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Moussa Koussa, pilier du régime, file à l’anglaise


Vendredi 1 Avril 2011 modifié le Vendredi 1 Avril 2011 - 18:55

L’attitude du Royaume-Uni vis-à-vis de l’ex-ministre libyen des Affaires étrangères, démissionnaire, pourrait être décisive pour la chute de Kadhafi.




@Photo Ammar abdo Rabo
@Photo Ammar abdo Rabo
La situation est quelque peu délicate pour le gouvernement britannique. La défection hier de Moussa Koussa, 59 ans, ministre libyen des Affaires étrangères, constitue certes un succès incontestable. Mais la manière dont Londres va négocier la présence sur son sol de cet hôte très spécial au cours des prochains jours pourrait bien déterminer l’avenir du régime de Muammar al-Kadhafi.

Alors que les rebelles semblent plus désorganisés que jamais, que la question de la fourniture d’armes par la communauté internationale reste en suspens, il ne fait guère de doute que la coalition espère une chute du régime libyen initiée par un effondrement interne. «Nous encourageons toutes les personnes de l’entourage de Kadhafi à l’abandonner», a ainsi appelé le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, alors qu’il confirmait la défection de Moussa Koussa. «Kadhafi doit se demander qui va être le prochain à l’abandonner», a-t-il ajouté.

Services secrets. Officiellement, le gouvernement britannique n’avait pas connaissance de l’intention du ministre«de faire défection avant son arrivée au Royaume-Uni», a affirmé un porte-parole du Foreign Office. Et ce, même si William Hague a confirmé que Moussa Koussa avait été sa «ligne de communication avec le régime libyen au cours des dernières semaines», et qu’il lui avait «parlé régulièrement au téléphone».

Il semble que l’ancien ministre libyen des Affaires étrangères se soit rendu en Tunisie par la route depuis Tripoli, lundi, au moment de l’avancée des rebelles sur la capitale. Et c’est de la Tunisie qu’il est arrivé dans un avion privé sur l’aéroport discret de Farnborough (Hampshire). «Moussa Koussa a voyagé jusqu’ici de son plein gré. Il nous a annoncé qu’il démissionnait de son poste et nous en discutons actuellement avec lui», a ainsi expliqué William Hague. Installé dans un «lieu sûr», l’ancien homme fort de Kadhafi fait l’objet d’un interrogatoire poussé et serait, selon des sources gouvernementales, «dans un état d’esprit très fragile et vulnérable».

Moussa Koussa représente un interlocuteur de choix pour la coalition. Il a accompagné le colonel Kadhafi pratiquement depuis son arrivée au pouvoir et a notamment dirigé les services secrets libyens de 1994 à 2009. Son rôle dans l’attentat contre un avion de la PanAm au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie en 1988 (270 morts) a été évoqué, mais sa responsabilité n’a jamais été officiellement établie.

Assassinat. Brièvement ambassadeur à Londres en 1980, il avait été expulsé du Royaume-Uni pour avoir soutenu publiquement le projet d’assassinat d’opposants libyens sur le sol britannique. Mais il fut aussi l’interlocuteur privilégié des autorités britanniques dans le retour en grâce de Kadhafi sur la scène internationale. Tout comme dans la libération en juillet 2009, «pour raisons humanitaires», du seul condamné à ce jour pour l’attentat de Lockerbie, Abdelbaset al-Megrahi. Moussa Koussa n’occupait le poste de ministre des Affaires étrangères que depuis deux ans, et aurait eu un accrochage très sérieux avec l’un des fils de Kadhafi, ce qui l’aurait écarté de fait du cercle le plus intime. Mais sa connaissance du régime pourrait représenter un atout considérable pour la coalition.

Londres a pourtant rappelé que «Moussa Koussa ne s’était vu offrir aucune immunité tant de la justice britannique qu’internationale». La justice écossaise a déjà fait savoir qu’elle souhaitait l’interroger sur l’attentat de Lockerbie.

De son côté, l’opposition libyenne a indiqué ne pas souhaiter son soutien en raison de sa trop forte implication au sein du régime du colonel Kadhafi. Reste la solution, évoquée par plusieurs sources
diplomatiques, d’un départ de Moussa Koussa vers un pays tiers, ce qui pourrait rassurer d’autres lâcheurs potentiels du régime libyen.



Vendredi 1 Avril 2011 - 00:44

Source Libération du 01 avril 2011




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