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"Stop à l'apologie du terrorisme": 3 questions à Narjis Rerhaye, journaliste et écrivaine


Vendredi 6 Janvier 2017 modifié le Samedi 7 Janvier 2017 - 22:43

Narjis Rerhaye, journaliste de renom et écrivaine, est à l’initiative d’une lettre ouverte ««Stop à l’apologie du terrorisme ». Ulcérée et révoltée par les injures et les insultes proférées à l'encontre des deux victimes marocaines tuées dans l’attentat perpétré, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, contre une célèbre boite de nuit d’Istanbul, Narjis Rerhaye a adressé une Lettre ouverte au Conseil national des droits de l’Homme pour alerter sur une jeunesse "prise en otage par ceux qui n’ont d’autre but que de +daechiser+ les esprits avant de les transformer en chair canon", et appeler à l’application de la loi contre toute forme d’apologie du terrorisme. Publiée le 4 janvier, cette lettre a déjà recueilli la signature de milliers de personnes dont des ministres, des artistes, des journalistes, des cinéastes, des activistes...

propos recueillis par Hasna Daoudi




"Stop à l'apologie du terrorisme": 3 questions à Narjis Rerhaye, journaliste et écrivaine
Vous êtes à l’initiative de la pétition « Stop à l’apologie du terrorisme ». Au-delà de la dénonciation des injures et des insultes dont ont fait l’objet les victimes marocaines de l’attentat d’Istanbul, quels sont vos objectifs ?

Il faut d’abord savoir que cette lettre ouverte adressée au président du Conseil national des droits de l’homme est née d’une indignation collective. Devant le torrent d’insultes dont ont fait l’objet les Marocaines décédées dans l’attentat d’Istanbul, une profonde colère a grondé en nous. Pas question de rester silencieuse et de s’indigner dans le confort feutré du salon. Des jeunes sont mortes parce qu’un terroriste en a décidé ainsi. Elles ont perdu la vie alors qu’elles célébraient dans la joie le passage au nouvel an. Elles ont été froidement assassinées. Elles ne méritaient pas de mourir. Et nous devons tous respect à leur mémoire et à la douleur de leur famille. Personne, non, personne ne mérite de mourir sous les balles d’un terroriste.
Il nous a semblé urgent Ahmed Ghayet, fondateur de l'association "Marocains Pluriels", et moi-même de prendre la parole, de faire entendre une autre voix, celle de l’humanité en lieu et place de la haine et de la violence. La lettre ouverte que nous avons mise en ligne sur la page « stop à l’apologie du terrorisme » et qui a recueilli en moins de 24 heures des milliers de signatures a deux objectifs. Ses signataires demandent d’abord l’application de la loi qui sanctionne toute personne faisant l’apologie du terrorisme. Il faut que l’Etat de droit puisse fonctionner. On est prompts à monter des procès en sorcellerie à l’encontre de lycéens qui s’embrassent ou des jeunes filles qui portent des jupes, mais on laisse faire en toute impunité ces internautes abreuvés à la culture de la haine. Ensuite, le deuxième grand objectif de notre lettre ouverte vise la prévention. A l’évidence, il y a une dérive. A l’évidence il y un putsch opéré sur les valeurs. A l’évidence, la jeunesse marocaine a un référentiel qui n’est pas celui porté depuis des siècles par la société marocaine. C’est la raison pour laquelle nous disons qu’ici plus que jamais la prévention passe par le système éducatif. Au lieu d’enseigner aux élèves que la philosophie est une matière d’impies, apprenons-leur le vivre ensemble, le vrai, celui qui ne condamne pas non plus la joie de vivre et le droit de faire la fête…

Votre pétition est-elle aussi un moyen d’honorer la mémoire de ces deux jeunes femmes tuées dans cet horrible attentat du Nouvel An ?


Rendre justice à ces jeunes femmes assassinées par un terroriste ayant fait allégeance à Daech mais aussi exprimer toute notre solidarité à leurs familles –à qui le Roi a exprimé toute sa compassion- qui sont dans la douleur et le deuil. Ces Marocaines avaient sûrement des rêves, des ambitions, des projets encore à accomplir. Elles ont été fauchées, arrachées à l’affection des leurs parce qu’elles se sont trouvées un 31 décembre au mauvais endroit, au mauvais moment. Pour nous, il s’agit de dire et haut et fort que ces deux femmes sont des victimes du terrorisme qui viennent s’ajouter malheureusement à la longue liste macabre des victimes du terrorisme tombées de par le monde.

Vous allez rencontrer le président du CNDH la semaine prochaine. Qu’attendez-vous comme mesures concrètes ?

Nous rencontrons effectivement le président du CNH pour lui remettre de manière formelle la lettre ouverte et la liste des signataires. Il est important que cette action qui est la nôtre ne soit pas seulement virtuelle. Nos demandes sont contenues dans la lettre adressée au CNDH . Nous allons surtout écouter le président du Conseil national des droits de l’Homme.



"Stop à l'apologie du terrorisme": 3 questions à Narjis Rerhaye, journaliste et écrivaine
texte intégral de la Lettre ouverte:

"STOP A L'APOLOGIE DU TERRORISME !

Nous réclamons l’application de la loi et la mise en œuvre urgente d’un système de prévention par l’éducation.

L’ignominie fait son lit jusque sur les réseaux sociaux où publications et commentaires faisant l’apologie d'actes terroristes et d'incitation au terrorisme grossissent en un torrent nauséabond emportant toute humanité sur son passage.
Certes l’incitation à la haine, à la violence n’a pas attendu la naissance du web pour gangréner les esprits et armer les bras mais la toile en a démultiplié l’impact et fait sauter toutes les barrières.
Sans remonter loin dans le temps il suffit de relire les posts faisant l'éloge de Mevlut Mert Altintas, l’assassin de l'ambassadeur russe Andereï Karlovb le 19 décembre à Ankara.
D’ailleurs les auteurs de ces propos sont actuellement auditionnés par le juge d’instruction pour leurs écrits...
Il est indispensable de rappeler que l’apologie d’actes terroristes constitue un crime puni par la loi, conformément à l’article 218-2 du Code pénal, en conséquence nous signataires de cette lettre ouverte demandons fermement que la loi soit appliquée avec force !
La tuerie de la discothèque Reina à Istanbul a été à nouveau l’occasion d’un déferlement de propos haineux, racistes, sexistes allant jusqu’à justifier la mort de jeunes Marocaines par leur simple présence dans ce lieu.
Cela est inadmissible !
Stop au silence, stop à la complaisance face à de telles dérives, il est temps que la société civile, les personnes éprises de paix, de bon sens et refusant de voir une partie de sa population- et en particulier de sa jeunesse – prise en otage par ceux qui n’ont d’autre but que de ‘’daechiser’’ les esprits avant de les transformer en chair canon, réagissent.
En l’absence de gouvernement nous demandons au CNDH de créer une commission - réunissant tous les acteurs concernés - afin de veiller à ce que l’apologie du terrorisme, où qu’elle se manifeste, soit sanctionnée et mettre sur pied une politique de prévention et d’éducation (écoles, maisons de jeunes, médias, tissu associatif, réseaux sociaux, mosquées...) de façon prioritaire.
Nous signataires de cette lettre ouverte déclarons être disponibles pour contribuer – chacun dans son domaine de compétences – et agir afin de mettre un terme à l’apologie du terrorisme qui menace notre société toute entière."

Vendredi 6 Janvier 2017 - 15:26