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Sapho à Atlasinfo.fr: "J’ai chanté à Jérusalem comme à Gaza pour que cesse cette guerre injuste"


Mercredi 30 Novembre 2011 modifié le Mercredi 30 Novembre 2011 - 12:16

Issue d’une famille juive marocaine, Sapho, de son vrai nom Danielle Ebguy est une artiste franco-née le 10 janvier 1950 à Marrakech. Chanteuse dans plusieurs langues (français, arabe, anglais, espagnol, hébreu), elle a également donné de nombreuses lectures de poésie, et publié une dizaine de romans, dont ‘’Douce violence’’, ‘’Ils préféraient la lune’’ et ‘’beaucoup autour de rien’’.
Après une enfance heureuse au Maroc, Elle déménage avec ses parents en France où elle signe en 1977 un premier album intitulé ‘’Le Balayeur du Rex’’, avant de prendre le pseudonyme de Sapho, en référence à la poétesse grecque.
Après un séjour d’un an à New York où elle était correspondante du magazine ‘’Actuel’’, elle part pour Londres où elle enregistre ‘’Janis’’, album influencé par le rock américain des années 1960. Les années 1980 sont très prolifiques : paraissent tour à tour ‘’Le Paris stupide’’ (1981), ‘’Passage d’’enfer (1982) et ‘’Barbarie’’ (1983), albums courageux qui dénoncent le racisme et le machisme.
En 1991, elle sort l’album ‘’La Traversée du désir’’ enregistré à Rabat avant de s’investir en 1994 dans la musique et les sonorités arabes en produisant un spectacle hommage à Oum Kalsoum, ‘’Al Atlal’’ (Les Ruines) qu’elle chante à Jérusalem. Soutenant plusieurs causes, elle tente de symboliser l’union entre Juifs et Arabes, Palestiniens et Israéliens avec son album ‘’Orients’’, joué par un orchestre mixte de Nazareth.





Sapho à Atlasinfo.fr: "J’ai chanté à Jérusalem comme à Gaza pour que cesse cette guerre injuste"
Atlasinfo: Quelle influence ou quelle séduction exerce sur vous le Maroc?

Sapho: C’est plus que de la séduction puisque je me sens chez moi au Maroc. C’est le pays de mon enfance et de mon adolescence et j’ai été élevée à la marocaine et j’avais des mères adoptives qui étaient des Marocaines. Et si on regarde mon travail, que ce soit ma musique, mes poèmes ou mes romans, on s’aperçoit vite qu’il ya des traces du Maroc.. J’ai fait mes études primaires à Marrakech, cette ville que je considère comme le café serré du Maroc, parce que lorsqu’on est à Marrakech, on est déjà en Afrique. Les Gnawas ne sont pas loin, les couleurs de la ville sont africaines, rouges, et c’est aussi la porte du désert.

- Vous êtes chanteuse, romancière et poétesse, pourquoi tout cela à la fois ?

Ma relation avec la culture et l’art, je la dois à mon père qui avait une passion pour la chanson et qui était aussi d’une grande culture à la fois arabe et française. Il avait étudié l’arabe classique et l’hébreu mais il avait aussi fait des études supérieures en littérature française. Il nous a donc transmis cet amour du verbe et de la musique.

- Le verbe politique peut être, puisque vous avez soutenu plusieurs causes dans vos chansons, dont la cause palestinienne ?

Il faut dire que la conscience politique m’est venue très tardivement. Au Maroc, j’ai vécu mon enfance et mon adolescence dans l’insouciance. Les gens ne t’harcèlent pas par des questions genre qui vous êtes, quelle est la profession de votre père, alors qu’en France, on vous demande tout de suite d’où vous venez, votre carte d’identité, vous êtes nés où…Et cela m’avait choqué parce que le Maroc d’où je venais était un pays très sensuel, très poétique, mais pas politique.

- Et quand vous avez entamé votre parcours de militante ?

La curiosité de comprendre les raisons de ce conflit absurde entre Israéliens et Palestiniens a éveillé en moi ce sens de la justice. Je ne supportais pas qu’il y ait cette guerre injuste et vous pouvez lire dans plusieurs de mes écrits ce rêve d’une reconnaissance mutuelle entre la Palestine et Israël. C’est un rêve pour lequel je me suis tant battue…J’ai chanté à Jérusalem comme à Gaza pour la paix et pour l’entente et l’amitié entre les deux peuples.

- Sous quelle étiquette tu menais ton combat ?

Je le menais sous l’étiquette de la poésie et de la musique sans rien d’autres. J’avais tissé au fil des années des liens étroits avec des militants à Gaza. J’ai rencontré plusieurs fois le président Arafat, et une fois quand il était venu à l’institut du monde arabe, j’avais écrit un texte que j’ai lu devant lui. Le texte est paru dans le journal Le Monde..J’ai réalisé aussi un livre collectif ‘’un très proche orient’’ qui a été traduit d’ailleurs au Maroc. C’est un livre dans lequel j’ai rassemblé des écrits des israéliens, des palestiniens, des chrétiens, des allemands et des gens de partout dont des Marocains tels Mahi Binbine, Fouad Laroui et autres. Ils étaient 100 personnes ayant écrit sur ce conflit, parmi eux Mahmoud Darwich. J’étais alors partie voir Arafat pour lui donner ce bouquin qu’il a fortement apprécié.

- Et Vous croyez en une solution proche de ce conflit qui dure plus de 60 années ?

Je pense que les gens des deux côtés veulent la paix, et moi j’y crois parce que l’expérience m’a montré que mêmes les gens qui sont à priori contre la paix, finissent un jour par changer d’avis. Il y a des extrémistes bien sûr des deux côtés. Ils sont peu nombreux, mais on les entend malheureusement plus que la majorité qui est pour la paix et qui ne s’exprime pas assez.

- Et votre carrière littéraire ?

J’ai écrit plusieurs romans, un essai, un récit poétique et trois recueils de poésie. Et dans mes poèmes, comme dans mes livres, on retrouve ce militantisme permanent qui m’envahit.

- Et votre parcours musical ?

Ce que je trouve magnifique dans le fait d’avoir chanté devant des cultures absolument différentes c’est que le point fort d’un concert reste le même pour n’importe quel public. Je me souviens d’un concert avec un morceau ou je chantais très fort de manière très rock et à chaque fois, que ce soit en Afrique, en Amérique ou au Japon, le public applaudissait, c’est-à-dire que ça traverse les cultures. C’est vrai qu’à travers le monde, les gens sont très différents les uns des autres, mais il va y avoir un artiste qui va faire quelque chose avec sa voix, avec son corps, et là il y a une espèce de fraternité qui traverse toute la salle et c’est partout pareil.

- Sapho n’est pourtant pas très connue au Maroc ?

Je pense qu’il y a une vraie tendresse des Marocains vis-à-vis de moi, mais je ne suis malheureusement pas assez connue parmi les masses. J’étais invitée la dernière fois à Mawazine et j’ai un regret absolu d’avoir été dans un théâtre où il fallait payer 100 Dh pour entrer. Je regrette parce que j’aurais aimé être comme tous les autres artistes dans une salle gratuite…Outre la musique où je suis auteur, interprète et compositeur, je fais aussi du théâtre, de la peinture. Je vais jouer les Fables de la Fontaine au théâtre en janvier-février. Et je suis romancière aussi. On me connaît plus comme chanteuse, mais j’ai fait quelques petites œuvres, j’ai écrit neuf livres quand même.

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Mercredi 30 Novembre 2011 - 10:55

Propos recueillis par Ahmed Elmidaoui




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