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Salon du halal 2010 : zoom sur un marché qui explose


Mardi 30 Mars 2010 modifié le Mardi 30 Mars 2010 - 11:18

Le Salon du Halal en France connaît une croissance fulgurante. Il reçoit mardi 30 et mercredi 31 mars à Paris des milliers de visiteurs. Le taux de pré-inscrits au salon s'élevait lundi soir à plus de 40 % par rapport à 2009. Coup de projecteur sur un marché qui explose, silencieusement (?), avec Antoine Bonnel, organisateur du Salon du halal depuis sa création, il y a six ans.




Salon du halal 2010 : zoom sur un marché qui explose
Le salon du Halal connaît d'année en année un succès fulgurant et, paradoxalement, nombreuses sont encore les enseignes frileuses pour mettre en avant leurs produits halal. Comment l'expliquez-vous ?

Antoine Bonnel : Il y a effectivement beaucoup plus de multinationales qui intègrent ce marché qu'avant. Des groupes comme Nestlé ou Sodeb'O investissent le marché de par sa stabilité et sa structuration : on est passé d'un marché ethnique à un marché de masse.
Mais la plupart comme ceux que je viens de citer n'affichent pas directement leur marque sur le Salon du halal : elles ont encore un peu peur. Et je crois que cette peur a été renforcée par l'énorme tollé médiatique qui a été fait autour du Quick. Du coup, elles ont un peu peur de s'afficher et d'avoir des répercussions auprès de leur clientèle traditionnelle.
Mais le halal commence quand même à être présent dans les grands médias de masse, il est d'ailleurs présenté comme un produit extrêmement banalisé. Il n'y a qu'à voir la campagne d'affichage d'Isla Délice : elle n'a pas l'air du tout d'une publicité pour produit ethnique, lequel ressemble tout à fait à n'importe quel plat cuisiné ; c'est une volonté de le rendre très attrayant et très occidental, et cela correspond aussi à une attente du consommateur qui est un consommateur moderne, qui veut manger des plats cuisinés de même qualité que les autres, mais simplement avec une rigueur halal.

Champagne, cosmétiques, sex-shop… on assiste à un halal à tout-va. Le Salon a-t-il ouvert grand ses portes à n'importe quelle enseigne se disant halal, ou avez-vous plutôt procédé à une sélection ?

A. B : Nous sommes porteurs d'une éthique. C'est une question très importante et très complexe car, aujourd'hui, il n'existe pas une définition unique du halal, et il n'y a pas une autorité qui définit ce que c'est. Donc c'est extrêmement difficile et, en tant qu'organisateur de salon professionnel, ce n'est pas moi qui peut dire : « Ça, c'est du halal ; ça, ce n'est pas du halal. »
Tant qu'il n'y aura pas une norme unique, le Salon ne pourra pas se mettre à la place des musulmans : ce sont eux (mosquées, associations) qui doivent se mettre d'accord sur ce qu'est le halal.
Cependant, il se trouve un deuxième degré de sélection : nous sommes plutôt contre le fait d'avoir du champagne halal, parce que l'on considère que l'appellation « champagne halal », cela n'est pas possible : là, c'est du non-sens ! Cela signifie qu'on ne peut accepter d'avoir un produit qui soit un peu douteux quant à son positionnement. Il y a quelques années, j'avais aussi refusé BagdadCola, qui mettait en avant des photos d'enfants blessés en Irak.
Ensuite, ce que l'on a essayé d'appliquer, c'est qu'au moins les gens soient capables de présenter une certification. Après, pour ma part, je ne suis pas capable − et je ne connais d'ailleurs personne qui puisse l'affirmer clairement − de dire que la Grande Mosquée d'Évry n'est pas bien, qu'Arrissala n'est pas un bon certificateur, etc. Ce sont des produits qui sont vendus dans les magasins et qui aujourd'hui constituent une offre halal non négligeable. Quand vous pensez à l'approche de Casino qui dit : « Nous, on accepte un certain nombre de certifications. En revanche, on ne donne pas notre avis, on ne donne pas nos préférences ; simplement, on informe nos consommateurs », ce concept-là m'intéresse. De même, j'ai arrêté de faire comme chaque année un débat sur la certification halal, cela ne sert strictement à rien ! Personne n'apporte une nouvelle idée ni de nouvelles propositions.


De qui attendez-vous la mise en place d'une norme halal ?

A. B : En 2004, quand j'ai créé le Salon du halal je me suis associé à Benamar Taif, qui était à l'époque président de la commission du halal au sein du CFCM (Conseil français du culte musulman). Je pensais que le CFCM en avait l'autorité, ce fut un échec monstrueux : ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord, le CFCM, c'était essentiellement la Grande Mosquée d'Évry, la Grande Mosquée de Lyon et celle de Paris. Chacun campait sur ses positions, et chacun finalement défendait plus ses intérêts économiques que cultuels.
J'attends effectivement une norme qui va être imposée par l'État français, après discussion et consultation de la communauté musulmane, d'où va sortir une traçabilité, être publié un cahier des charges. Et lorsque cette norme existera ne pourront être exposants au Salon du halal à Paris que les gens qui répondront à la norme halal qui a été imposée par une autorité qui peut être l'État français.


Comme cela s'est fait récemment en Belgique ?

A. B : Absolument. Tant qu'il n'y a pas de norme reconnue, j'écoute qui ?… Le voisin qui me dit que son voisin n'est pas halal, qui lui-même me dit que son voisin n'est pas halal… Pour être tout à fait réaliste, après plusieurs années d'organisation du Salon du halal et de participation à des forums, il faut qu'on trouve rapidement quelque chose qui fasse l'unanimité, sinon j'ai bien peur qu'en France le consommateur se retrouve à choisir selon sa sensibilité, parce qu'il est contre l'électronarcose, alors que d'autres seront pour, parce qu'il est plus proche de telle ou telle mosquée, etc. D'où l'urgence d'avoir une norme unique en France.


On dit souvent que le secteur du halal est tenu principalement par des non-musulmans, vous confirmez cette tendance ?

A.B : Bien sûr, j'en suis l'exemple même en tant qu'organisateur du Salon ! Mais ce n'est pas cela qui importe : on me considère plus comme un rassembleur. Il est évident − je le constate davantage au niveau de la production qu'au niveau de la distribution − que le secteur traditionnel est tenu par les musulmans. En revanche, on remarque qu'il y a une mainmise des acteurs économiques de la production, à l'instar de Charal, d'Oriental Viandes, d'Isla Délice, de Médina halal... Tous ces grands opérateurs sont tenus par des non-musulmans, ce qui ne veut pas dire que ce n'est pas sérieux.
La raison, je crois, est d'ordre historique. Prenez, par exemple, la Grande-Bretagne : il y a beaucoup plus de musulmans qui sont à la tête des entreprises, ou même d'empires de restauration, de distribution et de transformation. Je crois que cela est lié à la caractéristique même du type d'immigration.
On a eu en France une immigration économique de populations issues du Maghreb, qui sont arrivées sans un sou et qui ont réussi de génération en génération à monter socialement à être plus autonomes, à accéder à des métiers plus rémunérateurs. Je pense qu'elles n'avaient pas la possibilité économique d'avoir aujourd'hui la mainmise sur le marché du halal, contrairement à ce qui se passe en Grande-Bretagne, où ce sont des gens fortunés qui y ont émigré et qui avaient déjà les moyens financiers pour créer des entreprises.
La raison est donc pour moi historique, et je pense que cela va changer dans les années à venir. D'ailleurs, la jeunesse issue de l'immigration est beaucoup plus structurée que les générations précédentes. Beaucoup font des écoles de commerce...

Certains qualifient le secteur du halal de repli communautaire, qu'en pensez-vous ?

A. B : Je dis non, c'est faux. Nous sommes dans la logique d'intégration. Le halal correspond aujourd'hui à une donnée culturelle et économique incontournable. Puis il y a d'autres cultures, d'autres applications religieuses alimentaires qui sont déjà là en France depuis plusieurs années et cela n'a jamais créé de problème. Je dis aussi que la France est une mosaïque de cultures. Le halal devient banal : qui aurait dit il y a quatre ans que Casino allait lancer une campagne d'affichage vantant un produit halal ?


Algérie, invitée d'honneur du Salon ?

A. B : C'est un choix historique. Cela fait quatre ans que l'Algérie est très fidèle au Salon du halal. C'est un pays qui découvre le secteur halal en France et en Europe, et qui, après avoir pris connaissance des potentialités, veut se saisir du marché, en exportant surtout des produits culturels, les « produits du bled », que l'on retrouve souvent dans les étalages halal (dattes, etc.).

Salon de l'alimentation et des services halal
30 et 31 mars 2010
Hall 3 - Porte de Versailles, à Paris
Plus d'informations sur : www.parishalalexpo.com
Mardi 30 Mars 2010 - 10:54

saphirnews




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