217 sièges de la Constituante.

Les trois partis politiques Ennahdha, le C.P.R. et Ettakattol ont réparti le pouvoir où Moncef Marzouki du C.P.R. est à la Présidence de la République , Hamadi Jebali d'Ennahdha est Premier Ministre et Moustafa Ben Jaafar d'Ettakattol est à la Présidence de la Constituante. Les membres des partis politiques d'opposition (P.D.M), (P.D.P);Initiative, etc... ont refusé de faire partie de ce gouvernement dit "Troïka".

Réagissant contre sa défaite aux élections de la Constituante tunisienne du 23 octobre 2011, Béji Caïd Essebsi procèdele 16 juin 2012 à la création de son parti politique appelé "L'Appel de la Tunisie" qui a été légalisé le 6 juillet 2012.

Ce parti politique dénommé " l'Appel de la Tunisie " regroupe parmi ses adhérents des Ex-Rcédistes et des anciens Bourguibistes ainsi que des membres de la gauche...

Parmi les membres du Comité Exécutif du parti " L'Appel de la Tunisie" on y trouve les membres suivants :

Taïeb Baccouche, Lazhar Karoui Chebbi, Selma Elloumi Rekik, Ridha Belhaj, Mohsen Marzouk, Rafaa Ben Achour, Lazhar Akremi, Hédi Ghodhbani, Abdelmajid Sahraoui, Khemaïes Ksila, Mohamed Raouf Khammassi, Boujemâa Remili, Slim Chaker, Wafa Makhlouf Sayadi, Samah Dammak, Anis Ghedira, Abdelmajid Chaker, Faouzi Elloumi, Mahmoud Ben Romdhane, Mondher Belhaj Ali, Hafedh Caïd Essebsi, Leïla Hamrouni, Najoua Makhlouf, Abdelaziz Mzoughi, Taher Ben Hassine, Bochra Belhaj Hmida, Mustapha Ben Ahmed, Amina Rekik, Amina Ben Gaddour, Olfa Khelil, Saïda Garrache et Souha Ben Othmen.

Une dizaine de députés à l'Assemblée Constituante ont démissionné de leurs partis politiques et ont décidé de rejoindre le parti de " l'Appel de la Tunisie" de Béji Caïd Essebsi comme : Ibrahim Kassa, Abdelazi Kotti, Dhamir Mannaï, Mohamed Ali Nasri,, Khemaïs Ksila, Jamel Gargouri, Chokri Yaïche, Abdelmomen Krir, Rabiaä Najlaoui.

Malgré que les élections de la Constituante ont été très démocratiques, Béji Caïd Essebsi a contesté la légitimité du gouvernement de la "Troika", émanation de l'Assemblée Nationale Constituante tunisienne, élue d'une manière démocratique !

Contrairement à son engagement pris lors de son discours du 8 juin 2011 précité, Béji Caïd Essebsi tente aujourd'hui de réintégrer le Gouvernement en s'imposant par la force et en se fondant sur le fait que ce gouvernement actuel de la "Troïka" , en demeurant après le 23 octobre 2012, n'est pas légitime.

Dans une Conférence de presse tenue le jeudi 20 septembre 2012, Béji Caïd Essebsi a affirmé à ce sujet que :

"Nous avons fait un premier pas vers la démocratie en organisant les élections du 23 octobre. La feuille de route a été signée par environ 15 leaders de partis, tels que Rached Ghannouchi, Maya Jeribi et Ahmed Brahim. Sauf Marzouki, habitué à être un cas à part. Finalement, cette feuille n'a pas été appliquée et aucune date des élections n'a été fixée jusque-là. La nouvelle ISIE n'a également pas été constituée. Je ne sais pas pourquoi ils ne gardent pas l'ancienne surtout qu'ils n'ont pas été capables de constituer une autre. Le processus démocratique s'est donc arrêté. La légitimité électorale prendra fin le 23 octobre. Ils n'ont pas d'autre choix à part la légitimité consensuelle". ( Pour cette déclaration, voir le site électronique tunisien "Gnet-Temps Fort", article publié le 20 septembre 2012 intitulée "Tunisie/Beji Caied Essebsi : "La Troika est finie").

Ce raisonnement juridique a été soutenu par les membres du parti "Appel de la Tunisie" de Béji Caïd Essebsi, notamment ses juristes Rafaa Ben Achour et son frère Yadh Ben Achour, et autres... Dans un article paru sur le site électronique "Leaders" en date du 12 décembre 2012, intitulé " Remédier aux dangers du vote et du gouvernement majoritaires : le recours au tawâfuq", Yadh Ben Achour critique la légitimité majoritaire du gouvernement Hamadi Jebali, lui préférant une légitimité consensuelle (en Arabe Tawafuq), en critiquant les élections de la Constituante comportant de l'absentéisme ainsi que le système électoral de vote qui a conduit à l'éparpillement des voix exprimées. Seulement, Yadh Ben Achour oublie que ce système électoral a fait l'objet du décret-loi N° 2011-35 qui a été élaboré par son Groupe des Experts au sein de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution (ISROR), présidée d'ailleurs par Yadh Ben Achour. Dans ce décret-loi N° 2011-35 relatif aux élections de la Constituante, c'est bien Yadh Ben Achour et son groupe d'Experts de l'ISROR ( Farhat Horchani, Slim Laghmani,etc...) qui ont prévu le mode de scrutin proportionnel, et également la parité ainsi que la multiplication des candidatures ouvertes aux candidats libres et aux partis politiques...C'est bien ce système conçu par Yadh Ben Achour et son groupe d'Experts de l'ISROR qui était prévu pour barrer la route à la Constituante au parti islamique Ennahdha qui a été la cause principale de l'échec des partis politiques comme le P.D.P, le P.D.M., l'Initiative, etc...Après avoir fait l'objet du vote du peuple tunisien, Yadh Ben Achour mécontent des résultats des élections, préfère dévier les conséquences de ce résultat électoral en imposant le consensus dans la composition du gouvernement au détriment des résultats des urnes, le seul moyen démocratique, véritable expression du peuple...

Cependant, ce raisonnement juridique de Béji Caïd Essebsi contestant la légitimité du Gouvernement Hamadi Jebali n'est pas fondé et ne peut être soutenu juridiquement pour les raisons suivantes :

1- le gouvernement actuel de Hamadi Jebali tire sa légitimité de l'Assemblée Nationale Constituante qui a adopté le 10 décembre 2011, par 141 voix pour et 37 voix contre, la loi constituante N° 2011-6 relative à l'organisation provisoire des pouvoirs publics. Cette loi constitutionnelle a été promulguée le 16 décembre 2011 et publiée au Journal officiel de la République tunisienne N° 97, le 23 décembre 2011


Selon l'article 10 de cette loi constitutionnelle relative à l'organisation provisoire des pouvoirs publics:

" L'Assemblée nationale constituante choisit le Président de la République, par vote secret, à la majorité absolue de ses membres, parmi des candidats parrainés par au moins 15 membres de l'Assemblée nationale constituante, et ce immédiatement après l'adoption de la présente loi."

En application des dispositions de cet article 10 de cette loi constitutionnelle relative à l'organisation provisoire des pouvoirs publics, l'Assemblée Nationale Constituante a procédé le 12 décembre 2011 à l'élection du nouveau Président provisoire de la République parmi les 10 candidats ayant présenté leurs candidatures. Seul Moncef Marzouki du parti du Congrès Pour la République remplissait les conditions requises et par conséquent, il a été élu par 153 voix et a prêté serment le 17 décembre 2011 devant les élus de l'Assemblée Nationale Constituante.

Quant à la formation du Gouvernement, cette formation est prévue par les dispositions de l'article 15 de cette loi constituante sur l'organisation provisoire des pouvoirs publics qui dispose :

"Le président de la République, après concertation, charge le candidat du parti ayant obtenu le plus grand nombre de sièges au sein de l'Assemblée nationale constituante de former le Gouvernement.

Le président du Gouvernement, mandaté conformément au premier alinéa, forme le Gouvernement et soumet ses travaux au Président de la République dans un délai ne dépassant pas 15 jours de la date de son mandat. Le dossier contient la composition du Gouvernement et un exposé récapitulatif de son programme.
Le Président de la République soumet, dès sa réception, le dossier de formation du Gouvernement au président de l'Assemblée nationale constituante.
Le président de l'Assemblée nationale constituante, convoque une assemblée générale au plus tard 3 jours après la date de la réception dudit dossier de formation du Gouvernement, en vue de lui accorder la confiance à la majorité absolue des membres."

En application de cet article 15 de la loi sur l'organisation provisoire des pouvoirs publics, le Président Moncef Marzouki a nommé le 14 décembre 2011 Hamadi Jebali du parti "Ennahdha" comme Président du Gouvernement étant donné qu'il est issu du parti qui a obtenu le plus grand nombre de sièges au sein de l'Assemblée Constituante au termes de l'alinéa 1 de cet article 15 en question.

La composition du gouvernement a été soumise au Président Moncef Marzouki et ensuite à l'Assemblée Nationale Constituante le 22 décembre 2011. A son tour, Le 23 décembre 2011, l'Assemblée Nationale Constituante a voté la confiance du gouvernement Hamadi Jebali

Par conséquent, il apparaît clairement, que tout remaniement profond dans la composition du Gouvernement de Hamadi Jebali doit avoir le vote de confiance de l'Assemblée Nationale Constituante en vertu des dispositions de l'article 15 de la la loi constitutionnelle relative à l'organisation provisoire des pouvoirs publics.

2- la légitimité de l'Assemblée Nationale Constituante est incontestable car c'est le peuple tunisien qui s'est exprimé démocratiquement à travers les élections et qui a désigné le 23 octobre 2011, ses 217 élus de la Constituante. La légitimité de l'Assemblée Nationale Constituante est incontestable, légitimité reflétant l'expression du peuple tunisien.

3- l'Assemblée Nationale Constituante issue des élections du peuple tunisien du 23 octobre 2011 est souveraine et sa souveraineté ne peut pas être subordonnée à la signature de la déclaration du processus transitoire signée le 15 septembre 2011 par 11 partis politiques limitant à une année les travaux de la l'Assemblée Constituante en ce qui concerne la rédaction de la nouvelle Constitution tunisienne. La souveraineté de l'Assemblée Constituante est inaliénable. Elle ne peut être mise en cause que par le même moyen du vote populaire. Les 11 partis politiques signataires de la déclaration du processus transitoire en date du 15 septembre 2011 ne représentent pas l'ensemble du peuple tunisien et par conséquent, les effets juridiques de cette déclaration du processus transitoire ne peuvent pas l'emporter sur les décisions de l'Assemblée Constituante dont les 217 élus représentent l'ensemble du peuple tunisien. L'Assemblée Nationale Constituante légitime et souveraine, émanation de l'expression du peuple tunisien n'est pas du tout liée par la déclaration du processus transitoire signée le 15 septembre 2011, uniquement par 11 partis politiques qui ne représentent pas l'ensemble du peuple tunisien, à l'instar de la Constituante, d'autant plus que sur les 11 partis politiques signataires de cette déclaration, seuls quelques partis ont réussi à avoir des élus à la Constituante : ce qui met en cause la représentativité de la déclaration en comparaison à l'Assemblée Nationale Constituante.

Il en est de même de l'article 6 du décret N° 2011-1086 du 3 Août 2011 portant convocation des électeurs d'élire les membres de l'Assemblée nationale constituante qui charge l'Assemblée Nationale Constituante d'élaborer une constitution dans un délai maximum d'un an à compter de la date de son élection. En effet, d'abord ce décret N° 2011-1086 a été pris unilatéralement par le président intérimaire de l'époque Foued Mebazzaa. Si le décret N° 2011-1086 est un décret d'application visant la convocation des électeurs, les dispositions de l'article 6 n'entrent pas dans le cadre des mesures d'application visées par ce décret de convocation des électeurs et Foued Mebazzaa semble être en excès de pouvoir pour imposer à la future Assemblée Constituante, la méthode de travail à suivre dans le futur, de surcroît une Assemblée Constituante souveraine, élue démocratiquement par le peuple tunisien.

Au point de vue de la hiérarchie des normes, le pouvoir constituant et ses décisions l'emportent sur les dispositions de l'article 6 du décret N° 2011-1086 précité...

D'autre part, la durée d'une année imposée à l'Assemblée Nationale Constituante pour achever la rédaction de la nouvelle Constitution est impossible à tenir en raison des difficultés rencontrées au sein de la Constituante pour pouvoir mener les travaux à terme en raison de l'opposition constante des députés de l'opposition qui à chaque vote d'un texte n'hésitent pas à soumettre des centaines de propositions de modification du texte en question : ce qui entraîne la perte du temps dans le déroulement des travaux de la Constituante...Également, les députés de l'opposition se retirent en bloc et s'absentent souvent pour boycotter les travaux de la Constituante : ce qui contraint la Constituante à reporter ses travaux pour défaut de quorum.

Il est à rappeler que la rédaction de la Constitution tunisienne de juin 1959 a duré environ trois années.

Fait par Mounir Ben Aïcha,
le 02 janvier 2013.



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