Atlasinfo.fr: l'essentiel de l'actualité de la France et du Maghreb
Rubriques




Saïd Saadi : Il n’y a plus d’État en Algérie


Mardi 15 Juin 2010 modifié le Mardi 15 Juin 2010 - 18:22

Le leader du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Saïd Saadi, s’est dit consterné par l’enchaînement en Algérie de « fraudes électorales, d’abus d’autorité, de despotisme, de corruption généralisée et de misère sociale"




Saïd Saadi : Il n’y a plus d’État en Algérie
Lors d’une conférence de presse lundi au CAPE (Centre d’accueil de la presse étrangère) à Paris, devant de nombreux journalistes, l’opposant kabyle issu de la génération des acteurs du Printemps berbère de 1980, connu sous le nom du ‘’Printemps noir’’, a tenu à expliquer que ‘’la misère sociale en Algérie se manifeste dans trois volets : des jeunes qui plongent dans le terrorisme, des jeunes qui deviennent des boat-people, ou bien des cadres qui fuient le pays’’.

‘’Je n’ai jamais vu autant de demandeurs d’emploi que maintenant, alors que l’Algérie dispose de plus de 120 milliards de dollars de réserve de change... C’est la preuve qu’il ne suffit pas d’avoir de l’argent pour avoir une dynamique de développement’’, a-t-il déploré.

Pour ce psychiatre de formation entré en politique en 1988, après avoir purgé une peine de trois ans pour ‘’atteinte à la sûreté de l’État’’, le destin de l’Algérie était programmé pour en faire une démocratie pluraliste. ‘’Or, il se trouve, se désole-t-il, que nous sommes l’un des pays les plus dégradés à tous les points de vue, politique, économique et social.

A un journaliste qui l’interrogeait sur les raisons de cette dégradation, il explique que la vie publique algérienne a toujours été, et depuis 1963, confisquée par la même oligarchie qui abuse des mêmes procédés et poursuit les mêmes objectifs.

‘’L’opacité et la corruption constituent aujourd’hui une culture politique largement partagée dans le sérail algérien, poursuit-il, en reprochant à la communauté internationale son attitude ‘’complaisante’’ à l’égard du pouvoir algérien, même si ‘’en privé’’, elle se dit ‘’choquée’’ par les pratiques de fraudes électorales et administratives.

Il a à cet effet exhorté la communauté internationale d’assumer sa part de responsabilité en mettant un terme à une ‘’complaisance sinon une complicité avec des acteurs politiques disqualifiés et dont l’incurie constitue aujourd’hui une menace régionale géostratégique.

‘’Les Algériens auront, de leur côté, à prendre leur responsabilité en s’engageant pour un changement de régime et non un changement dans le régime’’, a-t-il indiqué avant d’expliquer aux partenaires de l’Algérie que « les avantages qu’ils tirent de la faiblesse d’un pouvoir qui hypothèquent les intérêts économiques de son peuple et renonce à sa souveraineté politique pour survivre sont des visions à courte vue’’.

Il a également mis l’accent sur la nécessité pour la communauté internationale de composer avec des partenaires rigoureux mais légitimes dans une coopération loyale et transparente. Pour ce faire il faudra, dit-il, penser dès aujourd’hui à veiller que les prochaines échéances électorales soient conditionnées par un cahier des charges clair et qui s’imposera à tout compétiteur et une surveillance internationale massive et qualifiée.

Détaillant la situation politico-sociale qui prévaut actuellement en Algérie, le leader kabyle a mis en avant la série de secousses politico-médiatiques qui ont ébranlé la scène algérienne et qui ont pour causes essentielles, selon lui, des scandales financiers qui n’épargnent aucun secteur : Sonatrach, autoroute est-ouest, métro et tramway d’Alger, détournements des fonds destinés à aider la petite paysannerie…

Tous les domaines de la vie économique et financière sont gangrénés. Le budget de l’État vient d’être quasiment multiplié par deux à la veille de la saison estivale’’, a-t-il révélé en insistant sur le fait que ‘’l’Algérie ne vit certes pas sous le parti unique mais elle est toujours régie par la pensée unique’’.

Face à ces débordements financiers, le pouvoir algérien n’a pas, dit-il, dérogé d’un iota à ses pratiques. ‘’Tout se passe comme si la corruption n’était pas un problème systématique. Les jeunes se réfugient au maquis où se jettent à la mer, les cadres fuient pour préserver leurs enfants d’un système éducatif suicidaire et le divorce entre le peuple algérien et les dirigeants n’a jamais été aussi patent’’.

Le volet économique a été savamment détaillé par l’opposant algérien qui a expliqué en réponse à une question sur la gestion de la rente pétrolière en Algérie, que celle-ci ne suffit plus à freiner la paupérisation et l’absence d’un centre de pouvoir dominant et livre le pays à des affrontements claniques cycliques qui perturbent une vie institutionnelle végétative.

‘’Pour se rassurer, les différentes sectes se réfugient, révèle-t-il, dans le recrutement tribal, chacune squatte l’espace qui lui est dévolue. Il n’y a plus d’État en Algérie », a le leader du RCD pour qui ‘’cet évanouissement éthique et la confusion politique qu’il génère ont transformé l’Algérie en jachère où divers concurrents se disputent les restes d’un cadavre’’.

A une question sur les partenaires traditionnels de l’Algérie, à commencer par l’UE, qui recommandent aujourd’hui prudence et retenue à leurs investisseurs, à cause de la situation encore fragile en matière de sécurité et du climat économique décourageant en Algérie, il a expliqué que rares sont les partenaires étrangers qui prennent au sérieux la coopération avec l’Algérie étant donné les barrières sciemment mises par des promoteurs algériens parrainés par des généraux, en vue de contrecarrer les investissements étrangers et aussi à cause de la gestion financière et bancaire considérée comme étant ‘’la plus mauvaise’’ du Maghreb et dans la Méditerranée.

M. Saadi s’est, à ce propos, félicité de l’expérience édifiante du Maroc dans le domaine du développement durable et de la gestion des énergies renouvelables pour un environnement sain, et qui devrait faire du Maroc un leader mondial en la matière.

‘’J’étais agréablement surpris, lors de ma récente visite au Maroc, par l’effort gigantesque qui se fait en matières des énergies renouvelables, dans les régions de Ouarzazate et d’Essaouira, avec un investissement de plusieurs milliards de dollars », a-t-il dit.

Interrogé enfin sur la proclamation récente en France du gouvernement provisoire kabyle, le leader du RCD, lui-même Kabyle, s’est dit en désaccord avec une telle démarche, tout en prônant une large opération de régionalisation en Algérie.

Revenant sur la polémique suscitée en Algérie par son récent ouvrage sur le colonel Amirouche : ‘’Une vie, deux morts, un testament’’, paru aux Editions L’Harmattan, il a expliqué qu’il s’agit d’une Biographie d’un combattant trahi par les siens, et tué par le général Massu.

« Les ossements de celui que j’appelle ‘’le Jean Moulin algérien’’, ont ensuite été gardés au secret par Boumedienne », explique-t-il. ‘’C’est, à mon avis, une forfaiture qui annonçait la dérive dans laquelle se débat la nation depuis un demi-siècle’’.

Atlasinfo

Mardi 15 Juin 2010 - 17:28





Nouveau commentaire :
Twitter