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Nordine Cherouati va-t-il ramener le calme à la Sonatrach ?


Mercredi 12 Mai 2010 modifié le Mercredi 12 Mai 2010 - 12:22

Le nouveau Président-directeur général de la Sonatrach, le géant algérien des hydrocarbures et dérivés (1ère société pétrolière d’Afrique et 12ème mondiale), s’appelle M. Nordine Cherouati. Agé d’une soixante d’années, il occupait précédemment le poste de président du Comité de direction de l’Autorité de régulations des hydrocarbures (ARH).




Siège régional de la sonatrach à Oran
Siège régional de la sonatrach à Oran
Pour autant, M. Cherouati connaît bien les rouages de la compagnie, puisqu’il a débuté sa carrière en tant qu’ingénieur à la Sonatrach (1971-1980) avant d’occuper diverses responsabilités au sein du ministère de l’Énergie et des Mines, puis de revenir exercer diverses responsabilités à la direction générale et dans les filiales. Parallèlement, quatre nouveaux vice-présidents sont également nommés : M. Saïd Sahnoun sera responsable de l’activité amont, M. Abdelkader Benchouia de l’activité aval, M. Allaoua Saidani de l’activité transport, Mme Yamina Hamdi de l’activité commercialisation.

Pourquoi un tel remaniement à la tête de la Sonatrach ? L’image de cette compagnie, qui assure 98% des rentrées de devises de l’Algérie, est fortement entachée par des scandales à répétition. L’ancien P-dg, M. Mohammed Meziane, deux anciens vice-présidents, plusieurs hauts cadres de la compagnie et des dirigeants de bureaux d’études, dont les deux fils de M. Meziane, ont été placés en détention provisoire en janvier 2010, inculpés, entre autres, de « violation de la réglementation des marchés publics » ainsi que « d’association de malfaiteurs ». Et deux autres vice-présidents et quatre cadres dirigeants ont, pour leur part, été placés sous contrôle judiciaire.

Une fois encore, les accusations du ministère public ont trait à la passation des marchés de gré à gré, attribués à des sociétés soigneusement sélectionnées par des intermédiaires évoluant dans l’entourage des dirigeants de la société, en échange de contreparties financières, commissions occultes ou « pots-de-vin » dans le langage courant.

Ce système de corruption se généralise, à l’image de la passation des marchés de gré à gré devenue aujourd’hui une formule extrêmement courante dans les compagnies publiques algériennes, qui ne prennent même plus la peine de lancer des appels d’offres ! Dans le cas présent, les enquêtes judiciaires en cours touchent TRC, l’activité de transport par canalisation de Sonatrach pour au moins deux contrats litigieux. L’un, d’un montant de 120 millions d’US$ pour la fourniture d’un système de télésurveillance, signé avec Contel Algérie, filiale germano-algérienne du groupe Contel Funkwek Plettac.

Le second, d’un montant de 580 millions d’US$ pour la réalisation d’un système de transport par canalisation de gaz naturel (GK3) signé avec le groupe italien Saipem. Sonatrach, en tant que société mère, est quant à elle soupçonnée d’avoir surfacturé les travaux de rénovation du 10ème étage de son siège social à Alger, sous-traité à la société américaine CCIC, qui s’élèverait à une centaine de millions d’US$, incluant l’achat de mobilier et de salons à des prix exorbitants.

Enfin, un autre volet distinct concerne la compagnie aérienne Tassili AirLines (TAL), filiale de Sonatrach, sous le coup d’une enquête de l’Inspection générale des finances. Les limiers de l’IGF passent à la loupe « une vingtaine de marchés de gré à gré concluent entre 2008 et 2009 ». Il s’agit à surtout de contrats de consulting, de formation des personnels, d’assistance technique et de refonte du système financier et comptable. Cinq sociétés seraient concernées, notamment Curtis Consulting, Air France Consulting, Alliance Expert, la liste n’étant pas exhaustive…

Malheureusement, ces multiples affaires de corruption ont un arrière goût nauséabond de déjà-vu. Elles rappellent en effet fâcheusement un autre antécédent, l’affaire Brown Roots and Condor (BRC) où la passation de marchés de gré à gré surfacturés avait été avérée. Cette alerte n’a pas été prise en compte et les règles de bonne gouvernance nécessaires n’ont pas été prises.

Quelle va être l’attitude du nouveau P-dg de la Sonatrach ? Sa nomination a pris les observateurs par surprise, car M. Cherouati avait été « mis à l’écart » en 2000 par M. Chakib Khelil, ministre de l’Énergie et des Mines, le même qui vient de l’installer à la tête de la Sonatrach ! Beaucoup craignent que sa venue ne présage un « enterrement des dossiers », car le risque existe que la justice algérienne n’entame d’autres procédures, concernant la gestion des œuvres sociales, les très onéreuses formations à l’étranger, … et toujours l’examen de masses de contrats de gré à gré passés par des sociétés algériennes ou mixtes, le plus souvent créées pour la circonstance…

Didier Lacaze
Mercredi 12 Mai 2010 - 12:02





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