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Qatar/Arabie: l’interminable bras de fer


Dimanche 6 Août 2017 modifié le Mardi 8 Août 2017 - 10:38

C’est en train de devenir presque un marronnier de la presse internationale. Le crise entre le Qatar et l’Arabie s’installe dans la durée avec une volonté manifeste des protagonistes de ne pas sortir la tête du goulot.

Par Mustapha Tossa




Ceux qui, au début de la crise, pariaient sur un règlement rapide avec des concessions hâtives faites par le pays bloqué, le Qatar, se sont lourdement trompés. Non seulement Doha semble avoir réussi à tenir tête à ses détracteurs, mais ce petit pays gazier, propriétaire de la chaine de télévision Al Jazeera et du club de foot le PSG, donne l’impression d’avoir développé une stratégie offensive qui lui évite de faire des concessions d’acteur acculé par l’antagonisme de son environnement politique et géographique.

Cette permanence de la crise tient malgré les nombreuses médiations qui ont tenté de faire baisser la tension et de procéder à un travail de réconciliation. Il est vrai que cette crise a été compliquée par la détermination de ses acteurs. Des pays comme les Emirats arabes, l’Egypte où l'Arabie saoudite ont montré une fermeté inédite à l’égard du Qatar auquel ils lui ont imposé une liste de concessions qui mettent le pays sous une forte tutelle régionale. Cette crise a été aussi compliquée par le positionnement de l’administration américaine. Alors que la tension bat son plein et que les bruits de bottes se font entendre dans la région, Washington donnait cette nette impression de jouer sur les deux tableaux, de tenir un double discours. Au moment où le président Donald Trump soutenait ouvertement les pays du blocus, expliquant que leurs démarches légitimes s’inscrivaient dans une saine guerre contre le terrorisme, son ministre des affaires étrangères Rex Tillerson affichait son soutien ostentatoire aux autorités du Qatar et vidait par ses déclarations l’agressivité de leurs détracteurs de son contenu.

Ce bras de fer entre le Qatar et l’Arabie saoudite est destiné à durer. Le Qatar, après avoir réussi, à travers un intense lobbying à brouiller le message américain dans la région, s’est trouvé de nouveaux alliés stratégiques comme la Turquie qui a ouvert une base militaire sur son territoire et l’Iran qui lui a permis de sortir de son isolement géographique et économique. De l’autre côté, l’Arabie Saoudite et son nouveau leadership en la personne du prince héritier Mohammed Ben Salman et les Emirats de Mohamed Ben Zayed campent fermement sur leurs positions. Il n’est pas question pour ces pays, porteur de l’étendard du blocus et du boycott, de donner l’impression d’avoir échoué dans leurs entreprises d'écraser un petit voisin rebelle à leurs injonctions, sous peine de perdre leur autorité sur leurs troupes et de devoir sans doute céder leurs pouvoirs.

Même si elle domine largement cette crise et contrairement aux apparences politiques, la guerre contre le terrorisme n’est pas son principal moteur. Il est vrai que les pays du blocus accusent le Qatar de financer des organisations terroristes et de parrainer des mouvements fondamentalistes comme les Frères musulmans, il est tout aussi vrai que le noeud vital de cette crise réside dans une divergence d’agendas et d’ambitions politiques entre l’axe Emirats/Arabie et le Qatar tenté plus que jamais de prendre son envol solitaire. Même l’accusation de sympathie excessive avec l’Iran chiite trouve quelques difficultés à montrer sa pertinence. Les relations économiques entre les Emirats et l’Iran et la rencontre inédite entre le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman et le leader chiite irakien Moktada Sadr sont venu brouiller les pistes et les réflexions politiques.

Une chose est certaine. Cette crise de confiance est structurelle. Même si demain les efforts de réconciliation parviennent à baisser la tension, la relation entre les leaders de ce bras de fer est définitivement abîmée. Imagine-t-on après autant de haine déversée sur les télévisions arabes devenues de véritables armes de guerre et les réseaux sociaux transformés en espaces d’affrontements impitoyables, le prince Tamim dans les bras du prince Mohamed Ben Zayed ou en train d’échanger des accolades avec le saoudien Mohammed Ben Salam? Même en voulant forcer les traits d’un scénario fiction, ces images paraissent très improbables. C’est dire à quel point les ruptures provoquées par cette crise sont aussi lourdes qu’inédites.

Dimanche 6 Août 2017 - 13:13





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