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Sarkozy a oublié son discours sur l’enseignement de la langue arabe


Pr Véronique Soulé





Des promesses, toujours des promesses. Comme ministre de l’Intérieur, puis comme chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy s’est beaucoup impliqué dans la réorganisation de l’islam de France. Sur la scène européenne, il se présente volontiers comme le leader du rapprochement avec les pays de la Méditerranée. Aussi avait-il voulu donner un éclat particulier aux premières Assises de l’enseignement de la langue et de la culture arabes en France qui se sont tenues à Paris, le 9 octobre 2008. Dans un message lu à la tribune, il avait alors fait de grandes déclarations : «La langue arabe est une langue d’avenir et de progrès, de science et de modernité. Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe.» Avant de conclure : «Je souhaite que ces assises débouchent sur des pistes concrètes de développement de l’enseignement de l’arabe en France.»

Les enseignants d’arabe avaient alors cru en un avenir radieux, d’autant plus que Xavier Darcos, alors ministre de l’Education, avait annoncé plusieurs mesures dans la foulée - comme l’ouverture de sections avec de l’arabe en sixième. Or, qu’en est-il un an et demi après ? Aucune de ces mesures n’a été mise en place. Mais surtout, la «langue d’avenir» célébrée par Sarkozy, loin d’être promue, est abandonnée à son triste sort. Le Capes (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré) est en effet supprimé à la session 2011 - aucun poste n’est proposé au concours qui n’aura donc pas lieu. L’agrégation, elle, subsiste mais seuls trois postes sont proposés alors que le ministère prévoit cinq départs à la retraite - en 2010, il y avait eu quatre postes à l’agrég et cinq au Capes.

Comment en est-on arrivé là ? Chaque année, le nombre de postes aux concours de recrutement des enseignants est fixé par discipline. Ce chiffre est le résultat d’un calcul complexe, péréquation entre le nombre de professeurs disponibles, celui des départs prévus (pour l’essentiel à la retraite) et celui des élèves attendus. Interrogée sur le cas de l’arabe par Libération, la directrice des ressources humaines du ministère de l’Education, Josette Théophile, explique que l’on a procédé «à une simple régulation des flux». Ces calculs se faisant dix-huit mois à l’avance, explique-t-elle en substance, on peut se tromper. Or, dans le cas de l’arabe, on a prévu dans le passé plus de départs à la retraite que cela n’a été. Il a donc fallu limiter le recrutement. Mais, assure-t-elle, «cela s’est fait sans réduire l’offre» d’arabe dans les établissements.

C’est bien le reproche de l’Association française des arabisants (Afda) qui regroupe les professeurs du secondaire et du supérieur : «L’arabe devient une langue toujours plus étrangère à l’école de la République», estiment-ils dans un communiqué dénonçant la fermeture du Capes. On compte environ 8 500 étudiants d’arabe, dont 1 800 étudient par correspondance faute d’avoir l’option dans leur établissement, et 705 sont des élèves des classes préparatoires, généralement issus du Maghreb ou du Liban. A côté, conformément aux conventions sur les «enseignements de langue et culture d’origine» signées avec la France, plusieurs pays du Maghreb proposent des cours avec des maîtres détachés, qui rassemblent plus de 40 000 enfants du primaire. Enfin, selon une estimation du ministère de l’Intérieur, plus de 60 000 jeunes fréquentent des cours d’arabe dispensés par le secteur associatif, en partie confessionnel.

Pour les arabisants, c’est bien la preuve qu’il manque une volonté politique malgré les trémolos présidentiels. Comment lutter contre le rouleau compresseur de l’anglais et de l’espagnol sans un volontarisme officiel ? Comment ne pas voir que la place laissée vide risque d’être occupée par des groupes communautaires, voire islamistes ? Dans le public pourtant, le potentiel existe, du côté des élèves comme des enseignants. On dénombre selon le ministère 227 profs dont 61 en surnombre - n’ayant pas assez d’heures de cours, ils complètent leurs services en travaillant au Centre de documentation et d’information (CDI). «Si l’on peine à ouvrir des classes d’arabe alors que les écoles coraniques sont pleines, s’interroge l’Afda, n’est-ce pas précisément du fait du délabrement de l’enseignement public de l’arabe, victime à la fois de préjugés tenaces et d’une politique comptable désespérément aveugle devant l’importance de l’enjeu ?» Mais le gouvernement répond «gestion des flux».

«Il n’y a pas de contradiction entre préparer l’avenir et investir dans la langue arabe.»


*(Source Libération 20/7/2010)
Mardi 20 Juillet 2010 - 08:01



Mardi 20 Juillet 2010 modifié le Mardi 20 Juillet 2010 - 08:08

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