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Remaniement : ambiance plombée dans les ministères


Mardi 20 Juillet 2010 modifié le Mercredi 10 Novembre 2010 - 23:14




Remaniement : ambiance plombée dans les ministères
Ames sensibles, s’abstenir. Des ministres de la République marchent, tête baissée, vers l’échafaud. Discrètement, dans une indifférence presque générale, ils subissent une sorte de calvaire qui doit encore durer plus de trois mois. Nicolas Sarkozy a annoncé que des têtes tomberaient à l’automne. «Un supplice chinois», plaisante Dominique de Villepin. En dehors d’une poignée de valeurs sûres, rares sont ceux qui peuvent se dire certains de rester au gouvernement. Beaucoup se croient condamnés. Certains se cherchent encore des raisons d’espérer. D’autres, plus résignés, ont hâte d’en finir. Ils envient leur collègue Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération, qui eut l’audace de mettre fin lui-même à son existence ministérielle. «Vivement que ça s’arrête !» confiait récemment l’un d’eux, pressé de retrouver sa mairie.

Licencier. En attendant, pour que les choses soient bien claires, les condamnés sont priés de licencier leurs collaborateurs. Il ne devra pas en rester plus de 20 pour les ministres et pas plus de quatre pour les secrétaires d’Etat : une exigence de la «République irréprochable» chère à Sarkozy. Dans ces conditions, l’ambiance est devenue lourde au Conseil des ministres. «On est là, autour de cette grande table, on se regarde et on se dit qu’une quinzaine d’entre nous serons sacrifiés en octobre», confie un membre du gouvernement, qui se donne peu de chance d’échapper à la charrette. Résigné, Il se prépare déjà à reprendre son mandat de parlementaire. D’ici là, comme beaucoup de ses collègues, il se demande comment gérer les trois mois à venir. Difficile de se mettre au travail sur des dossiers qu’on devra abandonner dans quelques semaines.

impossible. Travailler ? Il n’en est de toute façon plus question. Dans de nombreux secrétariat d’Etat, on fait le même constat : faire tourner un cabinet à quatre, c’est impossible. «Un directeur de cabinet, un chef de cabinet, un conseiller pour le Parlement et un autre pour la communication. C’est tout. On va devoir se séparer de tous les conseillers techniques. Comment fonctionner dans ces conditions ? Mystère», explique un membre de cabinet.

A divers degrés, tous les secrétariats d’Etat sont concernés. Chez Jean-Marie Bockel (Justice), Rama Yade (Sports), Nathalie Kosciusko-Morizet (Prospective), Nadine Morano (Famille), Benoist Apparu (Logement) ou Chantal Jouanno (Ecologie), on prévoit de deux à six départs. Chez cette dernière, on a même dû renoncer au recrutement d’une jeune femme qui avait imprudemment cru pouvoir démissionner de son emploi.

Dans les ministères de plein exercice, la réduction à vingt du nombre de conseillers, associée à une probable baisse des salaires, passe aussi très mal. «C’est travailler plus pour gagner moins!» se désole-t-on dans les palais de la République. «L’ambiance est étrange. Un peu comme après l’annonce d’un plan social. Cela peut en pousser certain à lever le pied», note un conseiller.

En annonçant un remaniement quatre mois à l’avance - pratique inédite sous la Ve République - Nicolas Sarkozy a commis une très grosse bourde dont il n’a pas fini de payer le prix. Il y eut, le mois dernier, la révolte du fidèle Joyandet, qui refusa d’attendre l’exécution de la sentence. Et ce n’est pas fini. S’il s’en tient au calendrier qu’il a lui même fixé, le chef de l’Etat va devoir gérer, jusqu’à fin octobre, cette pénible chronique d’une hécatombe annoncée. Il a promis - et son secrétaire général, Claude Guéant, l’a plusieurs fois confirmé - un profond remaniement autour d’une «équipe resserrée» après le vote de la réforme des retraites. Une équipe resserrée, cela signifie une quinzaine de ministres épaulés par une quinzaine de secrétaires d’Etat grand maximum. Soit au total un gouvernement d’au plus trente membres. Dont une poignée de gens neufs, censés incarner le nouveau souffle de cette fin de quinquennat. Des quarante membres du gouvernement Fillon, une quinzaine pourraient donc être remerciés. Et même si Christian Blanc (Grand Paris) et Alain Joyandet ont devancé l’appel, cela fait encore beaucoup de monde. Dans ce contexte, l’entrée en vigueur des mesures de réduction du train de vie de l’Etat préparent en quelque sorte le terrain.

Amiable. Avant la fin du mois, les directeurs de cabinet devront avoir présenté un plan de sortie des collaborateurs en surnombre. Ces sorties posent d’ailleurs un problème juridique puisqu’elles n’interviennent ni dans le cadre d’un départ pour faute grave ni dans celui d’une démission d’un ministre. Il faudra donc s’assurer que tous les collaborateurs acceptent de partir à l’amiable. Ce n’est pas gagné. Pour régler ce problème, il faudrait que le Premier ministre choisisse, pour la forme, de présenter sa démission, ce qui ipso facto mettrait fin à tous les contrats de membres de cabinet.

Lors des derniers Conseils des ministres, Nicolas Sarkozy a invité les membres du gouvernement à s’appuyer désormais sur leurs administrations. Cette consigne laisse sceptique, y compris dans les ministères de plein exercice : «Nous allons nous retrouver avec des cabinets nettement plus modestes que celui du président du groupe UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, ou que celui du président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon. Est-ce normal ?» s’indigne un conseiller, qui craint de voir son ministre, affaibli, placé sous une tutelle plus étroite encore de l’Elysée.

Si personne ne conteste que l’exécutif doit s’imposer à lui-même la rigueur qu’il impose au pays, beaucoup estiment que Sarkozy est allé trop loin, dans la réduction de la taille des cabinets comme dans le resserrement du gouvernement. Déjà, les cyniques font le pari que le chef de l’Etat finira par oublier ses fortes paroles. Depuis le début du quinquennat, il a déjà agité la promesse d’un profond remaniement à plusieurs reprises : avant les élections municipales de 2008 ou encore avant les régionales de 2010. Jamais il n’est passé à l’acte. Comme si ces promesses n’étaient faites que pour rassurer : elles laissent penser que la barre est fermement tenue. Et elles donnent quelques raisons d’espérer à ceux qui rêvent de devenir ministres
Mardi 20 Juillet 2010 - 07:11

(Source Libération)




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