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Quand la rencontre d'un économiste et d'un clochard accouche d'un roman


Mardi 11 Octobre 2011 modifié le Mardi 11 Octobre 2011 - 09:12




Martin Heipertz, expert de l'euro au ministère allemand des Finances, vient de publier un roman critique sur le capitalisme inspiré d'une rencontre avec un clochard à Francfort.

Ce haut fonctionnaire, qui consacre actuellement son temps à sauver la monnaie unique, s'est découvert il y a six ans, alors qu'il travaillait à la Banque centrale européenne, un héros incongru: Franz, ancien braqueur de banques autrichien devenu mendiant.

De leurs discussions est né un livre sorti fin août, "Le vagabond", tiré à son lancement à 1.500 exemplaires. "Il en est à sa troisième réédition et une demande pour le traduire en italien nous est parvenue", a indiqué une porte-parole de l'éditeur Berlinuniversitypress.

Dans ce livre, Frank, le banquier d'investissement, qui doute à la veille de la crise financière du bien-fondé du système, écoute, fasciné, ce marginal lui raconter sa vie de bohème.

"Il n'y a que la lettre finale qui diffère dans les prénoms des deux héros: k et z. C'est pour mettre en évidence leurs points communs", explique M. Heipertz, dans un entretien à l'AFP.

"D'une certaine façon, ce sont tous deux des jouisseurs, des joueurs", ajoute-t-il. Le clochard Franz a la passion du jeu, ce qui le mène en prison. Et Frank, en tant que banquier, fait partie d'un système où "certains gagnent, d'autres perdent, mais la banque gagne toujours", selon les termes de Franz.

"C'est une critique indirecte d'une partie du système financier qui spécule et qui ne crée pas fondamentalement de valeur", explique M. Heipertz.

"Le personnage de Franz correspond à 95% à la réalité, celui de Frank à 50%", commente ce grand admirateur de Wolfgang Schäuble --son ministre--, membre comme lui du parti chrétien-démocrate de la chancelière Angela Merkel.

Ancien étudiant à Oxford et Paris, Martin Heipertz a écrit son livre en 2008, lorsqu'il travaillait comme conseiller économique de l'envoyé spécial de l'UE au Kosovo.

Dans le roman, Franz s'emporte également sur l'euro: "On laisse la Grèce et la moitié de la Méditerranée entrer dans la monnaie unique. Cela ne peut pas fonctionner avec cette racaille".

Questionné pour savoir s'il adhère à cette pensée --largement répandue dans les discussions de comptoirs en Allemagne-- M. Heipertz répond: "Franz n'est pas politiquement correct". Et d'ajouter: "quand vous êtes un clochard, vous pouvez raconter n'importe quoi".

Franz, le mendiant, gagne un euro par exemplaire vendu, Frank 50 cents.

Il s'agit du deuxième livre écrit par Martin Heipertz, né en 1976 à Francfort. Le premier, paru en 2008 et qui coûte près de 60 euros, est consacré au Pacte européen de stabilité et de croissance... "J'en ai vendu 400 exemplaires. C'est un beau succès pour un livre académique", constate-t-il.

Mais il a pris bien plus de plaisir à écrire son roman. "Je voulais un contre-poids à mon travail", dit-il.

Mardi 11 Octobre 2011 - 09:09

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