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Pas de printemps pour la Palestine


Par Mathieu Lindon





Pas de printemps pour la Palestine
Leurs mésaventures onusiennes montrent que, pour que les Palestiniens aient un Etat, il est d’abord urgent qu’ils n’en aient pas. C’est une condition mystérieusement nécessaire mais manifestement pas suffisante puisque ça fait des décennies qu’ils la remplissent sans que rien ne change. Le processus de constitution d’un Etat est comme le processus de paix, interminable.

Pour avoir un Etat, il ne faut surtout pas le demander. Déjà, ce serait plus poli. Et puis, c’est toujours plus habile de jouer l’indifférence. «On s’en fiche, ça nous est bien égal d’avoir un Etat, on est au-dessus de ça.» Les Palestiniens font partie de ces peuples qui s’échinent à ne pas voir leur bien même quand on le leur explique (et Dieu sait que ça fait un moment qu’on se démène à leur expliquer), comme les Tunisiens, les Egyptiens et les Libyens qu’il a fallu convaincre des années durant que leur vie ne serait pas meilleure sans Ben Ali, Moubarak et Kadhafi. On a concédé une Autorité palestinienne mais, de toute évidence, on se sent plus à l’aise avec une soumission palestinienne. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, c’est aussi celui de se voir répondre : «C’est ça. Disposez, maintenant» quand ils veulent en user.

C’est comme pour le nucléaire, l’ONU doit lutter contre la prolifération des Etats. A qui ce serait le tour, après ? Aux Kurdes ? L’ONU ne veut pas mettre le doigt dans l’engrenage. Là- bas, on est bien placé pour savoir qu’un Etat n’est pas quelque chose à laisser entre toutes les mains. Les Palestiniens sont sur la liste d’attente. «Ne vous plaignez pas, on met votre dossier tout en haut de la pile. On vous fait passer dès que ça se libère.» Mais, à l’heure de la mondialisation, avoir un Etat, n’est-ce pas devenu caduc ? On ne comprend d’ailleurs pas bien ce que les Israéliens redoutent d’un Etat palestinien. D’avoir de mauvaises relations avec leur voisin ? Que ce soit la guerre ? C’est l’armée palestinienne qui les terrorise ? La monnaie palestinienne ? La philatélie palestinienne ? S’il s’agit de continuer à se haïr, que les Israéliens se rassurent, un Etat palestinien n’empêchera rien. Peut-être qu’Israël serait prêt à accepter une principauté, comme à Monaco.

Ce n’est pas trop menaçant. Dans cette affaire, Israël est un peu perçu comme un pickpocket qui se ferait choper dans le métro un portefeuille volé encore dans la main. Toute la rame veut appeler la police mais le pickpocket conserve le portefeuille en disant à son propriétaire : «Bon, okay. Mais on partage, maintenant. Et je tiens à un partage équitable.» L’attribution d’un Etat ressemble à celle d’une sorte de virginité. Si c’était un Etat, il ne faudrait pas que la Palestine soit violée, que qui que ce soit y pénètre sans qu’elle soit consentante. D’un autre côté, entre Etats, la guerre a ses règles juridiques propres. L’émoi dans lequel la perspective d’une Palestine reconnue place l’ONU montre que le monde ne manque pas de bonne volonté sur la question. Sans doute alors est-ce le temps dont on manque si cruellement depuis toutes ces années.


(Source:Libération du 24/9/2011)
Samedi 24 Septembre 2011 - 16:50



Samedi 24 Septembre 2011 modifié le Samedi 24 Septembre 2011 - 17:16

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