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Pour l'Élysée, l'offensive de Juppé gêne d'abord Villepin


Mardi 13 Avril 2010 modifié le Mercredi 14 Avril 2010 - 06:59

Le sénateur Alain Lambert veut fédérer à l'UMP les déçus du sarkozysme autour d'une candidature du maire de Bordeaux en 2012.(Le Figaro)




Pour l'Élysée, l'offensive de Juppé gêne d'abord Villepin

Pour Alain Juppé, le «temps des cerises» est-il venu ? Il avait juré, dans son dernier livre, de ne plus en manger en hiver. Mais au printemps, oui ! Le maire de Bordeaux a confié samedi 10 avril au Monde son intention de participer à des primaires pour désigner le candidat de l'UMP à l'Élysée si Sarkozy y renonçait. «Le candidat naturel de la droite, en 2012, c'est Nicolas Sarkozy. Mais s'il advenait qu'il décide de ne pas se représenter, l'UMP devra organiser des primaires. Dans ce cas, j'envisagerai de concourir», dit à nouveau l'ex-premier ministre.

Le maire de Bordeaux a en tout cas un premier fan : le sénateur de l'Orne, Alain Lambert. L'ancien ministre du Budget, sarkozyste de longue date, est un déçu du chef de l'État : «Il a été élu par la province, et il est devenu un président parisien, coupé de la population», confie-t-il au Figaro. Lambert a donc jeté le pavé dans la mare il y a quelques jours en jugeant que Sarkozy n'est plus le meilleur leader à droite. Lundi, il a corrigé son propos en précisant sur RTL, au micro de Jean-Michel Aphatie, qu'à ce jour Sarkozy n'était «pas le meilleur» candidat du parti majoritaire pour 2012, mais qu'il pouvait «le redevenir». «Aujourd'hui, probablement Alain Juppé serait meilleur», a-t-il expliqué. Juppé s'est d'ailleurs entretenu au téléphone dès lundi avec Alain Lambert. Les deux hommes ont prévu une réunion de travail, en vue de fédérer les voix dissidentes. «Il faut éviter la pulvérisation de toutes les initiatives», prévient Lambert, en allusion à tous ceux qui revendiquent une liberté de parole, de Jean-Pierre Raffarin à Jean-François Copé et… Dominique de Villepin.

Juppé a plusieurs raisons de sortir de sa tour d'ivoire bordelaise. La première est qu'il n'est pas du tout prêt à laisser Villepin s'approprier l'héritage du «gaullo-chiraquisme». La démarche ne déplaît d'ailleurs pas forcément à l'Élysée. «Juppé rend un immense service à Sarkozy en marginalisant Villepin. Le fort en thème écrase le faux poète», ironise un habitué du sérail élyséen. «En défendant les primaires, Juppé va à la rencontre des militants. Villepin, lui, est parti à la rencontre des ovidés», ajoute ce dernier. «Cela lui permet de redevenir une voix forte de la majorité, éligible pour un poste de ministre d'État lors d'un prochain remaniement d'automne», analyse aussi un proche du chef de l'État .

En attendant, les relations Juppé-Sarkozy ne sont pas au beau fixe. Malgré les précautions du maire de Bordeaux, le chef de l'État ne manque pas une occasion d'épingler celui qui a «toujours fait perdre la droite» et fait voter des impôts supplémentaires - «y a pas écrit gogo», lançait récemment Sarkozy en montrant son front à propos de Juppé, l'inventeur de la CRDS.


«Candidature prématurée»

Dans les rangs des députés, la prise de position du maire de Bordeaux est diversement appréciée : «Il a une stature d'homme d'État. Mais son intervention paraît décalée, puisque Sarkozy est toujours le candidat naturel», avance le député UMP Jean Léonetti. «C'est pathétique de voir cette candidature prématurée. J'aimerais qu'il s'occupe d'abord de Bordeaux», attaque le sarkozyste Bernard Debré. Quant au villepiniste Hervé Mariton, il juge «bienvenu tout ce qui contribue au débat». Mais il regrette que l'UMP n'ait pas inscrit dans ses statuts «l'organisation de débats et la création de courants». Selon le député de la Drôme, cela éviterait «d'être renvoyé en permanence à la présidentielle de 2012».

«Il y a un président de la République, on est là pour l'aider. Autant les débats de fond sont utiles, autant les débats sur la candidature sont contre-productifs», affirme le député UMP des Côtes-d'Armor, Marc Le Fur. Selon un élu, Alain Juppé «est vraiment convaincu que Nicolas Sarkozy ne se représentera pas». Un proche du chef de l'État sourit. «C'est bien connu, Juppé est un grand spécialiste de la psychologie du président»…
Mardi 13 Avril 2010 - 11:25

Le Figaro




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