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Procès Chirac : le bal des hypocrites


Jeudi 15 Décembre 2011 modifié le Vendredi 16 Décembre 2011 - 06:49




Le jugement est tombé pour l’ancien président de la République : deux ans de prison avec sursis. Motif : détournement de fonds. Ceux de la Ville de Paris qui ont servi à financer, au début des années 1990, quelques emplois fictifs pour les proches de celui qui était alors maire de la capitale. Important pour son honneur : la notion d’enrichissement personnel n’a pas été retenue. Mais, selon le tribunal, Jacques Chirac a manqué à « l’obligation de probité qui pèse sur les personnes publiques ».

Que faut-il conclure de cette condamnation ? Qu’elle ne veut pas dire grand-chose. Le statut pénal du président de la République – qui empêche ce dernier d’être poursuivi et jugé pendant son ou ses mandats successifs – fausse toute notion de justice. Amender ce statut, comme le demande la gauche, pour rendre le président en exercice justiciable des actes commis hors de sa fonction présidentielle ne paraît pas souhaitable. L’autorité du chef de l’Etat serait gravement mise à mal et cette possibilité pourrait être détournée par les esprits procéduriers les moins bien intentionnés.

Donc, on en est rendu à juger le président de la République longtemps après les faits. Le cas de Jacques Chirac est, en plus, particulier : il a effectué deux mandats, dont un de sept ans ; il est âgé et malade. Tout autre serait le contexte avec un ancien président jeune et bien portant, n’ayant effectué qu’un seul mandat de cinq ans à l’Elysée.

Les commentaires, de gauche comme de droite, après la condamnation de Chirac frôlent donc le ridicule. A gauche, on se félicite : la justice est finalement passée, preuve de son indépendance. Quel culot ! Quelle justice ? Les deux ans avec sursis sont-ils à la hauteur de la gravité des faits reprochés ? Le tribunal prend soin de préciser qu’il a pris en compte l’âge du prévenu, son état de santé, sa qualité d’ancien président, l’ancienneté des faits. Cette condamnation n’est donc que symbolique. A-t-elle une quelconque pertinence judiciaire ? Elle ne satisfera pas les Français les plus indignés par les pratiques de l’ancien maire de Paris. Quant à la gauche, Montebourg en tête, quand elle dénonçait les agissements de Chirac à Paris, c’est sa mise hors-jeu politique qu’elle demandait. Pas que justice soit faite, de cela elle se moquait.

A droite, on se désole. Comment peut-on condamner un vieil homme qui a occupé le sommet de l’Etat ? C’est l’image de la France qu’on abîme. Je ne le crois pas. Trop tardif, lit-on encore. Mais le dire, c’est reconnaître les griefs, ce que la droite a rarement fait ! Tous les élus de droite savent, bien sûr, que les accusations portées contre Chirac sont fondées. Ces emplois fictifs ont existé. C’était, à l’époque, un secret de polichinelle. Et un usage courant, à droite comme à gauche, de confondre les deniers publics avec les fonds des partis, l’argent du contribuable avec sa cassette personnelle. Les années 1990-2000 et l’ère de la transparence sont passés par là, qui ont remis de vieilles coutumes en question. Mitterrand aurait pu être jugé de la même façon pour tous ses abus élyséens, au regard de la morale actuelle.

Historique, dit-on enfin, la condamnation de Jacques Chirac, ancien président de la République. Là encore, relativisons. Ni de Gaulle ni Mitterrand n’auraient pu être jugés puisqu’ils sont morts juste après leur départ de l’Elysée. Pompidou est décédé dans l’exercice de ses fonctions. Seul VGE aurait pu connaître les affres judiciaires. Mais justement, contrairement à Chirac, il n’a pas présidé la France à une époque où l’exigence de transparence existait. Pourtant, il y aurait sans doute eu beaucoup à dire. La condamnation de Chirac est une vraie fausse première.


(Le Figaro)
Jeudi 15 Décembre 2011 - 23:30

Par Yves Thréard




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