Mondial-France: Les quatre raisons d’un divorce (Libération)

Manque de travail, coach provocateur, image ternie du joueur vedette : les motifs du désamour

Mondial-France: Les quatre raisons d’un divorce (Libération)
La France a ses Bleus dans le nez. Et les joueurs le savent : «C’est à la mode de nous tomber dessus, a expliqué l’attaquant André-Pierre Gignac avant la quasi-élimination de jeudi. Et là, on pense à tout le monde.» Pas très juste, ceux d’aujourd’hui (Bakari Sagna, Jérémy Toulalan, Yoann Gourcuff, Abou Diaby) valant bien ceux d’hier. Qui, eux, gagnaient. Il faut dire que l’inimitié populaire actuelle dispose de solides points d’ancrage : le même Ribéry, le sélectionneur Raymond Domenech, l’image renvoyée vers l’extérieur…

Le jeu

Lâché par Domenech jeudi, quelques minutes après le Mexique : «Le mérite, c’est pour ceux qui marquent.» Le même soir, dans la bouche du milieu Valbuena, à qui on faisait remarquer la supériorité collective mexicaine : «Un match de football, c’est fait pour gagner.» Sauf que la victoire est un but: en aucun cas une méthode. Guy Roux, sur le tarmac de l’aéroport de Polokwane : «L’équipe de France, c’est un élève qui dit: "Je passe le bac philo, je n’ai pas travaillé de l’année mais sur un coup, ça peut passer." Sauf que l’élève se trompe. En réalité, il n’a travaillé ni en CM2, ni en sixième… et ainsi de suite jusqu’à la terminale. Où il se plante.» Un entraîneur de Ligue 1 : «Les Bleus ne travaillent pas. Domenech a réduit la fonction à un pur exercice de communication, où il importe de distraire les médias pendant que les joueurs font ce qu’ils veulent. C’est la négation du boulot de sélectionneur.»

Franck Ribéry

Il cristallise ces travers que l’on prête aux superstars d’aujourd’hui, à commencer par le cynisme : reconnaître le prix de tout et la valeur de rien, selon la définition d’Oscar Wilde. Ce «rien» dont il est question, c’est aussi son métier : à Munich, le joueur est surnommé par la presse «Krank Ribéry» (Ribéry le malade) pour sa propension à se retrouver blessé à chaque fois qu’il cherche à obtenir quelque chose de son club, bon de sortie pour le Real Madrid ou revalorisation salariale. Et ça marche: le Bayern Munich vient de lui mettre un nouveau contrat record – 10 millions d’euros annuels – sous le nez.

Avant Munich, Ribéry, c’était déjà des transferts bizarres réglés par des repris de justice, avec surenchère permanente. En complet décalage avec l’image publique du bon type véhiculée partout. Sur ce plan-là, son implication dans une affaire de mœurs a réglé la question, le ridicule achevé des plans com’ mettant en scène sa femme – la première à poser le pied sur le tarmac de l’aéroport de George, lors de la visite des épouses en Afrique du Sud – n’arrangeant rien.

L’image

L’équipe de France est en train de rater son passage en Afrique dans des proportions inouïes. Le seul entraînement public, exigé par la Fifa ? Une farce : 42 places pour la maire de Knysna, 35 pour chaque président des conseils locaux (il y en a 8), quelques dizaines lâchées à l’office de tourisme. Les Bleus se sont finalement produits devant 200 personnes quand les Japonais, à 70 kilomètres de là, s’entraînent devant 8. 000 fans. L’inauguration de la réfection du stade du township de Dam se Bos ? Vingt-neuf minutes chrono et une affligeante distribution de stylos en plastique, calepins siglés FFF et cartes postales, les Bleus n’ayant de surcroît pas tapé dans le ballon avec les gosses – comme les Danois avaient trouvé le temps de le faire cinq jours plus tôt, à Bongani. La fédération française a versé 100 000 euros pour le stade. A rapprocher des 240 000 euros qu’à coûté la visite de 24 heures des épouses et petites amies des sélectionnés. Depuis le début du Mondial, les Bleus se comportent comme s’ils arpentaient le Land allemand de la Rhénanie-Palatinat.

Domenech

Désintégré par le retour de Zinedine Zidane – qui ne lui adressait pas la parole – en août 2005, Raymond Domenech est depuis en survie : ses sorties lamentables sur «les voleurs de portables roumains» ou «les grands Autrichiens, contre qui il aurait fallu utiliser des escabeaux» sont d’abord l’expression d’un malaise. Après, il va au bout du truc : ce provocateur n’a de cesse, depuis quelques mois qu’il sait qu’il est viré à l’issue du Mondial, de s’en prendre à ses anciens soutiens, comme s’il voulait tout brûler derrière lui. Le trésorier de la FFF, Noël Le Graët, et le directeur technique, Gérard Houllier, qui l’ont maintenu à son poste en 2008, ont appris à la télé, comme vous ou moi, que la liste des 23 partants pour le Mondial s’était transformée en liste de 30. Thierry Henry, qui l’a sauvé à plusieurs reprises, a été mis sur le banc et ridiculisé lors du Mondial. Ce faisant, Domenech accrédite l’hypothèse selon laquelle, viré pour viré, il dispose des Bleus à sa guise.

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